Annick Patricia Mongo, directrice générale de l’A.r.m.p : «On ne m’a jamais notifié les griefs que l’on me reproche»

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Nommée par décret présidentiel, comme directrice générale de l’A.r.m.p (Autorité de régulation des marchés publics), Annick Patricia Mongo, avocate de carrière, est dans l’œil d’un cyclone qui secoue sa structure depuis quelques mois. Si la jeune dame a, jusque-là, résisté aux critiques sur sa gestion et aux attaques médiatisées orchestrées contre elle, le dernier coup l’a poussée à sortir de sa réserve. Une mesure de suspension de ses fonctions a été, en effet, prise à son encontre. Pour elle, non seulement cette mesure n’obéit pas au parallélisme de forme ayant conduit à sa nomination, mais encore, aucun grief ne lui a été notifié, de manière concrète. Interview.

* Madame la directrice générale, on a appris par la presse que vous êtes suspendue de vos fonctions, qu’en est-il?
**J’ai été nommée par décret du chef de l’Etat, en date du 20 octobre 2009, en qualité de directrice générale de l’Autorité de régulation des marchés publics. Donc, seul, le président de la République peut me suspendre ou me démettre de mes fonctions, parallélisme des formes oblige. Si les uns et les autres estiment qu’ils ont des griefs contre moi et, surtout, des pièces qui étayent ces griefs, qu’ils les communiquent au chef de l’Etat, afin qu’il décide. Pourquoi ne pas respecter la procédure, si l’on est sûr de soi? Par ailleurs, c’est même indélicat vis-à-vis de la haute autorité suprême qui a nommé, de fouler au pied sa décision, comme ça.

* Mais pourquoi Madame cette guerre contre vous?
** Je ne parlerai pas de guerre, c’est bien pire, je suis persécutée, parce que je sais dire non; parce que les uns et les autres ne s’attendaient pas à avoir, en face d’eux, une dame qui a de la personnalité et, de surcroit, qui travaille; parce que je ne suis pas dans le même système de valeurs qu’eux, et cela les gêne.
A partir de ce moment-là, il faut salir, il faut me pousser à craquer, à démissionner. Comme j’ai résisté, il fallait sortir l’artillerie lourde, donc me suspendre, sauf que là encore, ils auraient pu respecter la procédure et  être plus patients.
Tout est lié à des questions financières, des questions sexistes (pourquoi une femme doit nous commander), des questions de leadership.
Je crois qu’en réalité, beaucoup de gens pensaient que je n’aurais pas été capable d’installer la structure, la faire fonctionner et, surtout, la faire décoller en deux ans. C’est facile de succéder à quelqu’un, mais bâtir, tracer la voie que les autres n’auront plus qu’à suivre, c’est autre chose. En deux ans, nous avons créé notre revue des marchés publics, qui paraît régulièrement. Ce n’est pas un petit travail, nous le faisons nous-mêmes, alors que dans d’autres pays, ils contractualisent des consultants.
Nous avons notre bulletin d’annonces des marchés publics, qui paraît chaque semaine et qui  publie tous les avis d’appel  d’offres,  les avis à manifestation  d’intérêt, les procès-verbaux  d’ouverture,  d’analyse des offres  et les  décisions d’attribution  provisoire. Nous avons  deux  sites  Internet: armpcongo.org et congobrazza.dgmarket.com.
Pour le deuxième site Internet, j’ai, personnellement, négocié avec dgmarket qui est un site international de publication des avis d’appel d’offres des bailleurs de fonds. J’ai fait installer un panneau électronique, qui diffuse les informations sur les marchés publics.
Bref, la direction générale de l’Autorité de régulation des marchés publics a rendu les marchés publics plus visibles. Nous organisons, régulièrement, des formations, même si nous n’avons pas suffisamment de formateurs pour quadriller tout le pays. Nous sommes en avance par rapport aux autres pays de la sous-région. Evidemment, mes détracteurs font beaucoup de bruit, afin de détourner l’attention des usagers et de la population de  tout ce que nous faisons. J’aimerais savoir quel est le travail visible fait par ceux qui me combattent, dans les structures qu’ils dirigent?

* Quelle est la faute grave que l’on vous reproche, qui justifie votre suspension?
** On ne m’a jamais notifié les griefs que l’on me reproche. Il a été dit, verbalement et sommairement, que j’aurais induit le gouvernement en erreur, lors des séances de travail du groupe restreint mis en place par le chef de l’Etat, pour procéder à l’assouplissement des dispositions du code des marchés publics. Vous vous rendez compte, ma modeste personne va induire en erreur plusieurs ministres d’Etat et ministres? C’est du délire!
* On vous reproche la mauvaise gestion de votre structure, Madame?
** Où sont les preuves? Où est le rapport d’audit d’un cabinet indépendant? On jette dans une certaine presse, quotidiennement, des allégations destinées, uniquement, à salir. Et puis, ça m’amuse, lorsque je lis cela. J’ai droit, chaque semaine, à un article. Vous pensez que la mauvaise gestion, ça se règle dans les journaux? Et puis, entre nous, ceux qui prétendent donner des leçons sont connus, leur passé est connu. Il faut arrêter! Mes détracteurs veulent, coûte que coûte, de mon départ et ils savent pourquoi.

* Est-ce que vous pensez que tout cela vous arrive, parce que vous êtes une femme?
** Pas principalement. Si j’étais une femme qui acceptait les compromissions, il n’y aurait pas eu de problèmes. Mais, savoir dire non et, en plus, être une femme, c’est trop, pour certains. Je dirais aussi qu’en règle générale, les précurseurs ont toujours été combattus. Ce n’est que plus tard, et souvent beaucoup plus tard, que leur travail est reconnu.
* Qu’est-ce que vous pouvez conseiller aux femmes qui veulent occuper de hautes fonctions civiles ou politiques dans notre pays?
** Qu’elles doivent avoir le cœur bien accroché, si vous me permettez l’expression, ce n’est pas de tout repos. Le président de la République fait, de plus en plus, confiance aux femmes. Nous, femmes, nous devons lui prouver, par notre posture morale et notre travail, que nous le méritons. Vous savez, malgré tout ce que les uns et les autres disent, le président de la République a toujours l’information exacte.

Propos recueillis par
Joachim MBANZA

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