Au Congo, l’Etat théocratique et les mouvements politiques religieux et sectaires sont prohibés

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L’article 1er de la Constitution congolaise du 20 janvier 2002 édicte: «La République du Congo est un Etat souverain, indivisible, laïc, social et démocratique...). Cette disposition constitutionnelle peut, à juste titre, être considérée comme le socle de la loi fondamentale congolaise, et, surtout, comme la quintessence des valeurs inaliénables de l’Etat et de la construction de la nation.

Ces valeurs, qui constituent un noyau dur et insécable de l’Etat congolais, ne peuvent être remises en cause, ni par une personne, ni un quelconque groupe de personnes, au nom de la liberté de croyance ou de la liberté de conscience. Aucun «illuminé», aucune religion, aucun parti religieux ne peuvent, juridiquement et politiquement, ébranler ce noyau dur, nonobstant la reconnaissance de la liberté de croyance ou de la liberté de conscience qui ont des limites certaines dans un Etat de droit.
En République du Mali, certains groupes ou partis religieux intégristes ont occupé le Nord du pays qu’ils contrôlent, déjà, depuis quelques mois, et y ont instauré la charia, c’est-à- dire la loi islamique. Ces groupes d’islamistes ont ainsi violé le principe d’indivisibilité de l’Etat malien qui est un Etat unitaire, indivisible et laïc, c’est-à-dire qui consiste en la séparation de la politique et de la société religieuse.
Pire, ils ont confisqué la démocratie, en arrêtant net la vie démocratique dans le pays et, surtout, dans la partie Nord rebaptisée Azawad et dont l’indépendance a été, unilatéralement, proclamée par eux. Toutes les libertés y sont isolées et bafouées, au nom de Dieu et de la charia, sur fond d’intolérance politique et religieuse.
Il n’est pas trop tôt de, déjà, attirer l’attention des autorités et de la société congolaises pour prévenir ce genre de fléaux dont la contagion peut atteindre les frontières insoupçonnées et par le biais de personnes et canaux incontrôlés. L’article 18 de la Constitution congolaise de 2002 stipule: «La liberté de croyance et la liberté de conscience sont inviolables. L’usage de la religion, à des fins politiques est prohibé...».
Toute personne ou toute religion est libre de croire à Jésus-Christ, à Allah ou à Mahomet, à Matsoua André, Simon Kimbangou, à Bouddha et autres, tant que cela se limite à la foi personnelle ou à la foi commune, dans le cadre de la religion. Mais, cette liberté ne peut être usée à des fins politiques, c’est-à-dire sous forme d’idéologie politique sur la base de laquelle se créerait des partis politiques religieux dont l’objectif sera la conquête du pouvoir.
On se souviendra qu’au Congo, Jean-Michel Bokamba-Yangouma avait créé un parti dénommé «Mouvement général des chrétiens du Congo», en sigle M.g.c.c. Mais, suite à un avis d’inconstitutionnalité de cette dénomination, par la Cour suprême, le mot «chrétiens» a été retiré et remplacé par «Construction», pour garder intact le sigle initial. La Cour suprême a reproché à ce parti de faire référence à Dieu dans ses statuts comme fondement de son action politique, et de mobiliser ses militants sur une base religieuse. C’était, donc, là, réaffirmer le principe de l’interdiction de «l’usage de la religion à des fins politiques».
De même qu’il ne sera pas permis de faire usage de la religion matswaniste, kimbanguiste ou musulmane, par exemple, à des fins politiques, en République du Congo, qui est un Etat laïc. L’alinéa 2 de l’article 18 de la loi fondamentale du 20 janvier 2002 énonce: «Toutes manifestations de manipulation et d’embrigadement de consciences, de sujétions de toutes natures imposées par tout fanatisme religieux, philosophique, politique et sectaire sont punies par la loi».
Récemment, en République Démocratique du Congo et, plus précisément, dans la région du Katanga, une secte dénommée «Bundu dia Kongo» a véhiculé des revendications politiques susceptibles d’engendrer un cataclysme total dans l’organisation sociale et politique de tout un pays ou même d’une sous-région. La confrontation de cette secte avec les forces armées a été désastreuse, en pertes de vies humaines...
«Un train peut en cacher un autre», disent les cheminots, en avertissant les usagers d’un contre rail. Les mouvements d’Ansar Dine et d’Aqmi, au Mali et au Maghreb, peuvent en cacher d’autres. C’est pourquoi, sans empiéter sur les libertés de croyance et de conscience, l’Etat a le droit de prévenir et de veiller à ce que certaines religions, sectes et mouvements philosophiques dont plusieurs leaders politiques sont, d’ailleurs, pasteurs, prêtres, grands maîtres, imams ou gourous puissent se transformer en puissants mouvements mystico-politiques ou partis fondamentalistes religieux à usage politique. Une nation avertie en vaut deux. Car, certains groupes religieux ou philosophiques, à but politique, peuvent avoir des connexions secrètes dangereuses et nuisibles à la stabilité d’un pays et à son intégrité territoriale.
Toutefois, il faut reconnaître que les confessions religieuses font partie de la société civile et peuvent, logiquement et légalement, prendre position ou donner leur avis sur les problèmes socio-politiques du pays, car elles contribuent, aussi, à la bonne marche de la société et à l’éducation des citoyens. C’est dans ce contexte-là, par exemple, que des évêques avaient pris position, il y a quelques années de cela, sur la gestion des ressources pétrolières au Congo. C’est, également, dans ce contexte que l’Eglise catholique en République Démocratique du Congo a pris position pour dénoncer la mascarade de la dernière élection présidentielle du 28 novembre 2011.
Il faut, enfin, reconnaître que les conférences nationales du Bénin, du Congo et de l’ex-Zaïre ont été présidées par des évêques, avec le succès que l’on connaît. Ces évêques y représentaient l’Eglise, en tant que société civile, mais pas comme membre de mouvements politiques d’obédience chrétienne.
Par ailleurs, plusieurs gouvernements et présidents africains continuent de consulter et recueillir la médiation de hommes d’Eglise, dans certains problèmes cruciaux de la société. Ainsi, il ne faut pas tirer prétexte de la laïcité pour exclure cette partie importante de la société civile de la vie sociopolitique et économique de la nation. Ce qui est interdit, c’est qu’ils puissent être des acteurs actifs de la vie politique, en vue de la conquête du pouvoir, en se fondant sur une idéologie religieuse.
L’Etat théocratique est interdit au Congo. Mais, la liberté de croyance, la liberté de conscience sont reconnues à chaque citoyens, dans les limites fixées par la loi, pour éviter que le mauvais exemple de groupes religieux intégristes du Nord Mali et d’ailleurs, ne puissent inspirer quelques «illuminés» ayant des ambitions politiques au Congo où cette prohibition est absolue, contrairement à certains pays, comme l’Allemagne, par exemple, où il existe un parti démocratique chrétien, qui est, toutefois, tenu de se soumettre au caractère laïc de l’Etat  et du droit.

Magloire SENGA
Avocat au Barreau de Pointe-Noire

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