Un virus en mars

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Nous avons abordé notre première semaine de mise sous cloche un peu comme on aborde un sujet qui nous dépasse et auquel nous ne comprenons strictement rien ! Le confinement, les mesures qu’il impose, les obligations qu’il induit, les conversations dans la rue nous rappellent bien pourtant que le virus est bien parmi nous.

Et qu’il nous faut tous, là où nous le prenions un peu trop à la légère, faire vraiment autrement. Ne plus rigoler devant ceux qui évitent de se serrer la main.

C’est en ce mois de mars 2020, alors que l’Italie rapporte un nombre incroyable de décès et que les pays dont les dirigeants se montraient sceptiques devant ce mal étrange, que nous nous sommes installés vraiment dans la pandémie. Ne sont pas touchés seulement ceux qui transitaient par les pays à risques, plus seulement ceux des pays développés qui le prenaient de haut, mais tout le monde. Ce qui n’en souligne que davantage le besoin de plus de solidarité en ce monde qui en avait perdu le sens. Une solidarité qui, pour une fois, ne se dessine pas forcément entre une main tendue dans le Sud et une obole compatissante en Occident.
Cette épidémie, que nous côtoyons ou suspectons dans l’air, nous arrive en un mois qui a toujours été le mois des douleurs chez nous. D’ailleurs, c’est bien à cause de la pandémie possible que nous n’avons pas donné cette année l’éclat qu’exige la célébration du martyre du Cardinal Emile Biayenda. C’est un 22 mars qu’il fut assassiné. Quatre jours après l’assassinat du Président Marien Ngouabi: deux premières pour un président et un cardinal dans ce pays. Cela fait 43 ans déjà, c’est-à-dire hier à peine !
C’est un mois de mars aussi, le 4 en 2012, que le ciel nous tomba sur la tête avec les explosions de la caserne de Mpila. Et quelques semaines plus tard, un soudard vêtu de religion dans le Pool, harcelait les populations du sud de Brazzaville. Chaque fois, des événements inédits ! Chaque fois des crises d’angoisse et des supputations et suspicions sur ce qu’on nous a dit et sur ce qu’on nous a tu. Nous n’invoquerons pas une quelconque malédiction du mois de mars qui s’attacherait au Congo. Mais pour la première fois dans l’histoire, un Dimanche (de mars, donc de Carême) est passé sans messe ni culte, incroyable !
Pour en revenir au coronavirus (lire aussi l’article ci-contre), constatons que nous avons passé trop de temps à jongler avec la réalité qui nous rattrape. Avons été trop obséquieux à traiter par l’étiquette ce qui se passait à l’aéroport où porter veste et cravate vous évitait l’humiliation du test. Pour une fois, sachons nous montrer sérieux devant nos obligations trop souvent faibles face aux jeux de menton des «tu sais qui je suis?»

Albert S. MIANZOUKOUTA