Décès de Jean-Claude Ganga : Une figure emblématique du sport disparaît

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Cela faisait environ trois semaines seulement que Jean-Claude Ganga était revenu au pays pour inhumer son épouse décédée en France. Il comptait rester quelques jours avant de repartir. C’était sans compter avec la fermeture des frontières aériennes qui l’a condamné à rester à son domicile de Mbouono, à Brazzaville. La mort l’y a finalement surpris samedi 27 mars 2020 à l’âge de 86 ans.

 

Jean-Claude Ganga a été un acteur et un témoin privilégiés de la naissance et du développement du sport en Afrique. C’est une perte sans égale. Elle frappe non seulement le Congo, mais aussi l’Afrique tout entière. Personnage mythique, il aura en effet marqué de sa personnalité la vie sportive congolaise et celle du continent dont il a été pendant de longues années la pyramide, l’un des hommes d’influence. Force tranquille, fin et ouvert, il savait écouter, comprendre et répondre avec une touche d’humour. Politicien habile, panafricaniste militant et tiers-mondiste convaincu, il s’y connaissait pour désamorcer les crises et dénouer les conflits. Ses prises de position ont toujours témoigné de la passion sincère qu’il portait au sport congolais et africain dont il suivait pas à pas l’évolution.
Patron du Conseil supérieur du sport en Afrique (CSSA), de 1966 à 1979, ministre des Sports du Congo (1985-1989), président de l’Association des Comités nationaux olympiques d’Afrique (ACNOA), de 1989 à 1999, puis membre du Comité exécutif du CIO, Jean-Claude Ganga exerçait pleinement toutes ses responsabilités et écrasait de sa forte personnalité ses pairs. Il fit du CSSA et de l’ACNOA des institutions crédibles et respectées. Sa volonté d’autonomie le conduisit maintes fois à en découdre avec les présidents des fédérations internationales, y compris même celui du Comité international olympique (CIO). Jean-Claude Ganga, c’était vraiment les années de braise du sport africain.
Né le 28 février 1934 au village Bacongo, actuellement deuxième arrondissement de Brazzaville, de parents profondément chrétiens catholiques, Jean-Claude Ganga fait ses études primaires à l’école Saint-Joseph de Bacongo, puis les secondaires à l’école Jeanne d’Arc qui cédera plus tard la place au collège Chaminade tenu par les frères marianistes venus de Saverne et de Bordeaux (France). En ce temps-là, il habitait la rue Guynemer devenue de nos jours Rue des Trois Francs.
Son frère aîné devenu séminariste étant tombé gravement malade puis exclu du séminaire, Jean-Claude Ganga interrompt ses études secondaires pour entrer dans la vie active afin d’aider ses parents à couvrir les soins onéreux occasionnés par la maladie de l’aîné. Il devient maître d’Ecole de l’enseignement privé catholique. Homme dynamique à l’esprit éveillé, Ganga ne tarde pas à devenir dans le corps enseignant un syndicaliste ardent de la Confédération syndicale chrétienne. Il fait partie du groupe de militants qui engagent, au cours des années 1950, en compagnie d’autres collègues de l’enseignement confessionnel, la lutte âpre pour la parité des salaires avec les enseignants de l’école publique. Une lutte qui se terminera par une brillante victoire jusqu’au seuil des années soixante, le premier gouvernement de l’abbé Fulbert Youlou ayant finalement mis sur le même pied d’égalité la rémunération de tous les enseignants congolais du public comme du privé, sans pour autant nationaliser l’Education nationale.
Jean-Claude Ganga se fait alors remarquer comme un défenseur des brimés de la société et des victimes de la discrimination. Il est de tous les combats pour l’égalité des chances. De la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, il en fera son affaire. Il a raconté tout cela dans son livre intitulé ‘’Combats pour un sport africain’’. Au lendemain de l’indépendance du Congo, il devient le premier inspecteur de la Jeunesse et des Sports après des stages en Israël puis en France.
Nommé directeur de la Jeunesse au ministère de l’Education nationale, chargé de la Jeunesse et des Sports, il prend une part active aux différentes manifestations sportives organisées par la France (Jeux de la Communauté, Jeux de l’Amitié) en Afrique francophone et Madagascar de 1958 à 1964. Chemin faisant, avec l’aide de son ami Boniface Massengo puis le soutien de la France, le ministère congolais de la Jeunesse et des Sports obtient la création par le Congo-Brazzaville en 1965, des 1ers Jeux africains patronnés par le Comité international olympique (CIO).
Au lendemain de ces Jeux dont il a été la cheville ouvrière, est créé à Bamako (Mali) le CSSA qui installe son siège à Yaoundé (Cameroun). Jean-Claude Ganga en devient le premier secrétaire général de 1966 à 1979. Au sein du CSSA, Jean-Claude Ganga engage un rude combat pour le sport africain ainsi qu’il l’a qualifié dans son premier livre traduit en chinois. Un combat qu’une fois de plus il gagnera, non sans mal, car il aboutira à l’exclusion de l’Afrique du Sud du CIO et des fédérations internationales, au temps où ce pays qui tenait prisonnier Nelson Mandéla et ses camarades du Congrès National africain (ANC), pratiquait une horrible discrimination raciale même dans le sport. Un combat redoutable où Ganga se fera peu d’amis dans le monde sportif occidental, mais qui lui vaudra plus tard beaucoup d’admiration de Mandéla et des partisans anti-apartheid, sans oublier les défenseurs des droits de l’Homme.
Jean-Claude Ganga quitte le CSSA en 1979, après 13 années de loyaux services, puis se retire en France pour quelques années de repos. Le Congo le récupère en 1982 pour en faire un diplomate. Il est ambassadeur en Chine, Corée du Nord et Vietnam. De retour au pays, le samedi 7 décembre 1985 le président Sassou-Nguesso le nomme ministre du Tourisme, du Sport et des loisirs, dans le Gouvernement dirigé par Ange Edouard Poungui, bien qu’il ne soit pas membre du PCT, parti au pouvoir auquel il refuse d’adhérer. Son ami Auxence Ikonga et lui seront les seuls membres du Gouvernement non membres du parti unique de l’époque.
Après la guerre civile de 1997, Jean-Claude Ganga s’exile momentanément en France. En 1999 éclate «le scandale du siècle» au CIO dont il était maintenant membre du Comité. Il est parmi ceux qui sont éclaboussés et exclus, mais ses accusateurs n’ayant pas apporté de preuves suffisantes, il est blanchi de toute accusation de corruption. Jean-Claude Ganga est lavé et réhabilité en 2004. Libre de tout soupçon! Sans pour autant réintégrer le giron olympique. Hélas!
A 80 ans, en 2015, année de la commémoration du cinquantenaire des 1ers Jeux africains dont il est l’un des pères fondateurs, il regarde avec un sourire de satisfaction les services considérables rendus au sport congolais et par-dessus celui, au sport africain. Un sport devenu majeur et qui remporte désormais les trophées les plus prestigieux partout où les dieux du stade s’affrontent.
«Le gamin de Bacongo, élu à plusieurs reprises grand dirigeant du monde sportif, aura vécu avec ferveur l’idéal de fraternité et d’égalité de chance que diffuse le sport partout où il rassemble les peuples sans distinction aucune. Pour l’Afrique, son continent, et le Congo, Ganga n’aura pas rêver en vain. «Les Jeux créé par les Africains, pour les Africains» au nom de l’idéal olympique, comme il aimait à le dire chaque fois qu’il prenait la parole au nom du sport, ont cessé d’être une fiction depuis belle lurette sous le ciel du Continent noir», conclut Guy Bikouta Menga, dans l’avant-propos ‘’Il était une fois les Jeux africains’’, un livre de révélations inédites de du disparu.

Guy-Saturnin MAHOUNGOU
(*Avec des extraits de l’avant-propos du livre ‘’Il était une fois les Jeux africains)