Nostalgie : Il était une fois Bienvenu Kimbembé ‘’Akim’’…

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On ne s’entretient pas avec Kimbembé ‘’Akim’’,  l’ancien milieu de terrain international de Télésport et des Diables-Rouges, comme on le ferait avec n’importe quel footballeur. Il y a quelque chose qui le soustrait à la règle du milieu. Et à 65 ans(né le 13 décembre 1954), le bonhomme n’a pas changé. Il ne met pas de gants pour dire ce qu’il pense. Il appelle un chat par son nom. Cela lui a valu de solides inimitiés. Mais il s’en moque. L’ex-vedette a ouvert sa porte à l’ami journaliste. Sans jeux de masques et sans faux-semblant.

 

*Bienvenu Kimbembé, jouez-vous toujours au football?
**Je m’amuse de temps en temps avec les anciens footballeurs de ma génération, notamment les Ewawa d’Elengi éyé. Récemment, j’ai refoulé la pelouse du Stade Massamba-Débat (Stade de la Révolution, à notre époque ) à l’occasion des 70 ans d’âge de Mbemba ‘’Tostao’’.
*D’où te vient le sobriquet ‘’Akim’’?
**Depuis mon enfance. Je m’identifiais, semble-t-il, à ce personnage d’une bande dessinée. Derrière la Grande école de Poto-Poto, où il y avait un bois, j’étais ‘’le roi de la jungle’’. J’en ai porté d’autres: ‘’Wanka’’,  ‘’L’enfant terrible’’, ‘’Monseigneur’’, ‘’Mokonzi ya terrain’’, etc.  
*Allons ‘’Akim’’, respectons la chronologie. Parles-nous de tes débuts.
**C’était en 1967, je crois. Je jouais alors dans des clubs de quartier, à Poto-Poto: Benfica, d’abord, Santos ensuite, avec notamment Ndomba ‘’Géomètre’’ et Gambou-Ondono. J’ai ensuite intégré Sotexco-Sport, l’équipe de l’Usine textile de Kinsoundi, en 1971. C’était maintenant le ‘’gros ballon’’, comme on disait à l’époque. Puis, Patronage Sainte-Anne où j’ai rejoint mon ami Gambou-Ondono, mais j’avoue que ça n’a pas marché. Après, j’ai tenté ma chance au CARA en 1972, mais à cause d’une altercation avec un ancien, en l’occurrence Vieux Nkanza, à qui j’avais dit mes quatre vérités, ce dernier m’a chassé du club au bout de deux séances d’entraînement. Je ne l’ai pas regretté par la suite.
*Te voilà donc obligé de changer de club. Un problème d’instabilité?
**Je crois que c’était plutôt une affaire de circonstance. Plus en tout cas qu’un problème d’instabilité. Je ne mets pas de gants pour dire ce que je pense. Je hais l’injustice. Après CARA, je me suis retrouvé dans Télésport. Là-bas aussi ça a failli mal tourner, parce que Michel Oba (+), l’entraîneur, m’avait laissé sur la touche deux fois de suite à l’entraînement. Je lui ai dit que ses préférés ne me valaient pas, que je comprenais pourquoi l’équipe avait fait naufrage contre Patronage (0-10)! Cela ne lui avait pas plu et il m’avait mis à la porte.
*Et après?
** Un dirigeant m’a rattrapé et fais revenir. Il me restait de faire la démonstration de mon talent en matchs. Ça n’a pas vraiment traîné. Dès les premiers matchs, je me suis révélé comme un catalyseur de qualité. En quatre matchs, j’ai inscrit deux buts.
*Te souviens-tu contre qui?
** Bien sûr. Il s’agissait du CS Negro et du Racing. Contre CARA, j’avais été passeur pour notre but égalisateur. Sans oublier le match contre Etoile du Congo.
*Combien de temps es-tu resté dans Télésport?
**De 1973 à 1984. En 1985, j’ai signé au CARA, mais après quelques matchs j’ai dû abandonner.
*Etais-tu la grande vedette de l’équipe?
**Je peux le dire. Sinon je ne me serai pas frayer une place en équipe nationale, tant les places chez les Diables-Rouges étaient fournies en vedettes à la célébrité établie. Pour  un joueur évoluant dans une équipe de seconde zone,  j’ai réussi ce pari et j’en suis fier.
*Et le championnat, tu ne l’as jamais décroché avec Télésport.
**Non. Il faut dire qu’en 1983 on l’a perdu bêtement alors que nous avions fait course en tête jusqu’à la dernière journée. Malheureusement, battu par V.Club-Mokanda alors que nous menions 2-0, on a laissé filer le titre. Et l’Etoile du Congo s’en est emparé. Cela ne m’a pas empêché de disputer deux fois la Coupe d’Afrique des clubs champions, avec le  CARA en 1975 et 1976.
*Quels souvenirs marquants gardes-tu de ta carrière?
**Sur le plan collectif, la participation à la CAN 1978 au Ghana. Avec cependant un petit sentiment de frustration parce que j’estimais être injustement mis à la touche. Le courant passait mal entre Maurice Ondjolet, l’entraîneur, et moi. Je contestais ses choix,  notamment à mon poste. J’ai ainsi raté les deux premiers matchs. En signe de protestation, je suis resté à l’hôtel, contre le Maroc. Je n’ai disputé que la dernière rencontre, contre la Tunisie, mais on était déjà éliminés.
*Est-ce tout?
**Il y a eu de belles pages comme la médaille d’argent aux 1ers Jeux d’Afrique centrale de 1976 à Libreville et surtout le match fabuleux contre le Cameroun, en finale. Je me souviendrai toujours également du match Congo-Cameroun (4-0), à Brazzaville. Nous avions donné une leçon de football aux Lions indomptables!
*Adolescent, avais-tu un modèle, un joueur qui te faisait rêver plus qu’un autre?
**Bien sûr. Balekita ‘’Eusébio’’ était mon modèle absolu, une sorte d’idéal. A l’époque, il jouait dans Patronage Sainte-Anne.
* Tu avais un souffle inépuisable, mais on dit que pas plus que Christian  Mbama ‘’Lapéta’’.
**J’ai mis fin à cette polémique. Comment? Au test  cooper, j’avais  fait 11 tours de piste, mon ami Mbama en avait fait 8 et demi.  Faut-il encore que je conclue?
*Pour conclure, comment voyez-vous le foot congolais aujourd’hui?
**Les jeunes sont obnubilés par l’argent.  C’est tant mieux pour eux, mais ils oublient que seul le travail paie.

Propos recueillis par Guy-Saturnin MAHOUNGOU

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