TRANSPORTS : Face aux abus, l’impuissance de l’Etat

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Les bus et taxi-bus ont décidé de ‘’s’augmenter’’ tout en segmentant les itinéraires. L’Etat ne s’en mêle pas, bien au contraire. Il est silencieux, impuissant, exposant ainsi les usagers sans alternative à la surenchère. Une situation qui hérisse les Congolais.

 

La population, exaspérée, dénonce les abus des chauffeurs et contrôleurs de bus. Ceux-ci ont presque doublé leurs tarifs, au lieu des 150 francs réglementaires, invoquant la limitation du nombre de passagers par les pouvoirs publics dans le cadre des mesures de lutte contre la propagation de la COVID-19. Le coût de la vie et de l’essence, ou encore les tracasseries dont ils sont victimes sont aussi invoqués pour justifier cet état de fait. Pas de discussion possible. Ceux qui ne veulent pas payer le surplus ne montent pas à bord. «Durant la période de confinement, nous n’avons pas pu travailler et avons perdu notre source de revenu. Le Gouvernement a promis de nous compenser par une allocation forfaitaire, mais à ce jour on n’a encore rien reçu», se justifient-ils. «Si l’Etat peut nourrir nos enfants, nous ramènerons le prix du transport à 150 francs», plaident-ils, ironiques. En tout cas, le transport en commun privé impose ses règles avec insolence.
Les Brazzavillois n’ont pas d’alternative aux bus et aux taxis collectifs. Et la demande est telle qu’ils sont contraints de payer s’ils ne veulent pas rester sur le bord de la route, alors qu’ils sont pressés d’aller vaquer à leurs occupations. «Surtout aux heures de pointe», râle Nestor, un habitant de la périphérie sud de Brazzaville. Parfois, il parcourt à pied le trajet Mayanga-Pont du Djoué pour éviter d’amputer inconsidérablement son budget. Lui et d’autres doivent prendre trois, voire quatre bus pour certains, pour parvenir à destination. Fonctionnaires, agents du privé, commerçants, chômeurs ou «débrouillards» sont logés à la même enseigne. «Je ne m’en sors pas; tout mon salaire va y passer», se désespère Nestor qui gagne un salaire modeste.
Il faut bien constater que les équipages de bus profitent de la carence de l’Etat pour dicter leur loi à la population et imposer les tarifs qu’il leur sied. Sous d’autres cieux, les pouvoirs publics ont augmenté l’offre de transport pour compenser la limitation du nombre de passagers dans les bus. Il n’en est rien au Congo. Or pour que les habitants puissent aller travailler dans les bassins d’emploi (les marchés et le centre-ville, notamment), ils doivent disposer de moyens de transport efficaces, en nombre suffisant et accessibles financièrement.
Au moment d’écrire cet article, la Société de transport public urbain lancée en 2015 n’offre qu’un service restreint puisqu’il a presque fait faillite. L’Etat y a pourtant investi 122 milliards de francs CFA pour l’achat de 200 autobus et de 20 conteneurs de pièces détachées. Cinq ans après, la plupart des autobus sont sur cale. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les derniers bus en circulation sont entrés, eux aussi, dans la danse des «demi-terrains».
Face aux abus, les Brazzavillois espèrent que les pouvoirs publics retravailleront au déploiement d’un réseau public de bus censé quadriller la capitale. En attendant ce jour, c’est quoi l’Etat? Quel est son rôle?Quel genre de citoyens sert-ils?

Jean ZENGABIO

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