Qu’est-il permis à l’Afrique noire d’espérer à partir de l’observation de sa jeunesse?

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La jeunesse représente, d’après les statistiques, près de 70% de la population du continent. Les projections démographiques lui donnent plus d’un milliard d’habitants à la fin de ce siècle. De quoi effrayer Malthus! Déjà vivant en dessous du seuil de pauvreté aujourd’hui, avec seulement un peu plus que la moitié du milliard d’individus, comment fera l’Afrique pour éviter le naufrage?

Les économistes sont optimistes. Ils se fondent sur ce même milliard, pour projeter à l’horizon du troisième millénaire, une Afrique noire totalement tirée d’affaire, grâce à sa nombreuse jeunesse, avec laquelle le monde de demain devra compter.
On a le droit de rêver et ces déductions sont parfaitement légitimes. Mais, on peut tout de même se demander si les données dont elles sont tirées justifient, effectivement, ces belles espérances. Une analyse de fond de cette donnée (la jeunesse) dont la projection du dynamisme créateur à l’horizon du futur nous console du désordre affligeant où barbote la majorité des pays africains, a de quoi refroidir notre enthousiasme. La prudence et un scepticisme de méthode s’imposent, lorsque nous pensons le futur de l’Afrique, son devenir. Pour tout vivant (les végétaux ne faisant pas exception) la jeunesse est le gage de sa reproduction, de sa continuité, donc promesse de rénovation; encore faut-il que le cours de l’histoire lui soit favorable!
La sagesse et l’éthique nous recommandent de ne jamais tirer du présent, dans une action en cours, que des déductions incertaines, hypothétiques. Celles-ci ne sont vraies que si leurs principes le sont. Or, quoi de plus incertain que cette jeunesse africaine sur laquelle on battit des châteaux? Le handicap majeur de cette jeunesse, celui qui creuse sa faiblesse, tient en son défaut d’unité. Sous les attributs qui la définissent: morphologiques, physiques, psychologiques (la force joyeuse, l’impudence, la curiosité insatiable, le courage qui peut aller jusqu’à l’héroïsme) la funeste division: jeunesse de tel ou tel parti politique, jeunesse de telle ou telle communauté culturelle ou ethnie, jeunesse de telle ou telle région.
La diversité des pôles d’identification et d’appartenance, en émiettant et en dispersant ses forces, fragilise, du coup, cette jeunesse, de ce fait rendue inapte à une action concertée. Et puis, serait-elle unie, cette jeunesse, que voici que d’être sans emploi la pousse sur la pente inclinée de la drogue, qui conduit à la petite puis à la grande délinquance, pour finir dans le grand banditisme, jamais loin du terrorisme. Et puis, pour la santé de cette jeunesse, il faut compter avec le sida, Ebola et d’autres pathologies dévastatrices.
Par ailleurs, cette jeunesse désunie, politisée à outrance dans le mauvais sens du terme, peu cultivée, lit peu. De ce fait, elle a forcément l’esprit étriqué. On n’a jamais bâti une grande civilisation dans un contexte aussi délétère d’affrontement et de dispersion des énergies disponibles. Pour que l’Afrique noire se réveille demain dans la belle civilisation dont nous rêvons, il faut un milieu sociopolitique, socioéconomique, socioculturel assaini, qui transforme en joyeuse espérance, ce qui, pour le moment, menace d’être, demain, un funeste fardeau, si on continue à si peu se soucier de l’éducation de cette jeunesse.

Dominique NGOÏE-NGALLA