VIIIème Dimanche Ordinaire A : «Vous ne pouvez pas servir deux maîtres à la fois, Dieu et l’argent»

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Textes: Is 49,14-15; 1 Cor 4,1-5; Mt 6,24-34

Vous ne pouvez pas servir deux maîtres à la fois, vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent, nous dit Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui. La parole de Dieu de ce dimanche invite chacun de nous à examiner sérieusement la place qu’occupe l’argent dans sa vie par ce que notre rapport à l’argent influence notre relation à Dieu et au prochain. 

Nous vivons dans un monde où l’argent est omniprésent et s’impose à tout le monde comme un moyen incontournable. L’argent est partout, même dans l’Eglise où nous avons maintenant l’habitude de deux quêtes chaque dimanche dans certaines de nos paroisses. L’argent s’invite partout au point que l’on a l’impression que c’est une clé qui ouvre toutes les portes. Les choses sont mesurées d’après leur valeur en espèces sonnantes, d’après leur rentabilité, parfois même les hommes. A prix d’argent tout se vend et tout s’achète, même les corps, même les âmes, parfois même Dieu. L’argent prend en effet beaucoup d’importance dans nos vies et même dans nos projets de vie. L’un de nos soucis permanents dans la vie, c’est de trouver ou de gagner de l’argent pour faire telle ou telle autre chose, pour réaliser tel ou tel autre projet. Même dans nos économies nationales et internationales: dès qu’il y a une crise financière, nos économies et nos sociétés menacent de s’effondrer. Du coup, on peut tellement se soucier de l’argent qu’il devient un concurrent pour Dieu dans notre vie. En d’autres termes, en voulant se servir de l’argent, on peut finir par servir l’argent devenant ainsi une fin en soi, une idole à laquelle nous sacrifions nos vies et celles des autres. Alors comment en arrive-t-on là?

Il est clair que l’argent, quand on en a et surtout quand on en a beaucoup, nous donne la possibilité de faire ce que nous voulons, d’avoir ce que nous voulons, de se distinguer des autres, et même d’avoir du pouvoir sur les autres. Là, ceux qui ont de l’argent, qui sont à l’abri du besoin, courent deux gros risques: le premier est de mettre notre sécurité dans cet outil puissant qui nous donne un certain pouvoir sur les choses et les gens; alors que Dieu seul doit être notre sécurité. L’argent est une fausse sécurité…

Le second risque est que voyant tout le pouvoir que nous donne l’argent, on finit par se prendre pour un dieu. L’argent et le pouvoir vont souvent ensemble et c’est pour cela que ceux qui ont le pouvoir cherchent l’avoir et ceux qui ont l’avoir cherchent souvent à contrôler le pouvoir politique. Regardez nos pays africains, pourquoi les gens sont prêts à tout pour s’accrocher au pouvoir, vous pensez vraiment que c’est parce qu’ils aiment leurs peuples? Non, pas du tout! C’est parce que chez nous le pouvoir politique dans nos pays est un moyen d’enrichissement facile.

Même dans les relations internationales, les intérêts économiques, le dieu de l’argent passe avant tout. Des guerres sont provoquées et entretenues pour bien faire le commerce des armes, de l’or, du pétrole, du diamant et j’en passe. Ne parlons plus des détournements de fonds publics et la corruption. On détourne même parfois de l’argent destiné aux écoles et aux hôpitaux. Tout cela aux dépens des milliers de vies humaines sacrifiées sur l’autel des intérêts économiques, au dieu de l’argent.

Venons-en maintenant à nous-mêmes, parce qu’il n’y a pas que nos dirigeants qui sont tentés par l’amour de l’argent, nous le sommes aussi, chacun à son petit niveau. L’argent n’est-il pas souvent l’une des causes principales de problèmes dans les couples, dans nos familles, nos associations, nos relations, etc? Chacun de nous peut se poser les questions suivantes: quels sont les moyens par lesquels je cherche ou gagne de l’argent? Est-ce que ces moyens offensent Dieu ou le prochain? Est-ce que je gagne honnêtement l’argent dont je dispose? On peut gagner de l’argent ou s’enrichir par des moyens sales, par exemple en exploitant les pauvres. Chaque fois que l’on demande à Jésus ce qu’il faut faire pour avoir la vie éternelle, il répond: aime Dieu de tout ton cœur et aime ton prochain comme toi-même. Il nous rappelle ce dimanche que quand nous aimons l’argent, il occupe, corrompt tellement notre cœur qu’il devient difficile d’aimer Dieu et le prochain. Cela ne signifie pas qu’il faut fuir l’argent, d’ailleurs on ne peut pas s’en passer. Mais, l’argent, il faut s’en servir et non le servir. Si par notre travail nous gagnons honnêtement notre vie, c’est un moyen que Dieu nous donne pour le servir et servir le prochain.

L’argent ne peut pas nous ouvrir les portes du ciel; heureusement que même le plus riche du monde ne peut corrompre ni la mort, ni Dieu. Heureusement que nous ne pouvons pas acheter la vie éternelle. La mort est justement là pour nous rappeler que rien ne nous appartient, que tout passe, même l’argent. Et quand nous arriverons de l’autre côté, Dieu ne nous demandera pas combien nous avons laissé dans notre compte bancaire, mais il nous interrogera sur l’usage que nous avons fait de l’argent qu’il nous a permis de gagner: est-ce qu’il nous a aidé à le servir et à servir notre prochain, surtout les plus pauvres?

Seul Jésus peut nous ouvrir les portes du ciel: «En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes: un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes».

Chers frères et sœurs en Christ, servons le vrai Dieu! Que Dieu nous accorde en ce dimanche, la grâce de ne pas tomber dans le piège de ce que l’évangile d’aujourd’hui appelle l’argent trompeur: c’est un faux dieu. Faisons confiance en Dieu! Amen!

Saturnin Cloud BITEMO, Sj
Maison Saint Ignace (Brazzaville)

Informations supplémentaires