Mort en direct

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La société de communication dans laquelle le 21è siècle nous a fait entrer est un véritable miroir. Elle nous donne à voir les beautés et les laideurs du monde. Nous les voyons en même temps. Elles suscitent en nous les mêmes émotions. Et nous pleurons, nous indignons ou nous angoissons en même temps. L’effroyable hécatombe que cause l’épidémie du Coronavirus fait trembler de crainte.

 

Puis est venue l’image choc d’un Noir américain agonisant à la face du monde, sous le poids inflexible d’un policier blanc apparemment indifférent aux derniers râles de l’homme à terre. Il avait comme noms George Floyd. Son dernier souffle, «je ne peux pas respirer», a débloqué les consciences du monde sur les violences policières. Il a sorti le monde de l’indifférence face à la souffrance des autres.
Mais aussi bien la pandémie du coronavirus que le lynchage de George nous ramènent au centre de l’essentiel de la vie en société. Elle est solidarité. Toutes ces foules qui se lèvent aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en France, en Australie et même au Japon, que nous disent-elles? Quel langage nous tiennent-elles avec des mots nouveaux qui nous sortiraient de notre apathie habituelle et de notre haussement d’épaules?
En réalité, aucun. Des images de bastonnades mortelles, nous les avons déjà vues. De voir des foules immenses envahir Washington et protester ne doit pas nous faire oublier que le Pasteur Martin Luther King avait, lui aussi en son temps, posé son genou à terre pour implorer l’égalité des droits. Il y a donc fort à parier que demain demeure comme hier et comme aujourd’hui. Tant que la maltraitance des Noirs aux Amériques ne conduira pas à la volonté de changer.
Changer partout. Pas seulement chez les policiers blancs, trop habitués à cogner et à ne pas se poser de questions, à l’abri de la loi. Changer chez les Noirs aussi, trop souvent fournissant le prétexte à établir l’horrible équation «Noirs = Délinquants». George Floyd, rappelons-le, fut arrêté le 25 mai à Minneapolis parce qu’il tentait de changer un faux billet de 20 dollars. On ne mérite certes pas la mort pour un délit de ce genre, mais il y a en face comme une démangeaison aux doigts pour dégainer et gâcher une vie au moindre prétexte. On le sait.
Changer aussi en Afrique! C’est la terre de partance des Américains noirs. C’est le continent qui devrait s’indigner au maximum chaque fois que l’un de ses fils est soumis à des sévices en quelqu’endroit que ce soit. Cette fois, certains de nos dirigeants ont protesté; quelques capitales se sont soulevées, mais il n’en a toujours pas été ainsi.
Que nous disent des noms comme Rodney King et autres Trayvon Martin en 2012 ; Eric Garner (2014) ; Michael Brown: (2014) et autres Alton Sterling (2016), anonymes devanciers, parmi des centaines d’autres, de George Floyd ? Quel râle n’étions-nous pas capables de percevoir d’ici, en Afrique? Quelle douleur ne pouvions-nous reconstituer devant des procès qui avaient lieu ou non après ces meurtres, suscitant quelques bouffées de fièvre locales, bien vite retombées ?
Nous avons été absents du concert des protestations. Peut-être parce que nous étions occupés à nos propres problèmes? Ou peut-être parce que nous avons, dans nos prisons ou en dehors, nos propres genoux étouffant des vies protestataires? La paille et la poutre restent telles même à propos de frères au loin.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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