Guerre?

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Le Président de la République a donc fini par prendre la parole pour marquer la gravité du mal que nous affrontons en ce moment. Le coronavirus, «mal absolu», doit nous trouver tous en première ligne de lutte, a martelé le chef de l’Etat. Tous, nous devrions nous sentir concernés et responsables pour freiner l’avancée fulgurante de cette maladie qui n’était pas là il y a seulement trois mois.


Le ton ferme et solennel de la déclaration, l’inédit des mesures annoncées, l’apparente lucidité à reconnaître que nous entrons dans une phase de vie qui ne ressemblera à aucune autre avant, ne permettent pas de penser que le Président de la République a voulu se livrer à un simple exercice de communication. Il en va de notre vie à tous : le mal est bien là et jouer à le nier ou à lui trouver une autre nature et une autre finalité, c’est tout sauf responsable.
Tous derrière le chef de l’Etat, donc. Mais tous conscients aussi que la lutte qui nous engage doit se nourrir d’attitudes nouvelles. Un fonds de soutien de 100 milliards? L’homme de la rue se demande déjà: qui va le gérer? Quel résultat en tirerons-nous au concret qui ne sera pas parasité par les «siphonneurs» de toujours? Par ceux qui ont fini par transformer les plus merveilleux projets de développement de ce pays en gouffres à milliards et en chevaux blancs?
Guerre? On saisit la portée sémantique de cette expression et sa dimension symbolique. Mais dans un pays où nous ne sommes pas encore parvenus à déterminer le nombre de guerres que nous nous sommes infligées, leur nature et leurs finalités, la guerre est un élément de division. Pas de rassemblement. A moins que, précisément, le coronavirus nous inculque désormais de nous conduire en citoyens et non plus en thuriféraires ne voyant le mal que chez les autres, et le bien – toujours - chez les siens !
Le coronavirus exige que nous engagions effectivement une guerre: contre nos mentalités d’éternels accros aux passe-droits ; de critiques impénitents de ceux qui ne sont ni de notre ethnie, ni de notre parti et indulgents envers les amis bénigne et de presque peu d’effets. Il y en a qui ont clamé le plus d’un milliard détourné à la mairie, ce n’était rien de bien grave. L’injustice est décriée dans les mots, noyée au milieu de circonlocutions: «insuffisances» et autres «antivaleurs», et pas dénoncée vigoureusement en termes de vols, détournements et gabegie.
Nous sommes en guerre contre un virus. Pour la première fois depuis notre indépendance formelle, ce combat-là ne vise pas la conquête ou le maintien d’un pouvoir, mais la survie d’un peuple, l’affirmation d’une Nation.

Albert S. MIANZOUKOUTA