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ECONOMIE : «Le chômage au Congo est d’ordre structurel et non conjoncturel»

ECONOMIE : «Le chômage au Congo est d’ordre structurel et non conjoncturel»

Faisant partie des 10 experts (dénommées R10) chargés de redynamiser le système de recrutement et de sélection de l’Union Africaine depuis juillet 2019, le Dr Kitsoro Firmin C. Kinzounza, économiste et consultant international en management, était absent de Brazzaville pour une mission à Addis-Abeba du 17 mars au 2 avril, lorsque les frontières ont été fermées. Il est désormais de retour. Pour La Semaine Africaine, il parle de la COVID-19 et de la crise économique que traverse le Congo. Il propose quelques solutions.

*Dr Kinzounza, vous retrouvez votre pays, en lutte contre la COVID-19 et la crise économique. Quelles propositions concrètes pour sauver le Congo?
** Selon la doctrine économique, la relance de l’économie peut se faire: – soit par la consommation; dans ce cas, cela peut avoir lieu par l’accès au crédit de consommation à des taux bonifiées (taux bas) ou par l’accroissement des salaires et/ou des accessoires des salaires (primes, indemnités, etc…).
Dans le cadre d’une économie extravertie comme celle du Congo, une telle politique aura pour résultats: soit un accroissement du taux d’inflation, soit une augmentation du volume des importations avec un impact négatif sur le solde de la balance commerciale. Et comme le Congo importe l’essentiel de ce que sa population consomme, les effets multiplicateurs de la relance par la consommation vont se manifester dans les pays d’où proviennent les importations. Ces derniers vont augmenter leurs productions, et donc réduire leurs taux de chômage et accroître les recettes fiscales de leurs pays respectifs.
Cela peut se faire soit par l’investissement; c’est ce que nous avons proposé. D’une part, en procédant à l’identification des projets de diversification de l’économie; il s’agit essentiellement de la transformation sur place des ressources agro-pastorales et forestières, de la production locale des appareils électroménagers et des pièces de rechange des véhicules à 2, 3 et 4 roues. D’autre part, en suggérant de mobiliser en interne les ressources financières devant permettre de financer les projets de diversification de l’économie. Bien entendu, l’on ne doit point négliger le recours au partenariat public-privé, notamment le BOT (‘’Build, Operate and Transfer’’: ‘’Construire, Exploiter et Transférer’’), qui a permis aux pays tels que la Corée du Sud et le Singapour de se doter des infrastructures routières et aéroportuaires sans que leurs Gouvernements respectifs ne déboursent un seul kopeck.

*Quels pourraient être les projets économiques prioritaires?
** Les projets économiques prioritaires devraient avoir pour objectifs: la réduction des importations, d’une part, et l’accroissement de la part des exportations hors pétrole, d’autre part.
La réduction des importations des denrées alimentaires, des appareils électroménagers et des pièces de rechange des véhicules à 2, 3 ou 4 roues. Pour ces trois volets, la contribution de l’Université Marien Ngouabi à travers l’ENSAF (pour les produits agropastoraux) et l’ENSP (pour les appareils électroménagers et la production des pièces de rechange) sera capitale.
A titre de rappel, l’ENSAF (ex Institut de Développement Rural), c’est l’Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie et de Foresterie: c’est une école de formation des ingénieurs chargés de contribuer au double plan de la formation et de la recherche à la réduction de l’importation des denrées alimentaires dont le montant était évalué en 2018 à 600 milliards de F.CFA, soit environ 1 milliard de dollars; en d’autres termes, le Gouvernement de la République avait fait le choix malheureux d’enrichir les paysans qui se trouvent à l’étranger.
L’ENSP (Ecole nationale supérieure polytechnique), avec ses filières Génie mécanique et Génie électrotechnique, cette école de formation des ingénieurs pourrait contribuer à réduire progressivement les importations des pièces de rechange et des appareils électroménagers. Pour rappel, entre 1995 et 1997, lorsque le siège d’Air Afrique était à Brazzaville (pour la zone Afrique Centrale), l’ENSP (ENSET à l’époque) fut sollicitée pour façonner les pièces de rechange des avions de marque BOEING. Les enseignants chercheurs de l’ENSET le firent si bien que la compagnie Air Afrique arrêta de faire façonner ces mêmes pièces à Bordeaux (France).
Par ces exemples, nous avons aussi des pistes sérieuses de diversification de l’économie plutôt que d’en faire un slogan creux.
Je répète ce que j’ai déclaré et écrit plusieurs fois: si l’ENSAF et l’ENSP ne sont plus considérées comme de simples attributs de la souveraineté nationale au même titre que l’hymne national, le drapeau national, les armoiries, l’avion présidentiel, etc. alors, le Congo sera engagé de manière irréversible dans la voie de l’émergence économique, étape intermédiaire entre le sous-développement et le développement.

*Comment seront financés tous ces projets?
** Les 48 mesures retenues par le FMI et le Gouvernement pour relancer l’économie, une fois appliquées, auraient pu permettre de dégager les moyens financiers permettant de financer les projets de relance de notre économie. Nous pouvons citer quelques-unes: la réforme des administrations fiscale et douanière; la maîtrise des dépenses fiscales; un meilleur encadrement des redressements fiscaux des Grandes entreprises et des avis de mise en recouvrement (AMR); la publication par le Gouvernement, tous les trimestres, d’un rapport de réconciliation des recettes pétrolières, forestières et minières sur la base des faits générateurs de ces recettes et celles recouvrées par le Trésor Public; la mise en place des dispositions nécessaires de l’Etat, avec la SNPC, pour assurer de façon automatique, le transfert des produits de la vente des cargaisons dans le Compte Unique du Trésor (CUT); le transfert automatique de la partie libre des dépôts de l’Etat dans le compte Chine vers le Compte unique du Trésor ouvert dans les livres de la BEAC; le rapatriement et la remise des avoirs en devises à l’étranger de toutes les entités publiques et toutes les entreprises où l’Etat est actionnaire (y compris les filiales de ces entités) dans les comptes offshore. On pourrait y ajouter: le rapatriement de 50% des avoirs publics détournés et placés dans les comptes privés à l’étranger, sur la base d’un ‘’gentleman agreement’’ gagnant-gagnant (win-win) comme en Angola); la publication de la liste des marchés exécutés par le ministre des Grands travaux depuis 2014 et la publication régulière de tous les marchés publics dépassant 1 milliard de FCFA ainsi que les conditions d’attribution de ces marchés; la préparation d’une liste exhaustive de tous les comptes publics des ministères dans les banques commerciales pour préparer leur transfert au Compte Unique du Trésor; le ministère des Finances et du budget transmettra à la BEAC toute loi, tout contrat ou toute convention accordant des exceptions à la règlementation des changes aux opérateurs pétroliers; la soumission au Parlement, en consultation avec les services du FMI, d’un amendement à la loi existante sur la corruption (loi 5-2019) pour assurer sa conformité avec les dispositions de la CNUCC, y compris celles relatives à la criminalisation nationale de toute infraction décrite au chapitre III de la CNUCC; ces infractions sous-jacentes seront assimilées au blanchiment de capitaux; le soutien à la mise en œuvre par les banques de leurs obligations relatives aux personnes politiquement exposées, et en encourageant l’intensification de la supervision de ces obligations par la COBAC et enfin, l’élaboration d’une Stratégie nationale de diversification de l’Economie (SNDE).
D’après nos estimations, la mise en œuvre de ces 12 mesures par une task force comprenant des cadres intègres et compétents des régies financières (Impôts, Douanes et Trésor) pourraient permettre au Gouvernement de disposer de 6.000 à 8.000 milliards de F.CFA en 18 mois.

*A vous suivre il nous faut, pour relancer l’économie une Stratégie nationale de diversification de l’économie (SNDE) comprenant des projets économiques prioritaires destinés à réduire les importations et à booster les exportations des produits manufacturés d’une part, et une Stratégie de mobilisation des ressources financières internes destinées au financement des projets économiques de la Stratégie nationale de diversification de l’économie, d’autre part…
** C’est bien cela. Toutefois, il convient de préciser ce qui suit: réduire les importations présente les avantages ci-après:
• la production sur place, donc la création des emplois nationaux car chaque fois que nous importons, nous exportons (ou détruisons) nos emplois puisque les biens importés sont produits à l’étranger; c’est pourquoi le chômage au Congo, comme dans toute économie extravertie, est d’ordre structurel et non conjoncturel;
• l’économie des devises; les biens importés ne sont pas achetés en F.CFA (monnaie locale) mais en devises étrangères (Dollars des USA ou Euros, essentiellement); en important moins, nous économisons nos devises, ce qui se traduira par le renforcement du niveau de nos réserves de change;
– accroitre les exportations hors pétrole; cela suppose que l’on mette en place une politique volontariste de maximisation de la valeur ajoutée locale. De manière systématique, le Gouvernement devrait inciter à la transformation sur place des matières premières et à l’exportation des produits manufacturés qui en découlent. Cela implique la mise en place de mécanismes d’Assurance qualité (conformité des processus aux normes) et de Contrôle qualité (conformité des produits aux normes).
L’augmentation des recettes d’exportation devrait permettre d’accroître les réserves de change.
En conclusion, réduire les importations et accroître les exportations hors pétrole devraient permettre d’améliorer le solde de notre balance commerciale. (A suivre dans la prochaine parution)

Propos recueillis par
Viclaire MALONGA

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A propos de l'auteur

Heure de Brazzaville

1 décembre 2020 15 h 51 min

Editorial

Tout est réglé

Il y a une jurisprudence africaine en matière d’élections. Au moment où nos délégués s’apprêtent à quitter Madingou après leur participation à la concertation politique de Madingou, il ne serait pas inutile de rappeler que, en principe, c’est pour mieux préparer la présidentielle de mars prochain que cette rencontre de trois jours a eu lieu. Mieux préparer, c’est-à-dire ôter sur le chemin de ce scrutin majeur les obstacles qui pourraient conduire à la contestation des résultats.

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