Diocèse de Pointe-Noire : La paroissse Notre-Dame de l’Assomption fête ses 60 ans

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A l’occasion de la célébration du soixantième anniversaire de la bénédiction de l’église Notre-Dame de l’Assomption de Pointe-Noire, le 8 décembre 2013, à 9h00, je tiens à exprimer ma joie sous forme d’aperçu historique, pour faire entrer tous les paroissiens dans l’ambiance socio-religieuse de cette fête. Nous lisons dans «Les Annales Apostoliques» de juin 1953, que la construction de l’église Notre-Dame de l’Assomption s’inscrit dans le contexte du développement de la ville de Pointe-Noire

«L’Européen a conçu Pointe-Noire comme le port de l’A.e.f. et l’aboutissement sur la côte du C.f.c.o; l’administration fédérale l’a couronnée capitale du Moyen-Congo; Le vicaire apostolique en a fait sa résidence définitive. Peu à peu, Pointe-Noire a pris une importance de premier ordre que l’avenir ne fera qu’accentuer».

La ville de Pointe-Noire doit son origine à la décision du gouverneur général Augagneur, en juin 1921, de désigner ce lieu comme terminus maritime de la ligne du chemin de fer à construire entre le Stanley Pool et l’atlantique. Jusqu’ici, les vicaires apostoliques résidaient à Loango.
Le 4 avril 1946, Rome accepte la démission de Mgr Henri Friteau. Le 13 février 1947, le père Jean-Baptiste Fauret, auparavant missionnaire au Gabon, est nommé vicaire apostolique de Loango. Vu l’importance prise par la ville de Pointe-Noire et le déclin progressif de Loango, il s’installe à Pointe-Noire, le 29 août 1948, précisément, à Notre-Dame del Sasso, sur l’emplacement actuel de l’évêché de Pointe-Noire.  Le 20 janvier 1949, par décision du Pape Pie XII, le vicariat apostolique de Loango devient vicariat apostolique de Pointe-Noire.

Désormais installé à Pointe-Noire, Mgr Jean-Baptiste Fauret désirait qu’une belle église manifestât au milieu de la ville européenne, qui s’est tellement développée depuis plusieurs années, le signe éclatant de la présence chrétienne à Pointe-Noire. Grâce au dévouement de la population européenne, organisant kermesses sur kermesses, le rêve devient petit à petit une réalité. D’où la pose de la première pierre de l’église Notre-Dame, le 27 avril 1952, par le gouverneur français Le Layec qui, non seulement s’était montré favorable au projet, mais avait offert gracieusement le terrain nécessaire à la construction, dans le cadre du lotissement de la ville naissante de Pointe-Noire.

Mgr Jean-Baptiste Fauret a dû faire une demande d’Indult à Rome, pour solliciter le privilège accordé par le Pape, autorisant la célébration de l’Assomption, le 20 décembre 1953, à l’occasion de l’inauguration de l’église Notre-Dame, pour trois raisons essentielles: «Ce jour du 20 décembre 1953 (1), a lieu l’inauguration solennelle de cette église dédiée à la Bienheureuse Vierge Marie (2) dont l’Assomption sera la fête titulaire (3)» (Extrait du texte de la demande d’Indult, du 31 octobre 1953, du vicariat apostolique de Pointe-Noire, A.e.f). Ce fut le projet, longtemps caressé, que Mgr Fauret entendit mener à terme dès son installation dans cet auguste territoire du Maloango.

L’église Notre-Dame sera le plus éloquent ex-voto de l’année mariale 1953. Ce n’était pas la cathédrale, comme on le disait, car celle-ci devait être édifiée plus tard, aux confins de la ville africaine et de la ville européenne, comme un témoignage d’union entre les blancs et les noirs, qui dans le Christ, ne se distinguent plus les uns des autres. La cathédrale où siège de l’évêque diocésain sera l’église Saint-Pierre Apôtre de Pointe-Noire, du moins depuis l’accession à l’épiscopat en 1975 de Mgr Godefroy-Emile Mpwati, premier évêque congolais de Pointe-Noire. Cependant, l’église Saint-Pierre était à l’origine, un édifice provisoire.

La bénédiction solennelle de l’église Notre-Dame, le 20 décembre 1953, fut présidée par Mgr Marcel Lefebvre, délégué apostolique pour l’Afrique française, en présence de Mgr Maury, président du conseil central des O.p.m (Œuvres pontificales missionnaires) de Lyon, des vicaires apostoliques du voisinage, NN.SS. Biéchy de Brazzaville, Verhille de Fort-Rousset, Adam de Libreville, et de nombreux pères, abbés et frères, venus d’un peu partout du vicariat. Il adressa particulièrement la parole, à l’issue de la cérémonie, à l’immense foule européenne et africaine, que l’édifice avait peine à contenir, parmi lesquels: le gouverneur Rouys, chef du territoire, le général Morel, commandant supérieur des Forces armées de la zone de défense A.e.f.-Cameroun, MM Descottes, secrétaire général du moyen Congo et Prevost, son chef du cabinet, Mme et M. Olive, administrateur-maire, MM Lorion, consul de France au Congo-Belge et Lefebure, consul de Grande-Bretagne à Pointe-Noire, le Colonel Souchard, commandant militaire du moyen-Congo-Gabon, Mme et M. Alazard, architecte de l’église Notre-Dame, MM Le Roux, directeur de la Sima et Burck, directeur des chargeurs-réunis, Mme et M Pia, directeur d’Efiac, l’entreprise de construction, avec MM. Delory, chef du chantier spécial de Notre-Dame, et Wauters, papa du père Pierre Wauters, directeur de la Cafra, MM. Tchitchelle, Menga, Gourgout, Humbert, Dreyer-Dufer, conseillers du territoire, M. Pierre André, secrétaire général du comité pour la récolte des fonds. L’assistance pouvait s’estimer à plus de 1.500 personnes.  

Par délicatesse pour la Propagation de la foi, dont les missionnaires appréciaient le concours, c’est à Mgr Maury qu’échut l’honneur et la joie de procéder à la bénédiction liturgique de l’église, en tant que directeur des O.p.m du secteur de Lyon qui, en France, se dévouait pour faire connaître et aider les missions. Enfin, Mgr Jean-Baptiste Fauret célébra la messe chantée par la chorale et par la foule dans un pur grégorien. En effet, à la tribune, la chorale se manifesta pour la première fois et le fit avec grande compétence. De l’avis de tous, il était rare de trouver une exécution du chant grégorien aussi riche dans nos villes d’Afrique.

L’homélie fut prononcée par Mgr Lefebvre: il remercia tous ceux qui avait collaboré à l’édification de la cathédrale, soulignant la nécessité d’une église dans la cité et insistant sur le besoin de Dieu qui est inné en l’homme comme celui de s’approcher de Lui. Il fit référence au Christ, Dieu, venu vers les hommes et dont tout dans cette église parlait de lui: les fonds baptismaux, les confessionnaux, la table de communion, l’autel, la forme en croix de l’édifice lui-même, avant de conclure par cette affirmation: «Une société sans église est une société qui se meurt», car, poursuivit-il: «il ne suffit pas d’un monument pour louer Dieu, il faut une chrétienté qui y vienne puiser vie: vie personnelle, familiale, sociale». Enfin, pour témoigner à M. Alazard, architechte de Notre-Dame, l’admiration et la reconnaissance de l’église, Mgr Lefebvre, légat du Pape, lui remit, au nom du Souverain pontife, le Pape Pie XII, «la croix de chevalier de l’ordre de Saint Grégoire le Grand».
En effet, «ku dâle!», c’est la traduction en langue vili, du mot «la dalle» (plaque horizontale en béton), qui désigne en langue locale: «la ville», cité européenne. Comme une mariée parée de pureté, Notre-Dame de Pointe-Noire attendait le jour où la bénédiction lui apporterait la consécration nécessaire pour la destiner au culte. C’est assez dire qu’elle répond tout à fait et désormais à son emploi.
La paroisse est presqu’exclusivement européenne, l’église étant située en «ville», «ku dâle», en plein centre administratif et commercial, ainsi décrite: «Une flèche dressée vers le ciel dans la plaine du Kouilou (…) un rappel de l’au-delà au-dessus des docks, des maisons de commerce, des banques, de la gare et palais administratif (…) Notre Dame de Pointe-Noire est plus qu’un bel édifice, c’est un symbole (…) Point de repère pour les navigateurs, elle est en même temps le signe de la pénétration chrétienne dans le Loango, porte de l’intérieur congolais ». (cf. «Les annales de la population de la France» (2ème trimestre 1954). A partir de ce jour, deux missionnaires spiritains, les pères Charles Baumgarten et Ernest Ozanna furent affectés à la paroisse Notre-Dame de l’Assomption et s’installèrent dans un presbytère provisoire, à proximité de la nouvelle église.

La dernière étape non moins importante de la construction de l’église Notre-Dame fut la bénédiction de ses trois clôches. La première, baptisée «Odile», fut offerte par M. et Mme Ottino, à l’occasion de leur mariage. Le nom d’Ottino resta désormais gravé dans l’histoire de Notre-Dame ou tout simplement, dans l’histoire de Pointe-Noire dont l’hôtel de la préfecture porte le nom. 421 Kg de poids nu avec bâton et de tonalité Si bémol. Elle portait, gravé sur son cercle, le texte suivant: «J’ai été nommée Odile comme la patronne de l’Alsace, par M. Jean Ottino et Mme Odile Ottino de Strasbourg, mes donateurs et mes parrain et marraine. Son excellence Mgr Jean-Baptiste Fauret, vicaire apostolique de Pointe-Noire m’a baptisée, le 12 décembre 1954. Que les habitants de Pointe-Noire entendent ma voix et ouvrent les yeux à la lumière céleste» (cf. Afp du 21 décembre 1953).

La deuxième cloche baptisée «Madeleine» est celle de l’ancienne église de l’évêché, offerte par un pensionnat de Paris, avec 168 kilos et de tonalité Ré. Il restait à trouver la troisième. D’où ce cri du cœur de  Mgr Fauret dans une de ses correspondances: «Le jour où notre clocher aura trois cloches et l’harmonie du joyeux carillon  Re-Sib-Fa lancé à travers l’espace montera vers le ciel et attirera sur notre cité les bénédictions divines» (cf. Afp du 21 décembre 1953). Finalement, ce vœu fut exaucé, et le 23 octobre 1955, eut lieu la bénédiction de la troisième et plus grosse cloche, baptisée «Bernadette» et offerte par les fidèles de la paroisse. Le carillon de l’église fut  complété, se composant ainsi : Madeleine (168 kilos, tonalité: Ré), Odile ( 421 kilos, tonalité : Si bémol ) et  Bernadette ( 950 kilos, tonalité: Fa ). Parmi les donateurs locaux, il y eut une foule immense de bienfaiteurs anonymes.  

J’arrive à Notre-Dame, après le départ en 1980, du père Jean Bassot, dernier spiritain à Notre-Dame, au moment où la paroisse est confiée au clergé diocésain, après les abbés Therrien, prêtre fidei donum français et Séraphin Tchicaya, prêtre diocésain, curé de 1983 à 1985. J’ai été deux fois curé de Notre-Dame (1985-1989 et 1999-2001) et me suis beaucoup intéressé à l’histoire de la construction de cette belle église. J’ai déjà écrit et publié un aperçu historique, au mois de novembre 2003, intitulé: «Eglise Notre-Dame de l’Assomption de Pointe-Noire-La Cinquantenaire». Cet article, à la demande de «La Lettre de Notre-Dame», organe du comité d’organisation du soixantième anniversaire, n’en est qu’un petit résumé. J’ai su mettre à profit, les archives de Notre-Dame, faites d’échanges de lettres parfois manuscrites inédites du vicaire apostolique avec les différents acteurs et opérateurs de ce projet. Il s’agit d’écrits dont le contenu révèle d’une part l’implication personnelle de Mgr Fauret dans la réalisation de ce projet, et d’autre part apporte un éclairage sur l’histoire de la construction de l’église Notre-Dame de Pointe-Noire. Cette histoire, sous forme d’annales, ou de chroniques, reçoit ici sa double mission de travail littéraire et d’entreprise cognitive rigoureuse: «pas d’historien sans art d’écrire». Mon souhait est que la lecture de cet article accompagne la célébration du soixantième anniversaire de l’église Notre-Dame de l’Assomption, «Etoile de mer», voulue par Mgr Jean-Baptiste Fauret, d’agréable mémoire, vicaire apostolique de Loango (1947-1949), vicaire apostolique de Pointe-Noire (1949-1955) et premier évêque du diocèse de Pointe-Noire (1955-1975): Une église, Sanctuaire mariale à l’occasion de l’année mariale 1953, une église tout en ciment avec le matériau du terroir, une église digne de Pointe-Noire, ville en plein développement: «Point de repère pour les navigateurs (…) porte de l’intérieur congolais», une église qui est tout un symbole: «Une flèche dressée vers le ciel dans la plaine du Kouilou, un rappel de l’au-delà au-dessus des docks, des maisons de commerce, des banques, de la gare et palais administratif (…) plus qu’un bel édifice, c’est un symbole».
Bonnes Fêtes de la paroisse  Notre-Dame de l’Assomption de Pointe-Noire et Bonnes Fêtes de fin d’année à toutes et à tous!

Abbé Alphonse TATY-MBOUMBA
Curé de la Paroisse Saint Gabriel de Tourlaville
(Tourlaville, Bretteville-en-Saire, Digosville,  Mesnil-au-Val)
Diocèse de Coutances et Avranches (France).

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