Une bonne nouvelle ?

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Le Club de Paris vient de faire don au Congo d’une remise de dette de quelques milliards. Jusqu’en décembre de cette année, Brazzaville ne s’acquittera pas du service qui s’attache à cette dette, en raison du fait que beaucoup de nos ressources mobilisables ont été mises dans la lutte contre la pandémie du coronavirus. Ou qu’elles n’ont pu être mobilisées, précisément, du fait des confinements qui ont paralysé les économies.

 

Nous sommes Congolais et nous devrions attendre un peu avant de crier que cette nouvelle est bonne. D’abord parce qu’une remise de dette n’est pas un effacement d’ardoise; elle viendra toujours se rappeler à notre bon souvenir vers la fin de cette année. Que l’euphorie relative ne nous fasse donc pas oublier que nous dansons avec une épée de Damoclès. C’est généralement au moment où on s’y attend le moins, qu’on a des besoins plus pressants, que les rappels de dette arrivent.
Ensuite, nous avons beau nous réjouir, nous ne pouvons nous départir de ce sentiment de gâchis qui s’attache à toutes nos périodes fastes. Il y eut un temps, nous aurions craché sur quelques misérables milliers de dollars. C’était quand nos caisses débordaient littéralement de liquidités. Ce qu’elles sont devenues, seuls les sables mouvants de notre ingéniosité le savent. Les générations futures n’ont plus de fonds, le coronavirus n’y est pour rien !
En vérité, nous nous sommes trop installés dans l’idée que demain sera toujours meilleur sans rien faire de concret pour cela. Simplement par la méthode Coué. Les institutions multilatérales ont beau nous inviter à la tempérance, la leçon sera vite oubliée si elles continuent de mouliner principes et préceptes fumeux sans sauver des peuples. Tout se passe comme si le pays que le FMI recale à plusieurs reprises n’était pas le nôtre !
Et que cette honte ne devra jamais se traduire en la ferme résolution mardi de mieux faire que lundi. En matière d’argent, tout se passe comme si nous n’avons rien appris depuis les temps des ajustements structurels. Ou que nous avons tellement appris que nous savons comment jongler: les admonestations et les injonctions des donateurs font partie intégrante d’un jeu de barbichette. Tu me tiens, je te tiens! Combien, en effet, les accusations de corruption dont nous faisons l’objet, ne sont-elles pas à répartir équitablement avec les corrupteurs !
Combien, dans l’argent des pauvres, fait aujourd’hui le bonheur de quelque vertueux d’Occident, et sert d’huile moteur aux économies qui condescendent à nous «prêter» ? La remise de dette du Club de Paris est un tout-petit répit seulement, pas une victoire.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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