La houe et le député

  • Imprimer
Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

La sécurité alimentaire a été au cœur d’un forum réunissant les parlementaires d’Afrique centrale cette semaine (Voir article ci-contre). Le sujet est d’importance et nous aurions tort de n’y voir que le prétexte à une énième occasion de déverser de belles phrases sur des peuples qui ont partout faim. La lutte contre la famine et la malnutrition passe par toutes les tentatives. Car la faim est une contradiction dans une zone littéralement bénie de Dieu comme la nôtre.


Les si nombreux projets initiés depuis l’indépendance pour que le Congolais - l’Africain - mange à sa faim n’ont pas fait reculer les chiffres, même s’ils ont le mérite d’avoir été tentés. Même s’ils se sont déclinés en des dizaines de versions ; ont concerné des dizaines de secteurs, employé de nombreux experts nationaux et étrangers. Ils n’ont pas donné les résultats escomptés, seulement des slogans tous aussi beaux les uns que les autres!
Qu’il s’agisse de semences améliorées, de plants résistants à la pluie ou à la sécheresse, de poissons, de boutures de manioc à croissance rapide; qu’il s’agisse de palmier à huile, d’agrumes, de nouvelles variétés de bananes, d’ovins ou de bovins, de poulets de chair ou de produire des œufs; qu’il s’agisse de villages agricoles: des milliards ont été engloutis dans ces projets, alors porteurs d’un espoir certain de faire reculer la faim et sa corolaire, la pauvreté.
Nous célébrons jeudi prochain la fête de la Proclamation de la République. Nous y ferons encore le constat de notre dépendance en matière d’alimentation. Nous ne produisons qu’une petite partie de ce que nous consommons, et nous n’avons aucune honte à faire la queue devant une «boucherie» qui vend du poisson surgelé au loin depuis des lustres! Nous continuons à nous sentir plus rassurés de trouver du pain, dont nous ne produisons aucun des ingrédients de fabrication. De boire de la bière importée.
Les experts ont essayé, les politiques aussi: il était peut-être temps que les élus du peuple se saisissent de la question. Mais nous sommes sans illusion, car un député et un sénateur sont aussi des politiques. De ceux qui ont ruiné tous les espoirs de faire reculer la faim quand ils ont emporté la caisse des entreprises qu’ils avaient en gestion. Nous avions des fermes au Congo; elles ont toutes périclité.
L’agriculture de chez nous a été plus arrosée de la salive des discours. Elle n’a pas franchi le cap de nous nourrir tous, et d’enrichir nos ruraux. Que des députés s’y mettent aujourd’hui ne peut certes pas nuire, mais qu’apporteront-ils que nous n’ayons essayé?

Albert S. MIANZOUKOUTA