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SOIXANTE ANS D’INDEPENDANCE : Entre fierté et déceptions

SOIXANTE ANS D’INDEPENDANCE : Entre fierté et déceptions

Le bilan du sport congolais après soixante années d’indépendance n’est pas des plus reluisants. C’est l’avis partagé par de nombreux amoureux du sport. Pourtant au cours du premier quart de siècle, les sportifs congolais ont brillé partout ou presque, malgré l’indigence des infrastructures et l’insuffisance des moyens humains, notamment les encadreurs techniques.
Le sport congolais n’était pas très bien nanti au sortir de la période coloniale. Il n’existait aucune fédération sportive dans le pays, mais seulement quelques ligues et sous-ligues régionales. Les plus importantes sont celles de Brazzaville et de Pointe-Noire. Il n’y avait pas d’infrastructures modernes. L’unique stade digne de ce nom, le Stade Eboué, inauguré le 31 janvier 1944 par le général De Gaulle, n’offrait pas toutes les garanties pour la pratique de tous les sports, excepté le football. A l’intérieur du pays, les gens convergeaient vers des installations de fortune.
A l’accession du pays à l’indépendance, en 1960, il fallut pratiquement tout créer. Un travail littéralement absorbant et compliqué par un nombre impressionnant de problèmes à résoudre. Les moyens étaient insuffisants, les dirigeants en nombre réduit. «Il fallut convaincre des compatriotes, révélait Jean-Claude Ganga, premier cadre de sport à l’époque, pour les décider à accepter d’être à la tête des sports qui réunissaient à peine quelques licenciés.» Cela une fois acquis, ses collègues et lui s’attaquèrent à l’organisation des sports scolaires et de l’éducation physique et à la construction d’une infrastructure moderne, le Stade Omnisports, berceau des 1ers Jeux africains en 1965.
Le budget du sport s’élevait à 6 millions de francs CFA, mais encore fallait-il user d’astuces et supplier certains parlementaires pour obtenir d’eux que le peu proposé au sport ne soit rogné. Avec cette somme, il fallait organiser les stages, subventionner les fédérations nouvellement nées et le sport scolaire, faire face aux dépenses des compétitions internationales, etc. La jeune République avait trop de problèmes à résoudre.
L’action des responsables tendait à se soucier autant du sport de masse que de l’élite. Au secteur des sports scolaires, universitaires et militaires était confié la mission essentielle de la généralisation de la pratique des activités sportives et d’éducation physique, sans pour autant négliger leur rôle de détecteur d’une élite. En est sortie une génération de surdoués, toutes disciplines confondues.

Des succès à la pelle
Ainsi, ils ont fait goûter d’immenses joies aux Congolais. A en juger par ce bref rappel des succès continentaux et sous-régionaux, en football notamment: Coupe des Tropiques (1962), Médaille d’or aux 1ers Jeux africains (1965), Coupe d’Afrique des nations (1972), Coupe d’Afrique des clubs champions (1974, CARA), Ballon d’or de France Football (1974, Moukila). Le football congolais était alors à son apogée.
D’autres disciplines ont plus ou moins fait vibrer en Afrique ou dans la zone 4 du CSSA. Le cas du handball, comme en témoigne sa moisson de titres: Coupe d’Afrique des nations (1979, 1981, 1983, 1985), Médaille d’or en dames aux Jeux d’Afrique centrale (1976, 1981 et 1987), Coupe d’Afrique des clubs champions féminin (Etoile du Congo en 1985, 1986), Coupe d’Afrique des clubs champions masculin (Inter Club en 1984).
L’athlétisme a atteint son apogée aux Jeux Olympiques de Munich en 1972, le relais 4×100 m constitué des ‘’Migs’’ (Théophile Nkounkou, Nkanza, Basségéla et Nsana) ayant atteint les demi-finales. Sans compter les médailles raflées par Henri Elendé, Maxime Matsima et consorts dans différentes compétitions. Le basket-ball, le volley-ball et le judo sont montés aussi sur des podiums, notamment aux Jeux africains de 1965.
Les Congolais en étaient fiers. Qui avait semé cette graine des champions? Des colons bénévoles, comme Papa Odin (football), Jean-Claude Sorge et Giorgi (athlétisme), quelques nationaux formés comme techniciens. Les sportifs bénéficiaient, avec l’appui de l’Etat, de stages de perfectionnement à l’étranger. En plus du défilé ininterrompu d’équipes européennes et sud-américaines, russes, roumaines, africaines à Brazzaville et à Pointe-Noire

Le déclin
Puis est survenue ensuite en 1980 la démocratisation du sport qui se termina en lambeaux. Où les cadres rouges de cette époque l’avaient-ils dénichée? A partir de 1987, le déclin. En dépit des médailles et titres remportés par le karaté, le tennis de table, le judo, le handball (Coupe d’Afrique des clubs champions remportée par l’Etoile du Congo dames en 1990 et 1994; coupe des vainqueurs des coupes d’Inter-club dames en 2007) et des coups d’éclat du football (victoire en Coupe d’Afrique des nations juniors en 2007 et médaille d’or aux Jeux de la Francophonie en 2009 et 2013, Coupe de la CAF de l’AC Léopards en 2012). Des succès tournés en dérision par les déçus. Le sport était sorti de l’école et de l’armée, des moules par excellence des grands champions.
L’espoir d’un retour aux premières loges a malgré tout fait encore rêver quand de nouveaux stades et gymnases ont germé du sol congolais, à la faveur des municipalisations accélérées tournantes et des 11es Jeux africains de 2015. Les Congolais avaient pavoisé lors de ces jeux avec une belle moisson de médailles inespérée: 32 médailles dont 8 en or. Une performance jamais réalisée auparavant. Hélas! Point de contagion. Il n’y a pas eu l’effet Jeux africains.
Le sport congolais s’est éloigné des podiums, en dépit d’énormes moyens financiers. La déception est totale. ‘’C’est le reflet de la situation de nos infrastructures, de la politique adoptée par les pouvoirs publics, du fonctionnement des structures d’organisation des différentes disciplines, et de la couverture de l’ensemble du territoire’’, analyse un compatriote.

Jean ZENGABIO

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Heure de Brazzaville

24 septembre 2020, 08: 41

Editorial

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