Justice pour ou contre Kamerhe?

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Il n’est pas surprenant que les problèmes des deux Congo débordent sur la scène de l’un et de l’autre. D’abord parce que, voisins-frères rapprochés, leurs réalités sont souvent les mêmes. Et il n’est pas rare que d’une rive du fleuve Congo à l’autre, elles soient vues comme la réponse en creux des uns aux interrogations et aux impatiences des autres.

Ancien allié de l’actuel Président de la République démocratique du Congo à qui le liait un accord d’alternance au pouvoir «à la Poutine-Medvedev», celui qui était directeur de cabinet du chef de l’Etat, était un grand personnage. Rien ne semblait destiné à le déboulonner d’un piédestal où il était solidement planté, en attendant des lendemains plus flamboyants.

Tout s’est écroulé pour lui la semaine passée lorsqu’il a été condamné à 20 ans de prison par un tribunal de Kinshasa siégeant à la prison centrale de Makala pour détournement de fonds publics et corruption. Une catastrophe aux retentissements cataclysmiques dans la sous-région. Un événement aussi qui pousse à méditer, encore une fois, sur les aléas des alliances politiques en Afrique.
Car beaucoup de commentateurs n’ont pas manqué de souligner que la mise au frais d’un concurrent qui n’était pas un sous-fifre ouvre la voie du royale au Président Félix Tshisekedi en 2023. Pour peu que l’autre protagoniste à l’affut, le précédent président Joseph Kabila, ne se construise avec cette affaire un argument politique de poids pour, lui aussi, se jeter dans la course.
Cette affaire est emblématique à plus d’un titre. D’abord elle renseigne, quelles que soient les dessous de ce que nous avons vu, sur la fragilité de nos régimes face à l’argent public. Programme destiné à répondre aux attentes sociales de son peuple, le «Programme des 100 jours» du Président Tshisekedi a été mité dès le départ par les rongeurs. Vital Kamerhe s’en est vainement défendu: il lui restera collé à la peau le fait que plus de 57 millions de dollars ont disparu des caisses de l’Etat sous sa gestion.
Cette affaire est aussi emblématique d’une volonté de justice. Mais avons-nous eu la justice en marche ici ? Les partisans des uns et des autres, qui correspondent peu ou prou aux délimitations ethniques ou provinciales, soutiennent que le procès a été politique. Ou bien que c’est la preuve d’une maturité de la justice en République démocratique du Congo.
Le débat ne se tranchera pas par une conclusion unanime, comme toujours en Afrique. Il alimente en tout cas la liste déjà longue des procès politiques, orientés ou biaisés sur le continent. Il ajoute aux confusions qui ne nous permettent pas d’avancer en démocratie. Confier autant d’argent à un individu, fût-il un allié politique; tomber dans la tentation d’y goûter sont des arguments assez prévisibles. Reste que, vérité ou tactique politicienne, le peuple, lui, attend.


Albert S. MIANZOUKOUTA

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