Dr Luis Gomes Sambo, directeur du bureau régional de l’O.m.s : «Une pandémie pourrait prendre naissance dans le grand bassin du Congo»

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Invité à prendre part à la troisième conférence des ministres de la santé des Etats membres de la C.e.e.a.c (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale), qui s’est tenue à Brazzaville, du 17 au 19 février 2011, le directeur du bureau régional de l’O.m.s (Organisation mondiale de la santé) pour l’Afrique, Dr Luis Gomes Sambo, a, dans son allocution prononcée à la cérémonie d’ouverture de cette conférence, porté le regard de son institution sur la situation sanitaire préoccupante de l’Afrique centrale. Reprenant une prévision des spécialistes, «qu’une pandémie pourrait prendre naissance dans le grand bassin du Congo», il a interpellé les décideurs à prendre au sérieux cette menace potentielle.

Le directeur du bureau régional de l’O.m.s a brossé de l’Afrique centrale un tableau plutôt inquiétant, au plan sanitaire. Tout en saluant la volonté politique de l’ensemble des pays pour réduire la mortalité maternelle, dans le cadre de l’atteinte des O.m.d (Objectifs du millénaire pour le développement), Luis Gomes Sambo a fait savoir que les ratios de mortalité maternelle demeurent encore extrêmement élevés dans la sous-région. «Ceux-ci sont de l’ordre de 1000 décès pour 100.000 naissances, comparés à la moyenne de la région africaine qui est de 620 pour 100.000 naissances, en 2009».

Se référant aux engagements exécutoires en matière de règlement sanitaire international pris par les Etats membres de l’O.m.s, Luis Gomes Sambo a indiqué que son institution a enregistré 101 événements de santé publique, en 2010, dont 29 ont été notifiés par les pays d’Afrique centrale. «Si l’on considère le ratio d’événements par rapport au nombre de pays qui notifient, l’Afrique centrale arrive en tête avec un ratio de 2,9 événements par pays», a-t-il expliqué.

S’agissant des épidémies dues aux maladies infectieuses, il apparaît que les pays d’Afrique centrale sont fortement touchés par le choléra (un tiers des notifications), la fièvre jaune (la moitié des notifications). «Plus de 90% des cas de poliomyélite de la région africaine sont répertoriés en Afrique centrale».

Par ailleurs, l’Afrique centrale est en proie aux maladies émergentes, telles que la fièvre hémorragique à virus Ebola; mais aussi, aux maladies ré-émergentes comme la peste la monkeypox, la dengue, etc. Certains spécialistes de la santé vont jusqu’à prédire qu’une  pandémie pourrait prendre naissance dans le grand bassin du Congo, au cours des décennies à venir. «Il s’agit d’une menace qui nous interpelle tous. Il serait nécessaire d’accorder une grande attention à ce phénomène potentiel et coopérer avec les institutions, y compris l’O.m.s, qui travaillent pour parvenir à une meilleure compréhension du risque et mieux développer les approches et mesures de préparation et de réponse. Pour ce faire, la disponibilité des capacités en laboratoires pour l’identification rapide des agents pathogènes est capitale», a-t-il dit.

Parlant du V.i.h-sida, le directeur régional de l’O.m.s pour l’Afrique a précisé que le continent subit 66% du fardeau mondial de cette pandémie. «Si des progrès ont été notés, en général, dans la lutte contre ce fléau en Afrique centrale, l’accès universel à la prévention, au traitement et aux soins est loin d’être réalisé. En effet, seulement un quart des patients qui ont besoin de la thérapie anti-rétrovirale y a accès».

Concernant la tuberculose, le Dr Sambo a porté à la connaissance des participants que le taux de couverture de l’intervention dots en Afrique centrale est de 63%, comparé à la moyenne africaine qui est de 90%. En outre, «la moitié des pays de l’Afrique centrale ont signalé des cas de tuberculose à bacilles multi-résistants. La co-infection V.i.h-tuberculose prend de l’ampleur et a atteint des taux de 75%, dans certains pays», a signifié Luis Gomes Sambo.

Par contre, l’Afrique centrale est l’une des régions fortement touchée par le paludisme. A cet effet, il a rappelé que les interventions de lutte, dont l’accès aux combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine et aux moustiquaires imprégnées d’insecticides à longue durée d’action, connaissent une amélioration notable. Toutefois, «la suppression des taxes et tarifs douaniers mérite une plus grande attention, en vue de promouvoir un meilleur accès des populations aux combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine qui représente, actuellement, l’arme la plus efficace dans le traitement du paludisme».

Fort du constat que le système de santé est la fondation de toutes les autres interventions de santé publique, le Dr Sambo reste convaincu que ce domaine doit être le champ privilégié de l’exercice de la souveraineté nationale. Mais, «force est de constater, aujourd’hui, que les systèmes de santé en Afrique centrale, comme dans l’ensemble de la région africaine, est le domaine auquel on accorde le moins d’attention, surtout dans l’affectation des ressources… Les chefs d’Etats ont pris des engagements à Abuja, en 2000, pour allouer au moins 15% du budget national à la santé. Le constat, aujourd’hui, fait ressortir qu’aucun pays de l’Afrique centrale n’atteint cette cible. Toutefois, trois pays s’y rapprochent, en particulier le Gabon (14%), le Tchad (13,8%) et Sao-Tomé (13,2%)».

Cyr Armel YABBAT-NGO