Le Congo à l’heure du coronavirus : Pourra-t-on éviter le pire?

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En République du Congo, vendredi dernier, 19 cas confirmés de Covid-19 ont été déclarés par le Gouvernement à l’issue du conseil des ministres. Le pays, qui semblait jusqu’ici épargné, risque en réalité d’être plus durement touché, vu la fragilité de ses écosystèmes sanitaire, économique, etc. 

 

Pour lutter contre le virus, du Nord au Sud, de l’Ouest à l’Est du pays, sur instruction du président de la République, le Gouvernement a interdit tout rassemblement public de plus de 50 personnes et fermé écoles, églises, mosquées, restaurants, bars, Vip et caves. Le président de la République a ordonné samedi 28 mars le confinement et annoncé la fermeture de toutes les frontières, terrestre, fluvial, maritime et aérienne. Exception faite pour les avions et les bateaux Cargo. Un couvre-feu a été décrété de 20 heures à 5 heures du matin à compter du mardi 31 mars.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiète de plus en plus d’une poussée de la pandémie sur le continent africain et au Congo, en particulier, dont les systèmes de santé manquent cruellement de moyens. Mais, ce n’est pas la seule raison qui fait craindre aux populations que la pandémie sera très difficile à combattre sur place…
Le dépistage est déjà lancé, si l’en croit les cas dûment identifiés. Mais dans des proportions très largement insuffisantes. Les choses étant tout autres en temps de crise qu’en temps normal, le pays va avoir besoin de personnel formé, de stocks de réactif, de respirateurs, de lits de réanimation et autres matériels indispensables. Or, c’est dans ce début d’épidémie que dépister s’avère primordial pour éviter le pire. Il est donc très utile de tester largement pour isoler les malades et leurs contacts dans cette première phase. «Mais dans les pays africains dans lesquels travaille l’ONG Médecins sans frontières, les ministères expliquent qu’ils détiennent entre 500 et 1.000 tests. Alors qu’en Corée du Sud, 20.000 tests étaient faits par jour…», explique Isabelle Defourny, directrice des opérations de Médecins sans frontières. Aujourd’hui, tous les pays touchés s’arrachent ces précieux tests. Reste à savoir si le Congo ou les autres pays africains pourront s’en procurer en ce moment où l’on observe - peut-être pas comme en Europe et aux Etats-Unis - une propagation de la pandémie.

Un système de santé fragilisé
Le Congo, à l’instar de la majorité des pays africains, n’aura pas les moyens de contenir la pandémie. «Pour faire baisser la mortalité chez les patients atteints du coronavirus, il faut avoir accès à une assistance respiratoire», soulignent les experts en médecine. Or, le Congo n’a quasiment aucune capacité à prodiguer les soins nécessaires aux patients comme dans nombre d’autres pays africains. En Afrique de l’Ouest, par exemple, il y a vingt fois moins de lits d’hôpitaux qu’en France. Et en plus, il n’y a quasiment pas de services de soins de suivi. Quant aux respirateurs, ils se comptent en dizaines pour des millions de personnes… «Au Nigeria, on compte seulement 250 lits de réanimation avec des respirateurs mécaniques [la France en a 5.000]», indiquait Isabelle Defourny. «Il faut au minimum de l’oxygène et des protections (masques, gants, lunettes, surblouses…) pour le personnel médical. Dans tous les hôpitaux en Afrique, il y a des protections, mais avec le Covid-19, la consommation de masques est multipliée par 10 ou 20. Peu d’hôpitaux ont le stock suffisant pour affronter cette augmentation des besoins.» Si rien n’est fait urgemment dans ce sens, les soignants tomberont à leur tour malades, et le système de santé risquera d’être paralysé encore davantage.
En temps normal, dans certains pays africains, les hôpitaux sont à la peine. Ils luttent contre plusieurs maladies mortelles. Les systèmes de santé doivent gérer toutes les autres pathologies: malnutrition, paludisme, rougeole, urgences obstétriques... Avec des transports aériens à l’arrêt dans nombre de pays, il sera de plus en plus difficile d’acheminer des médicaments, des médecins, de la nourriture. A cela s’ajoute la fermeture des frontières.

Confinement, oui! Mais
les moyens font défaut
Certains pays, comme le Rwanda et le Nigeria par exemple, ont commencé à mettre en place des mesures pour isoler les malades avec une aide financière. Ce qui ne va pas de soi pour tous les pays africains. Imposer un confinement total est impossible dans des économies où la plupart des gens mangent le soir ce qu’ils ont gagné la journée. Car, ils n’ont aucune ressource pour survivre, ni épargne, ni patrimoine. En France, aux Etats-Unis, l’État est présent avec des mesures comme le chômage partiel, les arrêts de travail pour garde d’enfants. Un certain nombre de pays africains sont trop pauvres pour mettre en œuvre une telle protection étatique. Il faut absolument un grand mouvement de solidarité nationale et internationale pour éviter la mort des plus vulnérables.

La solidarité, une nécessité
Le défi est immense à l’heure où nombre de pays occidentaux font face à la plus grande crise sanitaire depuis cent ans. Et le désastre économique s’annonce majeur. Est-ce que la France, l’Italie, les Etats-Unis seront disposés à envoyer des masques, des tests, des moyens humains et financiers pour épauler les pays africains?
«C’est nécessaire pour trois raisons. D’abord au plan humain et humanitaire: on ne peut pas accepter qu’un continent s’effondre et que la mortalité explose. Par ailleurs, si on n’arrive pas à contrôler l’épidémie alors qu’elle circule dans un continent comme l’Afrique, elle sera réintroduite chez nous. Enfin, pour une troisième raison, géopolitique cette fois. L’épidémie peut contribuer à la déstabilisation de certaines régions. Par exemple, au Sahel, les groupes armés ne vont pas s’arrêter pendant le coronavirus…», affirme Alexandre Augier, directeur général d’Alima, une ONG qui agit pour la santé dans douze pays africains.

Viclaire MALONGA