Denis Sassou Nguesso, président de la République, de retour d’Addis-Abeba : «Sans les infrastructures de base, je ne vois pas comment on pourrait lancer le commerce intra-africain»

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Le président de la République, Denis Sassou Nguesso, a participé, du 28 au 30 janvier 2012, au 18ème sommet de l’U.a (Union africaine) qui s’est déroulé à Addis-Abeba, capitale de l’Ethiopie. De retour de ce sommet qui n’a pas pu élire le président de la commission de l’Union  africaine, le président Denis Sassou Nguesso a expliqué à la presse les enjeux de ce sommet dont le thème est: «Promouvoir le commerce intra-africain». Pour lui, «sans les infrastructures de base, je ne vois pas comment on pourrait lancer le commerce intra-africain». Le président est revenu sur les efforts de son gouvernement de construire les infrastructures de base dans le pays, pour permettre la libre circulation des personnes et des biens. Mais, d’abord l’élection ratée du président de la commission.

Que s’est-il passé, à propos de l’élection du président de la commission?
**DSN: «Des choses simples: c’est qu’on avait deux candidats de valeur, tous les deux. Les règles de désignation du président de la commission qui disent que le président de la commission doit être élu à une majorité qualifiée des deux tiers des membres de l’Union. Après avoir procédé à plusieurs tours de scrutins, on a constaté qu’aucun des deux candidats n’atteignait la majorité des deux tiers. Les textes prévoient que dans ce cas, on suspend le scrutin, pour le reprendre plus tard. Ce qui s’est passé, c’est une décision importante que de désigner le président de la commission africaine. Les règles sont très strictes. Elles pourront peut-être changer, mais pour l’instant, elles sont strictes. Aucun des candidats n’ayant la majorité des deux tiers des Etats-membres, on n’a pas pu les départager.

Les chefs d’Etat ont beaucoup débattu du thème du sommet: «Promouvoir le commerce intra-africain».
**DSN: C’était d’abord le thème du sommet. Il ne pouvait pas venir après celui de l’élection du président de la commission. Le sommet a commencé ses travaux par des débats autour du thème principal qui est celui que vous venez d’énoncer, c’est-à-dire le renforcement et la promotion du commerce intra-africain. On a constaté que dans le commerce général, le commerce intra-africain ne représente que 10% du commerce de l’Afrique avec le reste du monde, alors que le commerce intra-européen représente 60%, l’Amérique c’est 40% et l’Asie, c’est 30%.
Et puis le commerce général de l’Afrique avec le reste du monde ne représente que 3%. Quand on a fait ce constat, il fallait sérieusement regarder les raisons, les causes… Un phénomène ne peut pas exister sans cause. Il était important que nous analysions les causes de ce phénomène. C’était donc un sujet très important, parce que l’Afrique ne peut pas se développer et ne pas soutenir le commerce. Les Africains, c’est un milliard de consommateurs, et ce n’est pas peu.
Donc, on a constaté que parmi les facteurs qui freinent le développement du commerce intra-africain, il y a, j’en cite quelques-uns: il y a d’abord cette volonté politique; il faut avoir cette volonté politique d’intégration; obtenir, par exemple, ne serait-ce que la libre circulation des personnes et des biens. C’est le combat que nous menons, ici, dans la sous-région, à travers la Cemac, la C.e.e.a.c. Dernièrement, à N’Djaména, nous avons même établi un timing, pour établir au sein des dix pays de l’Afrique centrale, une zone de libre échange. Donc, il y a cette volonté d’intégration.
Mais, cela ne suffit pas. Il y a le problème grave de l’absence d’infrastructures de base. On ne fait pas le commerce, si on ne circule pas librement d’un pays à l’autre. La question des transports. Vous voyez, dans notre sous-région, un pays comme le Congo n’est relié à aucun autre pays, par aucune route. Ce sont des efforts que nous essayons d’entreprendre: construire la route qui va relier le Congo au Gabon, celle-là est en cours de construction; la route qui va relier le Congo au Cameroun, nous allons lancer les travaux à partir de Ouesso, le mois prochain; relier le Congo au Cabinda, la route existe déjà; à la RDC, il y a le fleuve! Mais, il y a ce projet de pont route/rails sur le fleuve Congo, et le projet en études de la route vers la République Centrafricaine. C’est cela, l’entretien des voies navigables, je crois que c’est l’un des thèmes de notre action cette année.
Il faut l’électricité, il faut les chemins de fer, les télécommunications. On doit pouvoir téléphoner facilement à un client qui est à Yaoundé; on part de Yaoundé pour arriver au Congo, je donne des exemples au hasard. Sans ces infrastructures de base, je ne vois pas comment on pourrait lancer le commerce intra-africain. Nous avons parlé de ces questions longuement.
Il y a les infrastructures de base, il y a aussi la compétitivité des produits fabriqués. Si dans les zones, ici, nous produisons je ne sais pas trop bien, des micros, comme ça, qui coûtent dix fois plus cher que des micros qui viendraient d’Espagne, il y a la compétitivité de la production, quelques produits manufacturés, ici, le développement des industries et j’en passe.
Donc, c’était un sujet très sérieux qui a fait l’objet des délibérations. Souvent, vous de la presse, comme vous aimez l’événementiel, il paraît que les trains qui arrivent à l’heure ne vous intéressent pas, mais nous, nous avons parlé du thème du sommet avant l’élection du président de la commission.
Vous, vous ne vous arrêtez seulement qu’à l’événementiel, l’élection du président de la commission. Mais, nous sommes restés plusieurs heures à discuter du thème du sommet. Avant même de passer à l’élection, c’était même le quatrième ou le cinquième point, l’élection du président de la commission.

Au sommet de Rio+20, l’Afrique parlera d’une seule voix
**DSN: Nous avons reçu de nos pairs, au sommet de Malabo, la mission de faire la coordination de la production de l’Afrique à Rio+20, pour que l’Afrique parle d’une seule voix. Nous avons constaté que lors des débats sur les problèmes de climat à Copenhague, à Cancun, à Durban, surtout des problèmes d’environnement et de changement climatique, lorsque l’Afrique a parlé d’une seule voix, cela a porté. Et donc, à Malabo, il avait été décidé qu’au sommet de Rio+20, le débat sur le développement durable, nous devions préparer cette production de l’Afrique, toujours pour qu’elle ne parle que d’une seule voix. Le président du Congo avait reçu la mission de préparer cette déclaration. Nous avons travaillé. Dernièrement, vous m’avez vu aller à Addis-Abeba, rencontrer les ministres africains de l’environnement qui étaient en réunion, là-bas. Nous avons travaillé, en liaison avec la Banque africaine de développement, avec la commission économique des Nations unies pour l’Afrique, avec le Programme des Nations unies pour l’environnement, et d’autres experts. Nous avons réussi à préparer une déclaration qui devrait amener l’Afrique à parler d’une seule voix.
Il fallait obtenir que cette déclaration soit acceptée par le sommet. C’est ce que nous venons de faire. Cette déclaration a été adoptée par le sommet et il nous a été confié la mission de continuer le travail, pour la promouvoir, la faire partager aussi aux autres parties du monde, parce qu’il n’y a pas que l’Afrique. A Rio+20, ce sera le monde, c’est le sommet de la terre. Si l’Afrique a une position, il faut la faire partager aux autres parties du monde et nous allons continuer ce travail, surtout faire en sorte que soit accepté le principe de la création d’une institution des Nations unies qui ait son siège en Afrique. Dans cette déclaration, il est demandé qu’à Rio+20, le Programme des Nations unies pour l’environnement soit élevé au niveau d’une institution spécialisée des Nations unies, avec son siège en Afrique et plus précisément à Naïrobi.

L’échec de l’élection du président de la commission n’a pas divisé le mouvement
**DSN: Le continent ne s’est pas divisé sur l’élection du président de la commission. Il s’agit de la démocratie. Nous avons des élections, ici, au Congo. Même dans une circonscription électorale, pour élire un député, il y a des pour et des contre. Ce n’est pas parce qu’au cours d’une élection démocratique, il y a des gens qui se sont prononcés pour ou contre, qu’il y a division. Il ne faut pas installer les divisions à ce niveau-là. Je ne vois pas comment on pourrait faire la démocratie, et avoir toujours l’unanimité. Donc, oui, nous recherchons toujours l’unité de l’Afrique. Mais, on n’est pas dans l’unanimité en permanence! Et même dans la famille, on peut avoir des points de vue différents, cela ne signifie pas que la famille est divisée.
Nous avons besoin de parler d’une seule voix, mais c’est toujours à travers les débats. Et quand le consensus se dégage, pour qu’on parle d’une voix, mais le consensus s’est dégagé, parfois à travers de longs débats. A ce moment-là, le consensus devient la position de l’Afrique, et elle est défendue partout. Il ne faut pas croire que lorsque nous parlons de la déclaration commune de l’Afrique à Rio+20, lors des discussions à Addis-Abeba, au niveau des ministres de l’environnement, du développement durable, il n’y a pas eu de points de vue divergents, si!
Mais, à la fin, on a adopté une position. C’est le consensus qui se dégage et tout le monde défend cette position. Vous allez voir au prochain sommet de l’Union africaine, on va toujours pouvoir élire le président de la commission. Mais, lorsqu’il sera élu, ce sera le président de la commission accepté, parce que cela répond aux normes de l’organisation.

Lutte contre le terrorisme en Afrique
**DSN: A tous nos sommets, et à ce jour, il y a toujours un point important, c’est le rapport que présente la commission sur les problèmes de paix et de sécurité en Afrique. Hier, toute la soirée, une partie de l’après-midi et la nuit ont été consacrées au débat sur les questions de paix et de sécurité en Afrique. On a abordé tous ces sujets-là, que ce soit la question de la Somalie, la situation qui résulte des changements intervenus en Libye, les conséquences sur les pays du Sahel, le Mali, le Niger, le Tchad, la Mauritanie, l’Algérie avec les prolongements jusqu’au Nigeria, ces questions ont fait l’objet de discussions sérieuses. Des positions ont été arrêtées, pour qu’elles fassent l’objet de suivi. A ce sujet-là, nous pouvons dire que notre pays ayant été élu membre du conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, pour deux ans, à partir de mars, nous allons siéger au sein du conseil de paix et de sécurité pendant deux ans et nous allons contribuer à la recherche des solutions à ces questions-là.

Propos recueillis par
Joachim MBANZA

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