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MUSIQUE : Entretien à bâtons rompus avec Arthur Nona des Bantous de la capitale

MUSIQUE : Entretien à bâtons rompus avec  Arthur Nona des Bantous de la capitale

Arthur Nona, saxophoniste ténor, alto et clarinettiste, auteur-compositeur, fait actuellement partie des doyens de l’orchestre Bantous de la capitale, qu’il a intégré en 1966. Il est l’auteur de la célèbre chanson ‘’Joselyne’’, et a été d’un apport considérable dans ‘’Sammy na Cathy’’ (alias Marie Jeanne). Au cours de l’entretien qu’il nous a accordé à Brazzaville, il nous parle de son parcours musical, de la disparition d’Edo Ganga et de l’avenir de l’orchestre Bantous de la capitale, mais aussi de ses projets.

*Pouvez-vous nous parlez de votre carrière musicale ?
**J’ai commencé la musique très jeune à Brazzaville. A l’époque, les jeunes étaient très ambitieux, ils créaient des orchestres, au nombre desquels, Mando Negro, Sinza Kotoko et moi je faisais partie de Jazz Brass. Avec ce groupe, nous sommes allés en tourner à Dolisie puis au Gabon, mais je ne me souviens plus de l’année. Je suis autodidacte, je ne suis pas passé par une école de musique. C’est le défunt Atos chanteur de Jazz Brass qui m’aidait beaucoup, lui qui avait par la suite intégré les Bantous. A notre retour au pays, notre premier concert a eu lieu chez Elysée Bar à Moungali, j’avais joué à la clarinette et au saxo. Il y avait un grand monde et les gens étaient surpris de voir un jeune comme moi bien joué à ces instruments. J’étais très apprécié et à l’époque Negro band et les Bantous faisaient fureurs. Un jour papa Noël est venu chez Elysée nous voir, il m’a demandé d’intégrer les Bantous, j’ai refusé. Au même moment, Ricky Siméon, Franklin Boukaka (+) et Ntounta Mamadou (+) de Cercul Jazz sont arrivés avec une note me demandant de faire partie de leur ensemble, comme c’était un grand orchestre, j’ai accepté l’offre.

*Et que s’est-il passé par la suite ?
**J’avais finalement abandonné les autres. Et dans ce groupe par ma façon de jouer, j’ai fait fureur, les gens m’appréciaient et me comparaient à Essous et à Nino. Lors du retour de Delalune et d’Essous de Kinshasa, Delalune a créé en 1966, l’orchestre Tembo ensemble avec Edo Ganga qui n’y restera pas longtemps. J’étais, le tout premier saxophoniste de l’orchestre Tembo, j’étais très apprécié, nous avons aussi fait fureur avec cet orchestre. En me voyant jouer de nombreux mélomanes disaient qu’enfin Essous a désormais un concurrent. L’orchestre a fait du succès avec des musiciens comme Du Pool, Sam Mangwana, Demo. Nous sommes restés un peu longtemps, mais en matière d’argent, le ‘’vieux’’ Delalune ne nous donnait presque rien. Mécontent par cette façon de faire, nous avions envoyé Démo à Kinshasa pour rencontrer Franco Luambo, en lui disant qu’on avait besoin des instruments parce qu’on voulait devenir l’Ok Jazz B, ce dernier avait salué l’initiative et nous avait donné de l’argent. Et, un dimanche, nous avions quitté Brazzaville pour Kinshasa laissant Delalune avec Ange Linaud, lui qui devrait animer un retrait de deuil chez Faignond seul. Il nous a cherché après, mais en vain. A notre arrivée, Franco nous avait bien reçu et avions bien prestés.

*Après ce feuilleton, quelle était votre prochaine destination ?
**L’aventure n’avait pas duré longtemps. J’ai par la suite été appelé par les Bantous qui était venu me chercher à Kinshasa en 1966 où je faisais partie de Roka Tembo avec Sam Mangwana, Démo, Tumba Major, etc. J’en étais même le chef d’orchestre. En arrivant à Kinshasa et pour me convaincre, les Bantous m’avaient dit que le pays avait besoin de moi, Essous est allé en Côte d’Ivoire et Nino est resté seul. Edo Ganga était parti acheter les instruments en France. Je leur ai répondu, mais il y a bien des saxophonistes là-bas. Ils m’ont dit qu’ils n’avaient besoin que de moi qui pouvaient remplacer valablement Essous. J’ai finalement abandonné mes amis, alors que j’étais sur le point de partir chez Tabu Ley Rochereau. De même, Franco qui nous soutenait avait besoin de moi, de Sam Mangwana et de Du Pool. A mon arrivée, on répétait, il fallait que je revisite tout le répertoire des Bantous, j’étais seul et ce n’était pas facile. J’avoue que je n’avais pas le niveau des musiciens des Bantous, et là-bas on m’a appris beaucoup de choses, Nino m’avait beaucoup encouragé. J’ai joué au saxo dans les chansons ‘’Monsieur on va se marier’’ et ‘’Rosalie Diop’’.

*Quel constat aviez-vous fait lors de votre première sortie avec l’orchestre ?
**Je me suis rendu compte qu’Essous était un gaillard, c’est comme un seigneur, quand il n’était pas là, rien ne marchait. Il pouvait faire n’importe quel geste et les ‘’nguembo’’ applaudissaient. Revenant de Kinshasa, quand j’ai commencé à jouer dans les Bantous lors de l’émission ‘’Le Coin des orchestres’’, les gens pensaient que c’était Essous, ils étaient surpris de savoir que ce n’était pas lui et ils m’ont applaudi. J’avais beaucoup de succès, les mamans venaient m’envelopper de pagnes et Nino a pleuré. Il m’avait dit, petit, tout l’argent qu’on t’a remis te revient parce que tu m’as sauvé.

*Combien de chansons aviez-vous composez durant votre carrière ?
**Je compte plus de quinze chansons enregistrées sur disque. Mes titres les plus marquants chez les Bantous sont ‘’Joselyne’’ et ‘’Fema’’. J’ai aussi apporté un apport considérable dans la chanson ‘’Sammy na Cathy’’ (alias Marie Jeanne) de Samba Mascott. Toutefois, je signale que ma source n’a pas tari, j’ai plusieurs chansons, mais il manque de producteurs. J’ai déjà une composition en chantier sur la vie courante, et ma source d’inspiration reste la nature. Le témoignage particulier c’est la disparition brutale de notre vieux, c’est lui qui nous soutenait, c’est lui qui nous encourageait, donc, nous sommes restés tristes comme les orphelins.

*Quels sont vos bons et mauvais souvenirs en tant qu’artiste ?
**Avec les Bantous, j’ai des souvenirs terribles. Nous avons beaucoup voyagé et cet orchestre a fait de moi ce que je suis devenu aujourd’hui. Les anciens nous ont bien encadré, même s’ils sont en train de partir tous, mais c’est le chemin de tout le monde. Nous avons fait la musique dans un cadre lucratif, notre objectif était d’avoir le succès et de faire danser. Je garde aussi de bons souvenirs d’autres jeunes orchestres dans lesquels j’ai évolué. Toutefois, j’ai aussi des regrets et cela concerne pratiquement tous les musiciens. Nous voyons ailleurs et en face de chez nous comment les musiciens sont gâtés. Nous avons quand même porter haut l’étendard de ce pays à travers le monde, nombreux parmi nous manquent même le minimum, certains n’ont même pas un toit, ce n’est pas normal. Il faut penser à nous de notre vivant, s’occuper de nous surtout en terme de soins médicaux. La plupart des dirigeants actuels venaient nous voir jouer chez Super Jazz, mais pourquoi, ils nous laissent comme ça. Moi, j’ai eu la chance, j’avais deux tumeurs, je respirais mal, j’ai été opéré et sauvé grâce à l’hôpital du fils du Président Denis-Christel Sassou-Nguesso, placé momentanément à Kinkala. Je lui dois presque ma vie. Je lui dis grand merci, ainsi que les médecins qui m’avaient opéré. Moi, j’ai plus donné au Congo, que le Congo ne m’a rien donné, ça c’est regrettable !

*En conclusion, comment se présente l’avenir des Bantous sans Edo Ganga?
**Nous sommes restés tristes et orphelins après sa mort, parce que c’était un baobab et un grand conseiller pour nous. C’est grâce à lui que nous sommes devenus sages et murs. Mais, l’avenir s’annonce bien, nous sommes là avec les jeunes. Je demanderais simplement à ces jeunes de nous respecter, s’ils sont venus chez les Bantous c’est grâce à nous parce que nous sommes talentueux, nous les avons accueillis, qu’ils ne viennent pas avec un orgueil mal placé. Qu’ils ne disent pas que nous, nous sommes devenus des vieux, mais le vieux est sage. Que les jeunes restent très bien avec nous. Nous, nous faisons notre descente, c’est leur orchestre, ce n’est plus le nôtre, donc nous les assistons, nous pouvons ou ne pas jouer, nous pouvons dire aux jeunes de jouer, ils sont capables de le faire car, ils sont très dynamiques.

Entretien réalisé par Alain-Patrick MASSAMBA

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A propos de l'auteur

Heure de Brazzaville

3 août 2021 9 h 33 min

Editorial

A notre santé !

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