Denis Sassou Nguesso : «Nous avons appris pas mal à Singapour et à Maurice»

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Le président de la République, Denis Sassou Nguesso, a regagné Brazzaville, lundi 11 juillet dernier, en fin d’après-midi. Au cours d’une conférence  de presse au salon présidentiel de l’aéroport international Maya-Maya, il a fait le point de ses deux visites d’Etat à Singapour et à Maurice. Le chef de l’Etat a saisi cette opportunité pour présenter ses condoléances aux familles éprouvées par le drame survenu au Stade Eboué, lors du spectacle inaugural de la 8ème édition du Fespam, et a expliqué pourquoi il a pris la décision d’annuler cette édition dont l’artiste musicien de renommée internationale Youssou Ndour est le parrain. Celui-ci a échangé avec le chef de l’Etat congolais sur cette situation. Nous publions, ci-après, l’intégralité de la conférence de presse du président Denis Sassou Nguesso, coordonnée par André Ondelé, directeur de la presse présidentielle.

*Jocelyn Patrick Gombé: Monsieur le président, vous venez de rentrer de deux visites d’Etat qui vous ont conduit à Singapour et à Maurice, est-ce aujourd’hui, on peut connaître le bilan de ces deux visites?
**Toute à l’heure, je venais de saluer notre frère, Youssou Ndour, qui est un grand artiste africain qui honore l’Afrique et qui est venu, ici, pour prendre part au Festival panafricain de musique. J’ai échangé, rapidement, avec lui, au sujet du drame qui s’est produit au Stade Eboué, à l’occasion de l’ouverture du Fespam. Je lui ai dit que la vie est ainsi faite, il y a des hauts et des bas. J’ai décidé, de là où j’étais, de mettre fin au déroulement du festival. Il a compris cela, parce que le festival, c’est la fête; la fête dans le deuil, ça fait un peu désordre. Il a compris, comme humaniste, comme grand Africain. Je voudrais profiter de cette occasion, pour présenter mes condoléances aux familles qui ont été éprouvées par ce drame.
Nous avons été, effectivement, à Singapour et à Maurice, parce que les trois pays (avec le Congo), nous avons décidé de tenter une expérience de développement triangulaire des zones économiques spéciales, des zones franches. Singapour et Maurice ont réussi dans cette voie, et puis on ne va pas réinventer la roue! Là où on a réussi, on peut aller apprendre, voir. Ce ne sera pas la même chose, mais ils ont pensé que nous pouvons profiter de ces expériences réussies à Singapour et à Maurice.
Dans le cas de Singapour, c’est spectaculaire. En 40 ans, ce pays, qui est un pays d’Asie, pauvre comme le nôtre, est devenu une puissance industrialisée, je dis bien puissance. C’est merveilleux, quand vous arrivez à Singapour. Je parle, là, sous le contrôle des Congolais qui étaient avec moi. Partout, vous pouvez rouler deux heures, trois heures, vingt minutes, trente minutes, vous ne voyez même pas un mégot de cigarette qui traîne sur la chaussée, à Singapour, à plus forte raison un papier, une feuille de manioc, de plastique, rien! Tout brille; c’est de la verdure, de la pelouse taillée; c’est des fleurs! On a beaucoup à apprendre des autres peuples. Ils ont édifié ce pays, très développé, en 40 ans.
Nous venions de célébrer nos cinquante ans d’indépendance. Donc, ils avaient même commencé dix ans après notre indépendance. Ils ont réussi cela. Ils ont voulu, après quelques contacts, établir une coopération triangulaire avec la participation de ce pays qui a réussi et Maurice aussi qui s’est inspiré de Singapour. Ils ont travaillé et continuent de travailler  avec Singapour.
A Maurice, il y a aussi des problèmes, on pourrait dire spectaculaires. Maurice est un pays africain, une île à côté de Madagascar, comme les Comores. Mais, la situation n’est pas la même. Maurice, c’est autre chose. Donc, au total, nous avons pris ces contacts et nous avons obtenu des autorités politiques de ces deux pays que nous agissions ensemble.
Nous avons aussi rencontré les opérateurs économiques, les investisseurs qui ont exprimé la même volonté à Singapour comme à Maurice. Nous pensons que si les Congolais se mobilisent, aussi, et ne se laissent pas aller comme on le voit dans les quartiers populaires, quand on a construit un caniveau, le matin, pour écouler les eaux, le soir, il est bouché par les ordures et personne ne les enlève, même devant les maisons; devant vos habitations, là, à travers tous les quartiers. Une fois, j’avais dit au maire de Brazzaville -je donne cette directive moi-même, comme ça on ne dira pas que c’est le maire qui a fait, qui a dit-, j’avais dit au maire de Brazzaville, celui de Pointe-Noire, c’est la même chose, de convoquer tous les commerçants qui ont établi leurs commerces le long des grandes avenues que nous avons réhabilitées, à grands frais, comme l’avenue de la Paix, par exemple, l’avenue de l’O.u.a, l’avenue des Trois Martyrs, l’avenue de France, j’en passe, j’avais demandé au maire de convoquer ces commerçants et de leur donner l’ordre, chacun, d’entretenir devant son établissement, quitte à recruter un travailleur qu’il paierai, ça ne ruinera pas son commerce, pour que devant chaque commerce, ça soit propre, tous les jours. Et que si un commerçant n’agissait pas ainsi, on fermait son commerce. Ainsi de suite et après, on arrivera à quand même un peu plus d’ordre, un peu plus de volonté de réussir. Quand on voyage, on regarde les autres peuples dans l’action, en train de changer le cadre de leur propre vie, on est choqué par ce qu’on voit ici. Donc, on voyage aussi, pour apprendre auprès des autres. Nous avons appris pas mal à Singapour et à Maurice.
*(Joachim Mbanza): Le Sud Soudan est indépendant, depuis samedi. C’était une grande joie pour ce peuple qui a souffert pendant des années pour arracher cette indépendance. On sait aussi que ce processus d’indépendance a été très encadré par l’O.u.a, puis l’Union africaine et par les Nations unies. Est-ce que l’indépendance du Sud Soudan peut ouvrir l’espoir sur un autre cas, plus difficile, qu’est le Sahara Occidental?
** Nous avons, au cours de notre toast, à Maurice, salué l’indépendance du Sud Soudan. C’est un processus long, difficile et douloureux. Mais, on voit bien qu’à force de travail, on finit par atteindre les objectifs.
Le problème du Sahara occidental a été traité au niveau de l’O.u.a, ça faillit entraîner l’éclatement de l’O.u.a. Je me souviens de cette situation, parce qu’en 1986-87, j’étais président en exercice de l’O.u.a et le problème était brûlant sur la table. L’O.u.a avait, à cette époque, décidé de transférer cette question aux Nations unies. Ce sont les Nations unis qui suivent cette question et on pense qu’elle connaîtra ses développements, toujours sous le contrôle des Nations unies.
* (Borice Iloy-Ibara): Monsieur le président de la République, votre sommet qui s’est tenu à Malabo a rejeté le mandat d’arrêt lancé par le procureur général de la Cour pénale internationale contre le colonel Muammar Kadhafi. Aux dernières nouvelles, les puissances occidentales qui avaient décidé l’intervention militaire contre la Libye, penchent, maintenant, vers la position de l’Union africaine qui avait recommandé le dialogue pour régler la crise libyenne. Quel commentaire pouvez-vous en faire?
** En tant que membre du comité ad hoc de l’Union africaine sur ce dossier-là, la Libye, je ne peux que soutenir l’idée de la feuille de route de l’Union africaine et la proposition que nous avons faite de transformer cette feuille de route en un plan de sortie de crise pour la Libye. Je n’ai pas pu terminer les travaux du sommet à Malabo. Mais, avant de partir, j’ai pris le soin de faire ma déclaration, dans le huis clos. Donc, la position du Congo est connue. Je soutenais le plan de sortie de crise tel que le comité ad hoc l’a présenté au sommet et tel qu’il a été, en définitive, après de longs débats, adopté. C’est donc ce plan de sortie de crise, parce qu’après tout, au niveau de l’Union africaine, nous n’avions jamais cru qu’il y aurait une sortie de crise seulement avec des missiles ou des bombes! Toutes les guerres, d’ailleurs, se sont toujours terminées par des négociations et les seuls missiles n’auraient pas pu permettre une sortie de crise. Donc, si, comme vous le dites, les autres partenaires rejoignent la position de l’Union africaine, c’est tant mieux.
Propos retranscrits par J. MBANZA
(A suivre)

 

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