PHARMACIE

Sélectionner une page

Giscard

Il n’y a rien de plus complexe pour un Etat africain que de définir ses relations avec les dirigeants des anciennes puissances coloniales. Or, à l’occasion du décès dans son pays de l’ancien Président français Valéry Giscard d’Estaing, épithètes et dithyrambes ont de nouveau fleuri à même les colonnes des journaux et saturé les micros des radios, invitant à s’incliner devant la mémoire d’un «grand homme», d’un «ami de l’Afrique».
Il y a de la difficulté à parler du passé au présent, parce que, contrairement à ce que prétend la grammaire, le passé simple n’est jamais simple. Le Président français qui s’en va fut l’homme de son époque, mais pas seulement. Il a été souligné ses intuitions visionnaires, y compris sur l’Afrique. Non, il n’a pas révolutionné la relation franco-africaine, non ! Mais je connais plus d’une famille congolaise dont le fils porte le (pré) nom de Giscard, c’est tout dire !
En bien des domaines, il a posé son métier sur les sillons de la politique tracée par le général Charles de Gaulles, son prédécesseur, et son homme-lige Jacques Foccart, l’homme des réseaux de la Françafrique. Il n’a pas beaucoup innové sur ce terrain, mais il n’a pas été indifférent à la nature particulière de la relation de son pays avec notre continent non plus, au moins dans sa partie francophone.
Qu’il ait fait sauter les paras sur Kolwezi, au Zaïre (RD Congo) a certes sauvé le régime du maréchal Mobutu, mais dans le contexte de la Guerre froide entre l’Est et l’Ouest du monde occidental, il nous a peut-être épargné une guerre dont les effets concentriques auraient gagné «le petit Congo», comme aimait à nous désigner Lumumba. Il est aussi intervenu au Tchad, en Mauritanie et, surtout en Centrafrique.
Partout, suivant le prisme des jugements d’alors, les régimes sauvés se sont révélés dictatoriaux par la suite, au point de se demander s’il ne valait pas mieux les laisser choir de leurs propres encrassements. Mais, donc, c’est un fait: il a manifesté une particulière amitié à l’Afrique, née sans doute de sa passion pour la chasse au gros gibier sur nos vastes plaines.
Se rendre en Guinée Conakry et y faire applaudir aussi bien la France que le Président Ahmed Sékou Touré, que ses prédécesseurs avaient enfermé dans la liste noire des dirigeants infréquentables (alors que l’Afrique célébrait le seul héros qui a su dire «Non» à l’indépendance proposée par De Gaulle) fut un risque politique mais aussi une marque de courage. De rupture avec les usages du moment.
Rien que pour cela, oui on peut le dire: M. Giscard d’Estaing a marqué l’histoire tourmentée de la relation avec l’Afrique. Retenons cela dans l’homme qui s’éteint à 94 ans et restons lucides. Car si, comme le proclame le poncif, les pays n’ont pas d’amis mais seulement des intérêts, ceux-ci à eux tous seuls ne se transforment jamais en pétrole lampant ni en accords de coopération. Ils passent toujours par les hommes. Les bons et les mauvais, suivant les jugements de l’Histoire.

Albert S. MIANZOUKOUTA

Abonnez-vous à notre Newsletter pour être informés d'une nouvelle mis à jour d'articles et rejoignez les 170 autres abonné(es).
close
Abonnez-vous à notre Newsletter pour être informés d'une nouvelle mis à jour d'articles et rejoignez les 170 autres abonné(es).

A propos de l'auteur

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Heure de Brazzaville

14 décembre 2020 12 h 40 min

Editorial

Corrompus

En d’autres temps, être qualifié de corrompu était une marque d’infamie dans la vie de quelqu’un. C’était une tâche indélébile qui désignait l’auteur d’un détournement de fonds à la honte infinie, et amenait l’Etat à se séparer de lui, l’indélicat. Détourner les biens publics, pensait-on, condamnait celui qui s’en rendait responsable à raser les murs, et à ne plus jamais prétendre reprendre une place de dignité en société.

Lire la suite

Articles les plus vus

  • Société civile : Pour une synergie entre plateformes afin de sécuriser au mieux les droits fonciers et coutumiers (lasemaineafricaine) (64 294)
    L’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) et la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH), en partenariat avec l’Initiative des forêts d’Afrique centrale (CAFI), ont eu une réunion de travail vendredi 26 juin dernier, à Brazzaville pour adopter la note relative à la prise en compte des droits fonciers coutumiers des […]
  • TRIBUNE LIBRE : Est-ce un nouveau départ ? (lasemaineafricaine) (26 490)
    L’histoire retiendra du passage au Congo de Gianni Infantino, président de la FIFA, le 29 novembre 2019 pour l’installation de son bureau régional à Brazzaville comme un symbole fort. Du coup, le football congolais sera la vitrine sur l’échiquier mondial; c’est une lourde responsabilité qui mérite réflexion. La FECOFOOT vient de terminer la mise en […]
  • Economie forestière : Opter pour une gestion durable des ressources (lasemaineafricaine) (24 400)
    La République du Congo regorge de vastes étendues de forêts qui couvrent une superficie de 22,4 millions hectares soit 65% de son territoire. Les premières exploitations du bois remontent à la période précoloniale. Rosalie Matondo, ministre de l’Economie forestière dresse un bilan satisfaisant en 60 ans. Selon la ministre de l’Economie forestière, l’exploitation des forêts […]

Canal Plus Afrique

Burotop-Iris

booked.net

Nos Statistiques

  • 2
  • 883
  • 1 760
  • 76 938
  • 12 décembre 2020
ultricies Phasellus id, amet, accumsan Aenean felis venenatis risus mattis Praesent mi,