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La politique à l’orée du développement intégral

La politique à l’orée  du développement intégral

Récente et souvent dévoyée dans le discours public au Congo-Brazzaville, la notion de développement intégral et solidaire mérite une nouvelle visitation qui devra conduire nos compatriotes, en toute conscience, à en apprécier la quintessence et agir en conséquence pour leur devenir. Ce concept découle, dans toute sa plénitude, de l’humanisme intégral et solidaire qui consiste, pour les citoyens de notre temps, à amener le développement vers l’épanouissement réel de l’homme d’aujourd’hui et de demain.

Mieux, cette notion de l’humanisme intégral et solidaire, largement explicitée dans le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, produit en 2005 par le Conseil pontifical Justice et Paix, conduit ce citoyen à trouver, dans ce texte, les principes de réflexion, les critères de jugement et les directives de ses actions politiques et sociales. Dans cette somme dédiée au Pape Jean Paul II, maître de doctrine sociale et témoin évangélique de Justice et Paix, les citoyens interpellés doivent donc être capables d’interpréter la réalité d’aujourd’hui et de chercher des voies appropriées à l’action pour qu’ils soient placés au centre de tout développement authentique qui doit être intégral en promouvant tout l’homme et tous les hommes.
Dans le contexte politique congolais, au-delà des pratiques et des discours, ce développement devra mettre l’humain en son centre et lui permettre, et aussi à la société, de se bâtir et se doter d’un bien commun pour mieux assurer son existence. Pour ce Compendium, la dignité, l’unité et l’égalité de toutes les personnes découle, avant tout, du principe du bien commun, auquel tout aspect de la vie sociale doit se référer pour trouver une plénitude de sens.
Selon ce texte majeur, par le bien commun, on entend «cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée».
Dans sa Lettre Encyclique «Caritas in veritate», publiée en 2009, le Pape Benoît XVI indique que ce bien commun est celui de «nous-tous», constitué d’individus, de familles et de groupes qui forment une communauté sociale. Ainsi, la construction de ce bien commun engage tous les citoyens et aucun d’entre eux n’est exempté de collaborer, selon ses propres capacités, à la réalisation et au développement de cette richesse.
Pour Benoît XVI, «œuvrer en vue du bien commun signifie, d’une part, prendre soin et, d’autre part, se servir de l’ensemble des institutions qui structurent juridiquement, civilement et culturellement la vie sociale et prend ainsi la forme de la polis, de la cité.»
C’est la gestion de ce bien commun, à travers celle de la cité, que concerne l’acteur politique. Celui-ci doit s’engager, à travers des projets politiques, économiques, sociaux et culturels, vers une action effective qui incite tous ceux qui ont sincèrement à cœur le sort de l’homme à offrir leur contribution. D’autant plus que la personne humaine est le fondement et la fin de la communauté politique. Le faire autrement est dénaturer notre rôle et notre vocation.
Ce détournement de vocation d’une bonne gouvernance du bien commun nous est montré au quotidien par des acteurs politiques dont les visions réductrices sont subordonnées aux avantages partisans qu’ils peuvent tirer de leurs situations. Et Benoît XVI d’attirer notre attention, en indiquant qu’à cet instant, «l’agir social devient la proie d’intérêts privés et de logiques de pouvoir, qui ont pour effet d’entrainer la désagrégation de la société et cela d’autant plus dans une société en voie de mondialisation et dans les moments difficiles comme ceux que nous connaissons actuellement.»
Construire ce bien commun pour un développement intégral et solidaire est surtout conditionné par la liberté et le libre choix octroyé aux citoyens. Le carcan de l’Etat central, tel que nous le subissons, est un réel frein qui ne permet pas à l’individu ni à la communauté de se réaliser. Il nous faut, pour les démocrates humanistes porteurs des valeurs du développement intégral et solidaire, desserrer cet étau pour laisser germer le génie créateur qui nous permettra de construire ce bien commun.
Pour cela, nous devrons introduire, dans notre corpus des lois, le principe de subsidiarité qui devra nous permettre d’aller au-delà d’une décentralisation que nous n’arrivons pas à mettre en place réellement, faute de volonté politique. Ce principe de subsidiarité porte sur les rapports entre le pouvoir politique et les communautés. Concrètement, cela signifie que les pouvoirs publics, en tant qu’instrument du pouvoir, ne peuvent intervenir, dans la construction de ce bien commun, que lorsque ces communautés ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins.
Par ce principe, l’Etat central n’exercera plus qu’une fonction de suppléance auprès des communautés qui pourront développer une expertise propre à leur épanouissement.
Le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise indique, justement, qu’«en intervenant directement et en privant la société de ses responsabilités, l’Etat de l’assistance provoque la déperdition des forces humaines, l’hypertrophie des appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d’être au service des usagers, avec une croissance énorme des dépenses.»
L’un des avantages majeurs de ce principe de subsidiarité est la participation citoyenne. De celle-ci, le texte doctrinaire stipule que «la participation à la vie communautaire n’est pas seulement une des plus grandes aspirations du citoyen, appelé à exercer, librement et de façon responsable, son rôle civique avec et pour les autres, mais c’est aussi un des piliers de toutes les institutions démocratiques, ainsi qu’une des meilleures garanties de durée de la démocratie.» Ce qui nécessite une réflexion commune.

Anatole LIMBONGO NGOKA
Président du Parti africain pour un développement intégral et solidaire (PARADIS)

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A propos de l'auteur

Heure de Brazzaville

2 août 2021 22 h 25 min

Editorial

A notre santé !

Il y a un contraste sidérant à constater, avec l’homme de la rue, que «les deux industries les plus dynamiques du pays» sont la bière et la morgue. Chaque jour que Dieu fait, nous nous donnons en spectacle attablés aux bistrots, seuls ou avec des amis, hommes ou femmes, devant un alignement de bouteilles ou de cannettes bien moussantes dès 9h du matin. C’est d’ailleurs le meilleur indicateur pour savoir si les salaires ont été virés dans les banques.

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