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60e ANNIVERSAIRE DE L’INDEPENDANCE : Survol de l’Eglise catholique au Congo

60e ANNIVERSAIRE DE L’INDEPENDANCE : Survol de l’Eglise catholique au Congo

Avant de parler des événements qui ont marqué l’Eglise catholique au cours des soixante-ans d’indépendance, il est bon de faire un petit survol de son histoire. En effet, en 1880, Pierre Savorgnan De Brazza, déjà connu par ses brillants et nombreux voyages dans l’Ogooué, arrivait à la mission de Landana. Dans un entretien avec le père Hyppolite Carrie, il raconta les péripéties de son dernier voyage. Il lui annonça qu’il avait conclu un important traité avec un chef de terre Batéké, Makoko Ilô 1er, dans le Haut-Congo et qu’il avait laissé sur les bords du Stanley-Pool un poste français sous la garde du sergent Malamine. Pierre Savorgnan De Brazza insista vivement auprès du père Hyppolite Carrie en lui demandant d’envoyer des missionnaires. Le choix tomba sur le père Prosper Philippe Augouard âgé à l’époque de 17 ans et demi et qui se prépara pour cet important voyage.

Soixante-ans de marche et de parcours peu reluisant
Cela fait soixante-ans que la République du Congo accéda à la souveraineté internationale. Ce 15 août 1960, en la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, le premier président du Congo indépendant, l’abbé Fulbert Youlou, prêtre de l’Eglise catholique romaine consacrait le Congo, terre des ancêtres, entre les mains de la Vierge Marie, reine du ciel, mère des nations, Notre-Dame consolatrice des affligées. Le choix de cette date n’a pas été un fait du hasard, mais pour montrer à la face du monde que le Congo est un pays béni de Dieu avec ses innombrables ressources naturelles. Mais en soixante-ans d’indépendance, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Comment faire l’inventaire des soixante années de pastorale d’évangélisation de l’Eglise catholique, amorcée en 1883 par les pères de la Congrégation du Saint-Esprit dans un pays qui a connu de profondes mutations, de transformations culturelles, économiques, politiques et sociales? Il a connu des soubresauts avec le socialisme Bantou, le socialisme scientifique, le marxiste léninisme du parti unique, parti Etat, parti congolais du travail (PCT) et le pluralisme démocratique.
Le 15 août 1960, à l’esplanade de la Mairie centrale de Brazzaville, de beaux discours furent prononcés par André Malraux, ministre d’Etat, des Affaires culturelles de la France accompagné de M. Jean Foyer, secrétaire général de la communauté, représentants le Général De Gaulle, et le président de la République Fulbert Youlou, annonçant de bonnes perspectives. Des lueurs d’espoir naissaient pour une jeune République d’environ 900.000 habitants, dont 400.000 chrétiens catholiques. Mais que d’incertitudes au lendemain de cette indépendance, puisque les décennies 65-75; 75-85; 90-2000; 2000-2010 jusqu’en 2016 ont été marquées par une série de séquences émaillées de sang, de violences et où des prélats, des prêtres, des populations innocentes furent séquestrés, torturés, martyrisés, emprisonnés, tués et assassinés pour leurs opinions. Tout commence avec les assassinats en 1965 de l’Abbé Anselme Massouemé, directeur de l’Agence congolaise d’information (ACI); Joseph Pouabou, premier président de la Cour suprême et Lazare Matsocotta, procureur de la République. Les abbés Emile Biayenda et Louis Badila, respectivement directeur spirituel et aumônier national de la Légion de Marie et premier directeur congolais de La Semaine Africaine pour ses éditoriaux poignants, ont payé le lourd tribu. A cela s’ajoutent, les «tentatives de coups d’Etat de Pierre Kinganga en 1970 et de Ange Diawara en 1972»; «le procès sur l’assassinat du président Marien Ngouabi par une Cour révolutionnaire d’exception en 1978, qui a coûté la vie à de nombreuses personnes innocentes, tuées au petit matin»; «la tragédie de la paroisse Saint Pierre Claver de Bacongo qui a fait plus de cent morts en 1996 à la suite d’une campagne d’évangélisation organisée par l’abbé Isidore Malonga Voumvouka»; «les guerres fratricides à répétition de 1993, 1997, 1998, 2916»; «l’assassinat du père Jean Guth, missionnaire français à Kindamba dans le département du Pool»; «les disparus du Beach en 1997-1998»; «l’assassinat à Mindouli, en 1998, d’hommes d’Eglise, membres du Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes du Congo en mission du Comité de suivi des accords de cessation des hostilités dans le département du Pool». Tous ces événements ont ébranlé le moral des populations congolaises, mais la Vierge Marie, Notre-Dame consolatrice des affligées, a toujours été aux côtés de ses enfants en pleurs et en détresse. A propos de l’arrestation de l’abbé Emile Biayenda torturé du 9 février au 24 mars 1965, soit quarante-quatre jours, Mgr Théophile Mbemba, archevêque métropolitain de Brazzaville d’illustre mémoire, dans une lettre circulaire du dimanche 21 février, aux curés des paroisses soulignait: «Notre cher Congo est en train de traverser des jours d’épreuves. Epreuves pour l’Eglise du Christ, qui connaît en ces jours, des souffrances qu’elle n’avait jamais encore endurées depuis sa fondation au Congo… ».
Le plus grand et triste souvenir que l’Eglise catholique garde comme une encre indélébile au cours de ses 60 ans d’indépendance, ce sont les assassinats du président Marien Ngouabi le vendredi 18 mars et du cardinal Emile Biayenda le mardi 22 mars 1977. En effet, le vendredi 18 mars, à 11 heures peu avant son assassinat, le président Marien Ngouabi avait accordé une audience à Son Eminence le cardinal Emile Biayenda qui était accompagné d’une religieuse de la Congrégation des sœurs de Saint Joseph de Cluny pour parler du terrain de Javouhey qui faisait l’objet d’une dispute par tierces personnes, oubliant que c’était une propriété de la Congrégation des sœurs de Saint Joseph de Cluny, donc de l’Eglise catholique. Cette audience était bel et bien programmée à cette date et à cette heure-là selon les sources officielles. C’est à partir de 14 heures que le cardinal Emile Biayenda a entendu des coups de feu en direction de l’Etat-major situé à l’époque des faits en face de la Mairie centrale. Une première information qui colle aux oreilles du cardinal, le président serait blessé au cours d’un affrontement (avec qui, on ne sait pas…). Quatre jours après, le mardi 22 mars dans l’après-midi, le cardinal est enlevé par trois personnes venues le chercher à l’archevêché à bord d’une jeep militaire.
A propos de cet assassinat, voici le témoignage pathétique et poignant de l’abbé Sébastien Zoubakela, jeune prêtre à l’époque de l’assassinat du cardinal Emile Biayenda puisqu’ordonné en juin 1976. «Ce matin du 22 mars, j’avais rendu visite au prélat pour lui proposer de se déplacer hors de Brazzaville afin d’être à l’abri des tensions des populations qui montaient déjà, suite à l’assassinat du président de la République, ainsi que de l’insécurité qui régnait à Brazzaville. Le cardinal Emile Biayenda n’a eu qu’une seule réponse: Où allez et que deviendra le peuple de Dieu qui m’a été confié? Non, je reste sur place et je vais suivre attentivement l’évolution de la situation», avait-il retorqué. Dans la même foulée de ces tristes jours de mars, donc le 25, le président Alphonse Massamba-Débat est tué, avec plusieurs autres personnalités. C’était des périodes sombrent vécues par le peuple congolais et l’Eglise catholique. Malgré ces actes odieux qui ont mis à mal la conscience du peuple de Dieu, l’Eglise à apporter et continue d’apporter beaucoup de choses aux populations, même dans les moments difficiles. Elle s’adapte aux situations profanes, pour mieux jouer son rôle de civilisateur et faire entendre son message. En soixante-ans d’indépendance, c’est le diocèse de Kinkala, mieux le département du Pool qui a été le théâtre des affrontements meurtriers, tribales et ethniques. Des églises saccagées, détruites et profanées. Hormis les événements malheureux qui ont jalonné les soixante-ans d’indépendance, nous avons épinglé quelques événements heureux: «Création de la Congrégation des religieuses congolaises du Rosaire par Mgr Théophile Mbemba en 1971»; «Etablissement des relations diplomatiques entre l’Etat de la Cité du Vatican et la République populaire du Congo, avec l’installation du siège de la nonciature apostolique en 1977:»; «La visite du Pape Jean-Paul II le 5 mai 1980 à Brazzaville et s’étant recueilli sur la tombe du premier cardinal du Congo en la cathédrale Sacré-Cœur»; «la commémoration du centenaire de l’évangélisation du Congo en 1983, ponctuée par les ordinations épiscopales de deux évêques: Hervé Itoua, évêque de Ouesso et Anatole Milandou, qui sera tour à tour évêque auxiliaire de Brazzaville, évêque résidentiel du nouveau diocèse de Kinkala en 1987 et archevêque métropolitain de Brazzaville en 2001»; «la tenue des assises de la conférence nationale souveraine en 1991 qui consacra la rupture du mono partisme et le passage au pluralisme démocratique, avec pour président du présidium, Mgr Ernest Kombo»; «la tenue à Brazzaville des Assemblées plénières de l’Association des conférences épiscopales de la région de l’Afrique centrale (ACERAC) en 1996 et 2014»; «l’ouverture du procès de béatification et de canonisation du cardinal Emile Biayenda en 1996»; «l’ouverture et la clôture du jubilé de l’An 2000»; «Création de la Communauté des sœurs Oblates de Notre-Dame apostolique de Lourdes, par Mgr Barthélémy Batantu en 1998»; «Création de la Congrégation des sœurs servants de CANA, par Mgr Ernest Kombo»; «Avril 1997 et juillet 2011, présidence de l’ACERAC»; «commémoration du 125ème anniversaire de l’évangélisation du Congo en 2008»; «Visites de leurs Eminences les cardinaux Ivan Diaz, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples; Pietro Parolin, secrétaire d’Etat de la Cité du Vatican du 2 au 4 février 2017, à l’occasion de la signature de l’Accord-cadre entre le Saint Siège et la République du Congo et la commémoration des 40 ans de l’établissement des relations diplomatiques entre le Congo et le Saint Siège; Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, en République Centrafricaine du 9 au 17 octobre 2017». Enfin, la tenue régulière des différentes rencontres annuelles de la Conférence épiscopale du Congo qui sont jusqu’à ce jour au nombre de 48, avec des thèmes divers et variés, parmi lesquels: «La paix est un don du Dieu unique. Croyants (chrétiens et musulmans), consolidons ce don au Congo, du 10 au 16 octobre 2016», «Regard sur l’œcuménisme, les Eglises de réveil et les nouveaux mouvements religieux au Congo Brazzaville, du 9 au 15 octobre 2017», «Jeunesse congolaise et identité chrétienne, du 26 novembre au 2 décembre 2018»; «Le Chrétien dans la société, du 7 au 13 octobre 2019». Aussi, les évêques du Congo ont adressés plusieurs messages et lettres ouvertes au pouvoir public concernant la bonne gouvernance et sur des sujets d’actualité.

Pascal BIOZI KIMINOU
(A suivre)

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Heure de Brazzaville

26 septembre 2020, 04: 07

Editorial

MUTATIONS?

Ni les quatre ans passés depuis les dernières élections, ni la période de confinement que nous venons de subir ne semblent avoir prise sur nous. Oui, nous nous plaignons bien des gênes occasionnées par les masques contre la COVID-19, dénonçons l’inutilité du couvre-feu nocturne, donnant à voir l’impossibilité à maintenir une distanciation dans les marchés, les guichets et les quartiers. Mais dans la réalité, l’impact profond que nous étions en droit d’attendre d’un tel chambardement du monde a du mal à se dessiner.

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