De notre corruption

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Il y a des faits et des sensations en matière de lutte contre la corruption. Nous venons d’enregistrer la condamnation pour détournement de fonds publics d’un ancien maire central. Certes, le détournement et la corruption ne sont pas forcément liés, mais là où il y a détournement, la corruption est rarement loin. On pourrait même dire qu’ils s’alimentent réciproquement, au vu de la pratique dans notre pays, une pratique installée.

 

Nous venons également d’enregistrer la «proclamation» des personnalités chargées d’animer la Haute autorité de lutte contre la corruption, la concussion, la fraude et les infractions assimilées. Beaucoup de candidats, célèbres ou simplement ambitieux ayant été recalés, il est permis d’espérer que les dossiers retenus correspondent à une volonté réelle de lutter contre la corruption. Et non de faire comme nous avons toujours fait.
Il ne faut pas que nos institutions soient juste alignées pour être égrenées; que nous nous contentions de cocher les cases vides des desiderata de la communauté internationale pour paraître conformes aux exigences et aux standards. Nous sommes appelés à marquer la rupture avec des pratiques qui nous ont conduits là où nous en sommes. Si nous sommes parmi les pays les plus corrompus au monde, il y a bien des causes, des responsables, non ?
En matière de lutte contre la corruption, le dire et le faire, ne devraient pas être en désaccord, comme trop souvent chez nous. Mais, surtout, dire et faire devraient correspondre à un état d’esprit voué à rechercher le bien de tous. Tant que subsisteront les exceptions, les «oui, mais…», les éternelles justifications aux trous béants de nos régimes budgétaires, on n’aura rien fait. La paramécie rebourgeonnera. La valse des nominations, les limogeages et les procès légers n’y changeront rien.
Or, il n’y a pas de corruption qui fasse du bien, et une autre qui nous enfonce dans les abysses. Il n’y a pas une bonne et une mauvaise corruption: toutes se rejoignent en ce qu’elles font reculer les espérances d’une nation et l’affirmation de médiocrités qui nous valent de manquer de l’aspirine à l’hôpital, de l’eau dans les robinets, du carburant aux stations d’essence, de très longs retards de versement des pensions, de routes qui attendent d’être bitumées ou réparées.
Voilà pourquoi la détermination à lutter contre la corruption doit aussi s’adjoindre la sensation du citoyen que les choses changent. Vraiment. Chaque Congolais a sa liste de personnes présumées corrompues; de responsables ayant conduit à la faillite telle ou telle autre structure de production. La lutte contre la corruption ne consistera pas à effacer cette sensation (on ne casse pas le thermomètre pour éliminer une fièvre), mais à nous engager dans un état d’esprit d’ensemble qui refuse d’ôter au pays les moyens de son service indiscriminé au citoyen.
En avons-nous pris le chemin avec le procès et la condamnation d’un ancien maire central? En donnons-nous le sentiment avec la mise en place d’un organisme de lutte où, en attendant de voir les pratiques, les têtes ne sont pas toutes nouvelles. Il ne suffit pas d’instituer un fonds pour les générations futures, ou un fonds de solidarité contre la COVID-19. Il s’agit, désormais, que de telles structures entrent en action quand on en a besoin. C’est-à-dire maintenant.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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