Jean Claude Ibovi, député de la majorité, président du M.d.p : «La paix sociale est une quête permanente»

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Député élu dans la deuxième circonscription de Talangaï (Brazzaville), membre de la majorité présidentielle, président du M.d.p (Mouvement pour la démocratie et le progrès), parti membre du R.m.p (Rassemblement de la majorité présidentielle), Jean-Claude Ibovi nous a accordé une interview pour aborder les questions d’intérêt national et international. Revenant sur son cheval de bataille, il soutient que «la paix sociale est une quête permanente» et analysant les événements qui secouent le monde arabe, il affirme que «devant la quête de la liberté, de la dignité, du bien-être, il n’y a pas de place pour les chars, les hélicoptères…». Pour lui, le pays a une croissance à deux chiffres, chaque Congolais doit sentir, dans sa vie, l’embellie financière que le pays connaît. Interview.

* Monsieur le président du M.d.p,  lors de votre descente parlementaire, vous avez déclaré qu’il reste au président de la République de gagner la paix sociale. Est-ce qu’avec les mesures sociales qu’entreprend le gouvernement, y compris celles en faveur des fonctionnaires avec la nouvelle grille salariale, on ne peut pas dire que le président de la République est en train de gagner cette paix sociale?

** Tout d’abord, je vous remercie de m’avoir accordé l’opportunité de m’exprimer dans les colonnes de votre journal. Il ne faut pas caricaturer la paix sociale. Elle ne se résume pas à la grille salariale. La paix sociale est un tout. Aucun Etat au monde n’a réussi à régler définitivement, à 100%, la question de la paix sociale. Il faut qu’on le sache. Le social, c’est en permanence. Ce que l’Etat fait dans le social, c’est toujours insuffisant, même dans les pays développés.

A propos de la nouvelle grille salariale des fonctionnaires, on peut en parler. La revalorisation du pouvoir d’achat des fonctionnaires, c’est un engagement du chef de l’Etat. La paix sociale ne peut pas s’obtenir si la grille salariale ne donne pas le pouvoir d’achat aux fonctionnaires congolais.

La paix sociale, c’est global: quand les enfants sont assis à même le sol dans les écoles, ou sont dans des salles de classe pléthoriques, il ne peut pas y avoir de paix sociale; quand les Congolais ne peuvent pas se soigner, il n’y aura pas de paix sociale; quand il n’y a pas d’eau, d’électricité en permanence, il n’y aura pas de paix sociale.

C’est pourquoi je dis que le président de la République a déjà réussi à pacifier le pays, il a réussi la paix des armes, il lui reste de réussir la paix sociale. Une fois qu’il aura réussi la paix sociale, cela lui permettra de léguer aux générations futures, un pays uni et prospère. Je le dis, car dans son discours sur l’état de la nation, en août dernier, le président Denis Sassou Nguesso nous a invités à comprendre ceci:

1: «Nous devons gagner la bataille contre la pauvreté, pour conquérir notre totale indépendance»;

2: «Notre système éducatif qui est en décadence, notre sport doivent retrouver leurs lettres de noblesse. L’eau, l’électricité, les soins de santé et l’emploi doivent être accessibles à tous»;

3: «Il nous faut promouvoir, dans notre société, la culture du travail bien fait, du goût de l’effort permanent, du respect du bien public»;

4: «La paix, la sécurité, la stabilité sont acquises, elles ne doivent plus être remises en cause».

Voilà ce que nous a dit le président de la République. Donc, la paix sociale est à conquérir. Alors, mettons-nous au travail, parce que, tout ce que le président décrit, c’est ce que nous vivons aujourd’hui.

 

* Ne pensez-vous pas que la nouvelle grille salariale des fonctionnaires, telle qu’elle a été expliquée par le ministre des finances il y a quelques jours, est une réponse à la question du pouvoir d’achat et donc un pas vers la paix sociale?

** L’espace que le ministre des finances a choisi pour s’exprimer était trop limitatif et il a parlé dans un langage trop académique, qui a laissé certains Congolais perplexes, parce qu’ils n’ont rien compris. Quand on s’adresse au peuple, il faut descendre le langage au niveau du peuple, parce que, quand on gouverne, on est au service du peuple.

Pour moi, la revalorisation des salaires des fonctionnaires est un engagement du chef de l’Etat que le gouvernement doit mettre en œuvre. C’est une question qui n’est pas à négocier. Le pays a une croissance à deux chiffres, chacun de ses habitants doit sentir l’embellie financière. Le président de la République, là où il est, est conscient que derrière chaque fonctionnaire, il y a au moins une dizaine de Congolais à sa charge. C’est pourquoi il prend ces décisions sociales courageuses.

Ceci est valable aussi pour la gratuité de la césarienne, qui n’est pas encore effective. Ce sont des engagements que le chef de l’Etat a pris et qui doivent être mis en œuvre à partir de janvier 2011. Or, les Congolais constatent qu’il y a dysfonctionnement entre les promesses du président de la République et la réalité. C’est de la responsabilité du gouvernement de traduire dans les faits, les engagements du chef de l’Etat.

* Lors de votre dernière descente parlementaire, dans votre circonscription à Talangaï, vous avez beaucoup parlé du budget d’investissement de l’Etat qui est très important cette année et vous avez même énuméré les budgets d’investissements les plus importants accordés à certains ministères. Est-ce qu’au-delà de la question de la compétence humaine, il ne se pose pas un problème de système, car les ministres disent qu’ils ne gèrent pas le budget d’investissement et la structure chargée de réaliser les investissements n’a pas pouvoir de rendre compte à la représentation nationale?

** Oui, il y a un problème de système. C’est le système que les Congolais ont voulu et que je n’ai pas, moi, voté: le régime présidentiel. Le régime présidentiel fait du président de la République la clé de voûte de tout le système et il n’y a pas de contre-pouvoirs. Le parlement ne peut pas censurer le gouvernement et le président de la République ne peut pas dissoudre l’assemblée nationale. C’est pourquoi vous voyez tous ces ministres qui viennent crâner au parlement, parce qu’ils ne rendent compte qu’au président de la République, là où ils trouvent leur légitimité.

Donc, dans le cadre du régime présidentiel, le ministre n’est qu’un commis de l’Etat. Quand le président a constaté la mauvaise gestion au niveau des ministères, il a créé cette structure, la délégation générale des grands travaux, qu’on nous a présentée au parlement comme l’organe technique du gouvernement, et que sur instruction du chef de l’Etat, chaque ministre doit prendre auprès des grands travaux, les projets qui concernent son département, pour venir les défendre au parlement. Quand il y a inauguration officielle d’un ouvrage, le ministre concerné est là et il fait un discours sur l’importance de l’ouvrage réalisé, tandis que le délégué général des grands travaux en fait une présentation technique. Donc, les ministres ne peuvent pas se réfugier derrière le fait qu’ils ne gèrent pas les budgets d’investissement. Comme le disait Jean-Pierre Chevènement: «Un ministre, ça la boucle ou ça démissionne».

* Pour parler des questions d’actualité internationale: le monde arabe bouge; les peuples se révoltent et des régimes tombent. Y a-t-il des raisons de craindre qu’une telle vague de contestation populaire atteigne les pays d’Afrique noire comme le nôtre?

** Sur ce point, il faut repartir sur l’expérience de nos pays et rappeler que le mythe fondateur de la lutte pour l’indépendance fut la quête de la liberté, de la dignité et du bien-être. Après les indépendances, il y a eu le vent de démocratie et de liberté qui nous a secoués à partir des années 90. Mais, quand vous regardez l’Afrique, vous allez constater que les pays du Maghreb étaient oubliés par ce vent. On peut dire que, hier, nous, nous avons eu notre part et qu’aujourd’hui, eux, ils ont leur part.

C’est pour dire que la paix sociale est une quête permanente. Prenez l’exemple de la Tunisie: avec le tourisme et l’économie numérique, Ben Ali a fait de la Tunisie un pays émergent. Et pourtant, cela n’a pas suffit. Les jeunes, formés dans des universités qu’il a développées, comme il n’a pas pu leur donner des emplois, se sont retournés contre lui. La révolution tunisienne est partie du suicide d’un jeune diplômé sans emploi, devenu vendeur de fruits et de légumes, qui s’est immolé par le feu, parce que la police avait saisi sa marchandise.

Pour vous montrer que la paix sociale est une quête permanente, regardez la Libye où Kadhafi a donné l’eau, l’électricité, les logements, il a fait des rivières artificielles pour apporter l’eau à la population, dans ce pays construit en plein désert. Mais, comme les jeunes ne trouvent pas du travail et ont besoin de liberté, ils se sont retournés contre lui. Que dire de l’Egypte qui est le berceau de l’humanité!

Devant la quête de la liberté, de la dignité, du bien-être, il n’y a pas de place pour les chars, les hélicoptères…

* La Côte d’Ivoire s’enfonce de plus bel dans l’incertitude et la violence. Quelle solution peut-on trouver, selon vous, pour sortir ce pays de la spirale de la violence?

** Les événements en Côte d’Ivoire font la honte de l’Afrique. Le facteur temps est un facteur déterminant en politique. Au Congo, nous avons eu la chance qu’en 89, le président Sassou ayant compris le vent de la Perestroïka qui revenait de l’Est, a ouvert le pays à la démocratie. S’il s’était obstiné à suivre ses amis politiques, le Congo allait s’embraser, dès ces années-là déjà.

Au sortir de la guerre de 1997 et en 99 de celle du Pool, il a mis en exergue le génie congolais, sans faire recours à ces organismes que je peux considérer comme des mercenaires et voilà que le Congo, aujourd’hui, a retrouvé la paix et la stabilité.

L’erreur de Gbagbo, c’est de s’être laissé aller aux sondages miroités par les Français, sur son éventuelle réélection, au lieu de signer des accords, par exemple, avec Bedié, pour battre Ouattara. Le voilà aujourd’hui coincé.

Mon cher journaliste, quand on fait recours aux Nations unies pour pacifier votre pays jusqu’à leur donner la charge de l’organisation des élections et la certification des résultats, il n’y a rien à faire: c’est l’arête en travers de la gorge de Gbagbo.

La situation de la Côte d’Ivoire est comme celle du Congo à une époque où nous avions trois leaders: Sassou, Lissouba et Kolelas. Dès que deux sont liés, ils sont vainqueurs. Donc, pour la Côte d’Ivoire, dès que Bedié était lié à Ouattara, il n’y a rien à faire: ils sont vainqueurs. Gbagbo n’a aucune victoire à revendiquer.

Il y a des leaders qui n’ont rien construit mais qui veulent toujours détruire ce que les autres ont construit. Gbagbo se retrouve dans cette situation. Il faut le déloger du pouvoir, même par la force et le plus tôt possible, afin de préserver ce poumon d’acier d’Afrique de l’Ouest qu’est la Côte d’Ivoire. Car, quand la Côte d’Ivoire ne marche pas, ce sont tous les autres pays d’Afrique de l’Ouest qui sont touchés.

* On voit qu’à la majorité, les choses bougent au niveau du Parti congolais du travail, quel est l’avenir de la majorité à l’orée des législatives de 2012?

** De la même manière que le M.d.p a félicité l’U.pa.d.s, le principal parti de l’opposition, pour sa réunification, de la même manière, nous saluons l’éveil, mieux vaut tard que jamais, du P.c.t, le principal parti de la majorité présidentielle. Parce que nous considérons toujours le P.c.t comme la locomotive du Rassemblement de la majorité présidentielle. Quand une locomotive est en panne, les wagons ne peuvent pas avancer.

Le P.c.t s’éveille, j’espère que ça ne va pas s’arrêter. Nous devons faire une analyse profonde de la situation nationale et internationale au niveau du R.m.p. On était habitué à l’improvisation; aujourd’hui, il faut prôner la culture de l’anticipation. Nous attendons qu’une fois le P.c.t organisé, il convoque toutes les forces politiques de la majorité, afin de projeter le choix de ceux qui vont représenter la majorité à l’assemblée nationale, afin d’épargner à Denis Sassou Nguesso, des déchirements internes qui ont des conséquences financières, morales, voire politiques graves. 2012, c’est l’année où tout doit repartir, avec une majorité stable, pas en quantité, mais en qualité, afin d’affronter les futurs représentants de l’opposition à l’hémicycle.

Ceci est valable pour ceux qui sont les alliés du P.c.t, sans être au R.m.p, comme le M.c.d.d.i, le R.d.d, le Club 2002 P.u.r et le M.s.d.

Pour notre part, nous allons tenir une session extraordinaire du comité exécutif du M.d.p, afin de produire un document que nous allons soumettre au R.m.p. Tout ceci, pour que Denis Sassou Nguesso puisse faire aboutir son projet de société, «Le chemin d’avenir», qui ne doit pas être transformé en slogan politique, comme l’a été «La nouvelle espérance», parce que l’avenir de nos enfants en dépend.

Propos recueillis par
Joachim MBANZA

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