Trésor Chardon Nzila Kendet : La société civile absente des instances de gestion de la crise sanitaire

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Le Comité national de riposte mis en place pour combattre la COVID-19 n’est pas composé de la société civile au Congo, notamment les organisations de la société œuvrant pour la santé ou les droits de l’homme comme l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH).

Ce manque d’intérêt pour les Organisations non gouvernementales en tant qu’actrices majeures dans la lutte contre la pandémie a poussé le directeur exécutif de l’OCDH, Trésor Chardon Nzila Kendet, à réagir, pour édifier l’opinion sur l’oubli ou le délaissement de la société civile dans les instances de riposte.

*M. Nzila Kendet, comment expliquez-vous l’absence de la société civile dans le Comité national de riposte au Coronavirus?
** Effectivement, il y a un comité de riposte contre la maladie à Coronavirus. Les autorités publiques parlent de l’implication de la société civile, mais celle-ci n’est aucunement impliquée. La raison? Le Gouvernement, en parlant de l’implication de la société civile, n’a pas créé les conditions d’une participation effective de cette société civile. Ce qui fait qu’elle est écartée de la gestion du plan de riposte, alors qu’elle est aujourd’hui une actrice incontournable ayant des très bonnes idées à proposer susceptibles d’améliorer les stratégies de lutte contre la maladie. C’est regrettable. Ce que nous constatons et voyons aujourd’hui, ce sont quelques organisations qui essaient de mener des actions connotées politiquement, mais c’est de l’exhibitionnisme! Ce sont des personnes en mal de visibilité peut-être, qui saisissent ce contexte de crise sanitaire pour être visibles. Je m’interroge sur la portée et la valeur ajoutée des actions que ces organisations essaient de mener dans la lutte contre la COVID-19. Le virus est là et il n’est pas trop tard pour les pouvoirs publics de se remettre en question et d’impliquer la société civile. Il y a des organisations de défense des droits de l’homme, tout comme de la santé qui ont une expérience avérée. Elles peuvent être utiles dans l’élaboration des stratégies et dans la manière de mener le combat contre le Coronavirus.

*Vous venez d’affirmer que le Gouvernement a parlé de l’implication de la société civile: Qu’a-t-il dit et ne s’est pas fait?
** Il faut toujours prendre avec beaucoup de réserve tout ce qui est officiel. Nous avons suivi le Président de la République dans son message à la nation. Il a parlé de l’implication de la société civile, tout comme le Premier ministre. Malheureusement, on en parle sans toutefois créer les conditions rendant effective sa participation. Comment la société civile peut s’impliquer si l’on ne crée pas les passerelles de collaboration avec celle-ci et si l’on ne se retrouve pas autour d’une même table. La société civile doit être considérée comme une actrice à part entière. Elle doit activement prendre part dans les discussions et les réflexions qui ont cours de bout en bout. Il ne suffit pas de dire que la société civile doit s’impliquer pour la voir tout de suite à l’œuvre. Il faut à cette société civile des moyens humains, techniques et financiers. Ce qui suppose une évaluation des besoins en amont. Il faut donc un schéma clair et cohérent qui peut permettre une implication de la société civile avec des objectifs précis.

*Est-ce que dans le plan de riposte, l’implication de la société civile s’impose?
** La présence de la société civile s’impose effectivement dans ce plan. Il ne s’agit pas de prendre n’importe quelle organisation. En l’espèce, nous sommes sur des questions de droit et de santé, etc. Il s’agit de prendre des organisations qui ont une expérience dans tous les secteurs concernés par la pandémie. Donc, je réclame qu’il y ait une vraie présence de la société civile au sein du comité national de riposte contre la maladie à Coronavirus.

* Que dites-vous pour conclure?
**Je lance un appel aux autres Organisations de la société civile. Le Coronavirus est une pandémie qui est en train de faire des ravages. Et l’heure est à la solidarité et à la transparence. C’est le moment d’éviter toute communication erronée et défectueuse. Les Organisations de la société civile doivent s’organiser et être dans la perspective, parce que la pandémie a mis à nu aujourd’hui les défaillances de l’appareil étatique.
Le système de santé au Congo est défaillant. Il y a quelques années le drame du 4 mars 2012, avec l’explosion de la poudrière au camp militaire de Mpila, à Brazzaville, avait montré comment le plus grand hôpital du Congo n’était en réalité qu’une coquille vide. Toutes les faiblesses de notre système de santé étaient révélées, mais aussi celles de l’appareil étatique dans son ensemble. La crise sanitaire que nous connaissons maintenant vient encore mettre à nu ces faiblesses identifiées dans le passé, après quelques études. Rien n’a été donc fait pour rendre compétitif notre système de santé. Les Organisations de la société civile doivent ainsi se situer dans la perspective du type de système de santé dont a besoin le pays; la politique des droits à la santé à mettre en place, de même que la politique publique en matière de santé.
Pendant que nous sommes dans la gestion de la crise sanitaire, dans la communication et la distribution des kits; nous devons en même temps pousser la réflexion en amenant les pouvoirs publics à ne pas être toujours dans une position de riposte ou curative. Toutefois, il ne faut pas improviser ou attendre qu’on soit surpris par une catastrophe. Il nous faut développer les politiques de prévision, en anticipant et avoir un plan de contingence pour faire face à des situations réelles.
Aux pouvoirs publics, nous demandons d’améliorer la communication et d’éviter toute politisation de la pandémie, en faisant de la récupération politique. La communication faite actuellement ressemble au lancement de la promotion des acteurs politiques, comme si nous étions dans une compétition politique pour séduire les électeurs.

Propos recueillis par
Philippe BANZ

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