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Economie : Les zones économiques spéciales au Congo supposent une réforme approfondie de l’Etat

Economie : Les zones économiques spéciales au Congo supposent une réforme approfondie de l’Etat

Les zones économiques spéciales (ZES) semblent patiner pour plusieurs raisons. D’aucuns les placent déjà parmi les nombreux projets sans lendemain tels l’assurance maladie universelle, la retraite automatique, le PND 2012-2016, l’Université Denis Sassou NGuesso de Kintélé, l’autosuffisance alimentaire, etc.

Les ZES souffriraient-elles des mêmes anomalies? A priori, oui. En effet, avec plus de 500 milliards F.CFA engloutis dans les études de faisabilité, les voyages d’études à Singapour, à l’Ile Maurice, à Shanghai etc., entre 2009 et 2015, aucune ZES n’a encore pu démarrer. En outre, aucune évaluation à mi-parcours n’a été effectuée et, bien entendu, personne n’a rendu compte de sa gestion du dossier. Le Dr Kitsoro Firmin C. Kinzounza, économiste et consultant international en management a bien voulu nous éclairer sur les préalables de la mise en place des ZES, leurs objectifs et la stratégie de leur implantation.

*Docteur K.F.C. Kinzounza, quels sont les préalables de la mise en place des ZES au Congo?
** Nous allons partir du cas de la Chine afin d’en tirer les leçons pour le Congo.
Avant de lancer les ZES en Chine, le Parti communiste chinois (PCC) avait réuni les conditions ci-après:
– la révolution culturelle sous le Président Mao Tsé Toung; grâce à elle, le logiciel mental du peuple chinois a subi une déprogrammation afin, par une reprogrammation, de passer des valeurs du système féodal à celles du régime socialiste;
– la révolution bourgeoise; dans la période post Mao Tse Toung, elle a consisté à réaffirmer les rôles du marché et de la petite propriété privée dans le cadre du régime socialiste;
– la révolution agraire; elle a permis à la Chine d’atteindre le stade d’autosuffisances alimentaire;
– la révolution industrielle; elle a permis à la Chine, entre autres, de mécaniser la production agricole, de transformer ses ressources agro-pastorales et de produire les biens manufacturés de première nécessité.
Ce n’est qu’après ces quatre révolutions que le PCC a pris en 1979, la décision de créer, à titre expérimental, les ZES de Shenzhen, Zhuhai, Shantou et Xiamen.
Au Congo, le Parti congolais du travail (PCT), parti au pouvoir, en s’inspirant du modèle chinois, doit lancer d’une part, la réforme approfondie de l’Etat; il s’agira de remplacer la ‘’nomenklatura’’ au pouvoir mue par la lutte des places et le pillage des ressources naturelles par une coalition de forces politiques dotées du logiciel mental du régime libéral couplé à celui du régime socialiste. La réforme de l’Etat traduite par la bonne gouvernance à tous les niveaux devrait généraliser la Gestion axée sur les résultats (GAR), comme mode de gestion publique. Et d’autre part, par la révolution agraire, afin d’aboutir à l’autosuffisance alimentaire.

*Quels sont les objectifs visés par les ZES?
**Nous partirons encore une fois de l’expérience chinoise en distinguant les objectifs au niveau national, d’une part, et les objectifs au niveau international, d’autre part.
Sur le plan national, les ZES visaient deux objectifs stratégiques: la libéralisation des marchés et la constitution de pôles d’attraction des investissements étrangers.
A l’heure actuelle, la Chine abrite une centaine de ZES dans les grands domaines ci-après: le libre-échange, le développement économique et technologique, et les zones de haute technologie.
Sur le plan international, dans le cadre de la mise en œuvre de son XIe Plan quinquennal, le Gouvernement chinois avait annoncé en 2006, son intention de créer «environ 50 zones de coopération économique et commerciale» dans le monde: c’est la mise en œuvre de la politique dite «Going global»
Ces zones de coopération économique et commerciale visaient un double objectif, à savoir: partager l’efficacité du modèle de développement chinois avec les pays amis, d’une part, et contribuer à la restructuration économique de la Chine en incitant les industries à forte intensité en main-d’œuvre, moins compétitives et «matures» à s’implanter dans le pays amis, d’autre part.
Dans la pratique, parmi les pays amis, ceux qui sont éligibles au «Partenariat Stratégique Global» devraient bénéficier d’un traitement de faveur: c’est le cas du Congo. Dans le cas de ce pays, les objectifs des ZES pourraient être reformulés comme suit: attirer les Investissements directs étrangers (IDE); contribuer à la diversification de l’économie; renforcer les capacités des ressources humaines en accroissant leur degré d’employabilité et leur productivité; favoriser les transferts de technologie (ou la diffusion du progrès technique); encourager les entreprises locales à s’implanter dans les ZES; réduire le taux de chômage; renforcer les liens entre l’Université Marien NGouabi (à travers les Grandes Ecoles d’Ingénieurs: ENSAF et ENSP) et les ZES; améliorer le climat des affaires; améliorer le classement du Congo dans le «Doing business».

*Au vu des contextes chinois et congolais, quelles sont les grandes lignes d’une stratégie nationale d’implantation des ZES?
** Une fois la condition de bonne gouvernance réunie, grâce notamment à la réforme de l’Etat et à la réforme de l’Administration publique, la Stratégie nationale d’implantation des ZES pourrait comprendre les dix composantes ci-après:
– Composante 1: mise en place d’un Comité de pilotage;
– Composante 2: finalisation des études de faisabilité (y compris le financement des expropriations) de la ZES de Pointe-Noire;
– Composante 3: lancement de la phase expérimentale des ZES, à partir de la ZES de Pointe-Noire, en renonçant à lancer les quatre ZES en même temps;
– Composante 4: associer étroitement l’Université Marien NGouabi, les Etablissement privées d’enseignement supérieur (EPRES), les collectivités locales concernées et les entreprises privées locales et étrangères dans les opérations ci-après: finalisation des études de faisabilité; conception et développement d’un mécanisme d’appropriation des technologies étrangères; sous-traitance;
– Composante 5: exploitation du «Partenariat Stratégique Global» avec la Chine dans l’intérêt général et non à des fins personnelles;
– Composante 6: élaboration de concert avec la partie chinoise d’un Plan d’action sur trois ans comprenant:
• les objectifs généraux et spécifiques;
• les résultats attendus;
• les besoins en ressources humaines (effectifs et profils);
• les budgets-programmes annuels et triennaux;
• les tableaux de bord trimestriels et pluriannuels;
– Composante 7: élaboration des plans de communication pluriannuels;
– Composante 8: mise en place d’un Comité de mobilisation des ressources extrabudgétaires dans le cadre du partenariat public-privé;
– Composante 9: mise en place d’un Comité paritaire public-privé chargé de formuler des avis en vue de promouvoir le dialogue, la médiation, la conciliation et les arbitrages nécessaires;
– Composante 10: mise en place d’un Comité de suivi-évaluation des indicateurs de performances retenus.

*Une fois que vous avez énuméré ces différentes composantes, que pensez-vous de ces expériences en toute franchise?
**Je pense sincèrement que nos échanges devraient constituer une opportunité pour les pouvoirs publics concernés de jeter un regard neuf sur leurs pratiques anciennes. Ce faisant, ils devraient avoir à l’esprit la grande déception de la Chine qui a constaté que le «Partenariat stratégique global» n’a pas été exploité selon le principe «win-win» (gagnant-gagnant).
*Merci!

Propos recueillis par
Viclaire MALONGA

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Heure de Brazzaville

19 septembre 2020, 16: 05

Editorial

EN PANNE

Plus les années passent et plus le problème complexe de l’alimentation en électricité se fait toujours prégnant. Les centrales hydroélectriques du pays sont devenues plus nombreuses. Nous avons une centrale à gaz à Pointe-Noire. Et les projections laissent aussi le champ libre à la possibilité de renforcement de nos capacités en la matière, ne serait-ce qu’avec la construction, enfin, du barrage de Sounda, dans le Kouilou.

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