MORT D’UNE FEMME SUSPECTEE FAUSSEMENT POSITIVE AU COVID-19 : Le drame qui secoue l’hôpital public

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L’indignation est générale après la mort d’une femme enceinte de 8 mois, la nommée Chloe Bafouidinsoni, suspectée faussement positive à la Covid-19. Elle a été reçue dans trois hôpitaux publics de Brazzaville dans l’espoir de donner naissance à son deuxième bébé, mais sans succès. Qui est responsable ? Le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Brazzaville, le colonel Oko Gakala, a ordonné l’ouverture d’une enquête de flagrance.

 

La peur bleue que suscite la pandémie de Covid-19 est propice aux suspicions aussi persistantes que la maladie. Chloe Bafouidinsoni a vraisemblablement fait les frais de ce type de suspicions. Ses proches qui se sont rendus à la clinique municipale Albert Léyono où elle a succombé, ont manifesté leur incompréhension devant le fait d’avoir traité son cas «négligemment». Ils ont fustigé devant les caméras, les responsables de ce décès et exigé que justice soit faite.
Le lendemain du drame déjà, une source sanitaire déplorant «une négligence» entre les hôpitaux, a annoncé qu’une enquête administrative serait diligentée pour mettre en lumière les faits. Dès lors, on imaginait que le dossier était susceptible d’être transmis ensuite à la justice. Le procureur de la République André Oko Gakala n’a pas attendu. Lundi 1er juin, le ton ferme et dans le style un peu «folklorique» qui est sa caractéristique, il a instruit les officiers de Police judiciaire (OPJ) d’entendre, le cas échéant, sur procès-verbal, tout ceux qui sont impliqués dans ce drame et de les placer en garde à vue. Mardi 2 juin, la ministre de la Santé, Jacqueline Lydia Mikolo, a promis des sanctions. D’ores et déjà, la clinique Albert Léyono, dont un agent a été arrêté, décline toute responsabilité et charge l’hôpital Blanche Gomez qui qui a orienté la patiente vers eux.

Les péripéties du drame

Chloe Bafouidinsoni avait ressenti un malaise à son domicile et s’était laissée conduire à l’hôpital de Makélékélé où elle a passé trois jours. Son état de gestation nécessitant un accouchement par césarienne, selon une source hospitalière, elle avait été ensuite transférée jeudi 28 mai à l’hôpital Mère-enfant Blanche Gomez. Là-bas, parce qu’elle montrait, semble-t-il, des signes de troubles respiratoires, les médecins l’ont envoyée à la clinique municipale Albert Léyono, à Ouenzé, sachant bien que ce centre ne s’occupe plus que de la prise en charge des malades du Covid-19. C’est sans doute là, suppose-t-on, qu’est partie la fausse idée qu’elle aurait contracté le Covid-19.
Placée sous respirateur à la clinique Léyono, Chloe y a finalement trouvé la mort vendredi 29 mai dernier, à 4h du matin. Le fait qu’elle ait été emportée si vite a ensuite conduit les médecins à refuser de remettre la dépouille à sa famille. Ils ont opté pour l’enterrement immédiat, suspectant que c’était un cas Covid-19, ce qui a révolté ses parents. Heureusement pour ces derniers, les tests post-mortem se sont révélés négatifs, écartant du coup les suspicions du corps médical. La dépouille de la défunte a été finalement déposée à la morgue municipale.
Bien sûr, personne ne peut dire que Chloe serait encore en vie si son cas avait été immédiatement pris au sérieux. Mais, cet épisode vient remettre sur la table le vieux débat sur les insuffisances des hôpitaux publics. Il alerte sur une médecine congolaise de plus en plus «déshumanisante» et victime de son manque de moyens. Tirera-t-on les leçons de ce drame?

Jean ZENGABIO

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