Joachim Mbanza, directeur de La Semaine Africaine : «Nous demandons aux lecteurs un peu plus d'effort, pour soutenir leur journal»

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A partir du mois d'octobre, c'est-à-dire la semaine prochaine, le prix de vente du journal passe à 350 francs Cfa. Nous avons rencontré le directeur de publication de La Semaine Africaine, Joachim Mbanza, pour savoir les raisons de cette augmentation. Voici l'interview qu'il nous a accordée.

 


* Monsieur le directeur de publication, qu'est-ce qui a motivé l'augmentation du prix du journal à 350 francs Cfa, alors qu'en 2009, vous l'aviez descendu de 500 francs Cfa à 250 francs, à la surprise de tout le monde?


** Dans l'histoire de La Semaine Africaine, le prix du journal a sans cesse connu une augmentation. Ce prix est parti de 10 francs, à la création en 1952. Il a évolué jusqu'à atteindre 500 francs Cfa, à partir de 1997, comme tous les autres périodiques paraissant dans le pays. A l'époque, certains de nos lecteurs, particulièrement ceux de l'intérieur du pays, trouvaient que le journal coûtait trop cher. Surtout que nous étions passés à une parution bihebdomadaire, c'est-à-dire un rythme de parution de deux fois par semaine. Il a fallu réfléchir pour trouver une solution. Nous avons alors augmenté les tarifs de publicité et baissé de moitié le prix de la vente du journal. Voilà comment nous avions procédé à l'époque.
Aujourd'hui, les prix des consommables ont augmenté. Le prix de la rame du papier journal a augmenté. Nos recettes ne tiennent plus. Nous demandons alors aux lecteurs un peu plus d'effort, pour soutenir leur journal, s'ils veulent le voir paraître chaque semaine, en l'achetant, dorénavant, à 350 francs l'exemplaire. A ce prix, je crois que nous sommes toujours les moins chers parmi les périodiques paraissant dans le pays.

* Il y a des gens qui étaient convaincus qu'en ayant descendu le prix du journal à 250 francs, en 2009, La Semaine Africaine bénéficiait du soutien de l'Etat ou, en tout cas, de l'Eglise, c'est-à-dire du Vatican. Qu'en est-il?


** Il y a des gens qui prennent leurs idées pour de la réalité. Ils ont la paresse ou la peur de rechercher la vraie information, pour ne pas bousculer leurs arrière-pensées. La Semaine Africaine ne bénéficie d'aucun soutien financier de la part de l'Etat, ni de l'Eglise, encore moins du Vatican, pour son fonctionnement. Vous croyez que c'est le seul journal catholique paraissant à travers le monde? Si le Vatican devait financer toute la presse catholique dans le monde, je ne sais pas où trouverait-il les moyens.
Je suis bien placé pour vous parler, par exemple, de La Semaine Africaine et de Radio Magnificat. Il n'y a pas de subvention, puisque l'Eglise est pauvre, elle n'a pas d'argent.
Quant à l'Etat, l'aide de l'Etat à la presse est inscrite dans la loi, mais jamais réalisée. Il ne sert à rien de pleurnicher derrière ce qui apparaît comme la vraie politique des pouvoirs publics dans le secteur des médias, surtout les médias indépendants: ne pas soutenir, pour la vouer à sa bonne mort.
La Semaine Africaine survit grâce à ses lecteurs. C'est l'occasion de les en remercier. Chaque fois qu'ils nous donnent de la publicité, des annonces; chaque  fois qu'ils achètent le journal, qu'ils s'abonnent, ils participent à la survie de ce journal.

* Monsieur le directeur, beaucoup de lecteurs reprochent à La Semaine Africaine de ne plus être critique à l'égard du pouvoir et que son directeur a changé de position?


** Vous savez, j’aurais été rassuré si les gens pouvaient savoir le stress qu'on a lorsqu'il faut faire paraître le journal et que les caisses sont vides, lorsqu'il faut courir derrière un annonceur pour obtenir un paiement et payer une dette, lorsque le papier journal se fait rare sur le marché, lorsqu'un ordinateur craque et bloque le travail que vous avez fait et qu'il faut recommencer, lorsqu'une machine tombe en panne, de nuit, à l'imprimerie et que le journal ne peut plus être imprimé, lorsqu'un collaborateur sur lequel vous comptez est malade, etc. C'est un évêque qui m'avait dit qu'on croit à un petit miracle, lorsqu'on voit ce journal paraître. Effectivement, parce que nous sommes sur le fil du rasoir. Il suffit de rien pour que nous ne soyons plus à même de sortir le journal. Mais, je félicite mon équipe qui, chaque semaine, se dévoue à remplir sa tâche.
Quant à critiquer, je vous rappelle, simplement, que depuis la création, La Semaine Africaine a pour ligne éditoriale d'être un journal d'information et d'action sociale. C'est un journal qui a ses combats, surtout en faveur de la démocratie, du respect des droits de l'homme, etc. Mais, ne le cherchez pas sur le terrain de journal d'opposition ou de journal satirique. A chacun son rôle. Le nôtre est d'informer de manière objective, même s'il n'est pas facile d'être objectif.


Propos recueillis par Philippe BANZ

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