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SOIXANTE ANS D’INDEPENDANCE : Un bilan économique peu glorieux

SOIXANTE ANS D’INDEPENDANCE : Un bilan économique peu glorieux

60 ans après son indépendance, le Congo n’est jamais sorti du modèle de développement reposant sur une économie extravertie, c’est-à-dire conçue essentiellement en fonction des besoins de l’extérieur. L’agriculture, par exemple, branche fondamentale de l’économie nationale qui emploie plus de 50% de la population, reste pauvre, déséquilibrée et archaïque. Elle n’arrive pas à décoller et surtout à s’épanouir par manque des politiques susceptibles d’impulser ce secteur.

Selon les chiffres présentés chaque fois, le Congo recourt aux importations qui s’élèvent à plus de 100 milliards de Francs CFA chaque année pour satisfaire ses besoins alimentaires. Alors qu’on a toujours décidé de faire de l’agriculture «la priorité des priorités».
Le Congo demeure encore un pays agricole, dont la production nationale par exemple, ne couvre qu’1/3 des protéines animales actuellement consommées. Il est un pays à vocation agricole et de transit. Malheureusement, ses atouts ne sont pas toujours exploités pour le développement du pays.
L’agriculture traditionnelle reste prépondérante, mais elle ne suffit pas à nourrir la population congolaise qui, pour son alimentation, reste dépendante de l’extérieur. Jusqu’à l’indépendance, le pays a connu une économie de traite essentiellement fondée sur l’exportation des produits agricoles et miniers contre l’importation de la presque totalité des produits manufacturés.
Introduite au Congo par les colonisateurs après la Seconde guerre mondiale, entre 1947 et 1958, avec le Fonds d’investissement pour le développement économique et social d’Outre-Mer, l’économie moderne a failli toucher progressivement tous les secteurs de la vie économique. La France avait commencé à s’intéresser à un certain développement agricole et industriel de ses colonies. Le Congo était relativement favorisé dans le cadre de l’ex-AEF, grâce à son rôle de transit. Brazzaville était la capitale fédérale de l’Afrique équatoriale française. Le Congo avait vu se développer, alors ce que l’on pouvait appeler des industries de substitution d’importation et de traitement des produits agricoles, ainsi que des services publics de distribution d’eau et d’électricité. La tendance au développement des industries privées s’était poursuivie après l’indépendance. Mais, après la révolution d’août 1963, et surtout à partir de 1966, le pays s’était fixé comme objectif la socialisation de ses moyens de production. Des organismes étatiques furent progressivement mis en place à travers le pays, touchant des domaines multiples de l’économie nationale, soit par les créations nouvelles, soit par les nationalisations.
Dans l’agriculture, les plantations coloniales comme les palmeraies, la canne à sucre, ainsi que les ranchs de la vallée du Niari avaient donné naissance à des entreprises d’Etat. Les stations agronomiques congolaises étaient transformées en fermes d’Etat, outre de nombreuses créations comme l’office du ranch de la Dihessé, à Makabana, la ferme d’Etat de Kombé, à Brazzaville, et plusieurs fermes d’élevage de poulets et de porcs ou de production de manioc à Mantsoumba, dans la Bouenza, à Makoua, dans la Cuvette et à Mbé dans le Pool.
Des expériences coopératives étaient soutenues par le BIT, dans le Pool, dans la Cuvette et dans les Plateaux. Des directives pour l’organisation des coopératives paysannes étaient lancées en 1975, dans le but d’organiser l’agriculture traditionnelle, d’augmenter la production vivrière et de généraliser le système collectiviste.
Dans l’industrie, outre la nationalisation de la SIAN et des capitaux privés de la SOSUNIARI, il faut signaler aussi la nationalisation de la société israélienne AFRIBOIS, devenue la SONATRAB, de l’énergie électrique (SNE) et de la distribution d’eau (SNDE) et la création des usines de Kinsoundi (SOTEXCO), de fabrication du ciment CIDOLOU (Cimenterie domaniale de Loutété) ou de bouteilles en plastique (PLASCO).
Le secteur des banques UCB (Union congolaise des banques) et BCC (Banque commerciale congolaise) et des Assurances, avec l’ARC (Assurances et réassurance du Congo), ainsi que les transports d’importance internationale comme l’ATC (Agence Trans congolaise des communications), étaient entre les mains de l’Etat. Celui-ci intervenait également dans le contrôle du commerce intérieur et extérieur avec l’Office national du commerce (OFNACOM), l’Office national de commercialisation des produits agricoles (ONCPA), l’Office congolais des bois (OCB), l’Office national d’importation des viandes en gros (ONIVEG) et la société Hydro-Congo pour la distribution des produits pétroliers.
Bien qu’encore largement dominée par les capitaux extérieurs, particulièrement dans le commerce et le secteur minier, l’économie congolaise était de plus en plus contrôlée par l’Etat qui prenait des participations dans les sociétés capitalistes (l’exploitation pétrolière, les mines de Mpassa, le magasin Score, l’usine d’impression sur textiles IMPRECO). L’Etat s’appuyait également sur l’aide des pays socialistes pour créer des nouvelles entreprises industrielles. Par exemple, l’URSS, avec les mines de Mfouati, la Chine avec les chantiers navals et le barrage de Moukoukoulou, à Mouyondzi, dans la Bouenza. Ainsi, le secteur d’Etat occupait tantôt une position de monopole (transports d’importance internationale, énergie électrique, commercialisation des produits agricoles comme le café et le cacao, assurances, distribution des hydrocarbures), tantôt il se trouvait encore en concurrence avec le secteur privé étranger ou national (exploitation forestière, commerce de distribution surtout, agriculture et élevage modernes), ou encore il s’associait aux capitaux étrangers comme les banques, les mines, l’extraction du pétrole. Mais des difficultés à gérer ces entreprises étaient déjà visibles à plusieurs reprises, notamment lors du 2e congrès ordinaire du Parti congolais du travail (PCT), en décembre 1974, et de l’adoption du programme triennal 1975-1977.
Elles étaient aussi dénoncées lors de la campagne dite de «radicalisation» et de la déclaration du 12 décembre 1975. L’économie étatique était appelée pourtant à se développer comme forme dominante de l’économie congolaise. L’objectif du PCT était, d’une part, de consolider et d’assainir les sociétés d’Etat existantes en luttant contre divers fléaux (pléthore des effectifs, incompétence et inconscience professionnelle de certains cadres et travailleurs, défauts dans la gestion et détournements des deniers publics) qui avaient fait échouer le processus de socialisation de l’économie, et, d’autre part, d’étendre progressivement le secteur socialiste en abordant peu à peu les entreprises privées étrangères et en créant de nouvelles unités de production. Jusqu’à une date récente, l’exploitation forestière était la première ressource du Congo. Ce n’est qu’avec la mise en service du gisement de pétrole «Eméraude» que le bois a été déclassé au 2e rang de l’économie nationale. Ainsi, au fil des années, le pétrole est devenu le principal secteur d’activité économique.
Malheureusement, l’histoire a démontré que le développement de la production pétrolière a provoqué des effets déséquilibrés. Le plan quinquennal de 1982-1986 qui s’était appuyé sur le pétrole a fini par décevoir les espoirs des Congolais et ne plus atteindre ses objectifs. Ainsi, depuis des décennies, l’économie congolaise est marquée par une panne de croissance. Les investissements sont en berne. Elle est fragile depuis la chute du prix du baril de pétrole en 2014. Le niveau d’endettement est fort élevé. L’économie n’est pas diversifiée et la croissance est négative. C’est un constat d’échec!
Pour relancer son économie, le Congo a conclu un accord le 11 juillet 2019 avec le Fonds monétaire international (FMI) pour ouvrir la voie à un programme d’aide financière sur une période de trois ans. Depuis la dernière mission technique du Fonds, du 20 au 26 février 2020 à Brazzaville, le programme de redressement économique du Congo est exécuté à pas de caméléon, après le versement d’une première tranche de 44,9 millions de dollars américains. L’assainissement du climat des affaires au Congo semble se limiter au chapelet de bonnes intentions. C’est sur le terrain des actions que les Congolais attendent le Gouvernement.
Si dans sa vision, améliorer le climat des affaires revient à étendre des actions d’éclat, l’échec est sans doute au bout du parcours. Le pari de l’amélioration du climat des affaires ne peut être relevé que s’il se crée sur le plan national une véritable synergie entre institutions pour parvenir à cette fin. Selon le rapport ‘’Doing Business’’ de la Banque mondiale, plusieurs obstacles caractérisent l’environnement congolais des affaires.
C’est dans le domaine des routes que l’on a enregistré quelques avancées, avec 3.500 Km pour l’unification du territoire contre moins de 15 Km de routes bitumées de la colonisation à l’indépendance. Une avancée essentiellement quantitative. S’ajoute à cela l’électrification du pays, en dépit du fait de l’instabilité du courant.
Le souhait est de voir le Congo prendre la même direction que les pays émergents de l’Est asiatique, comme la Corée du sud, Singapour, la Malaisie, avec une preuve de détermination pour son futur.

Philippe BANZ

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Heure de Brazzaville

24 septembre 2020, 09: 42

Editorial

MUTATIONS?

Ni les quatre ans passés depuis les dernières élections, ni la période de confinement que nous venons de subir ne semblent avoir prise sur nous. Oui, nous nous plaignons bien des gênes occasionnées par les masques contre la COVID-19, dénonçons l’inutilité du couvre-feu nocturne, donnant à voir l’impossibilité à maintenir une distanciation dans les marchés, les guichets et les quartiers. Mais dans la réalité, l’impact profond que nous étions en droit d’attendre d’un tel chambardement du monde a du mal à se dessiner.

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