9ème Dimanche Ordinaire A : «Faire la volonté de mon Père»

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Textes: Dt 11,18-32; Rm 3,21-28; Mt 7,21-27

Bien chers frères et sœurs!

Pour ce dimanche, Jésus précise, comme il le fait de temps à autre, les titres d’appartenance au nouveau Royaume. A quel signe pourra-t-on reconnaître ceux qui lui appartiennent? Or Jésus commence son exposé par une mise en garde. En ce domaine, l’illusion semble possible et même fréquente. Il peut y avoir un conformisme extérieur qui trompe. Quelqu’un pourrait réaliser un ensemble de traits caractéristiques du Royaume, sans y appartenir vraiment, être un loup déguisé en brebis. Un discernement rigoureux s’impose donc. Car l’arbre s’apprécie par la qualité de ses fruits. Mais quels sont les fruits vraiment bons, qui sont ceux du Royaume? C’est ici que les règles du discernement spirituel s’avèrent délicates. Les apparences peuvent tromper, même si elles sont de fait au service du Royaume et peuvent même lui profiter grandement. Ainsi, il y a des prophètes qui sont des faux-prophètes. Non pas que leur action sur les autres ait été sans effet. Au contraire, ils ont prophétisé au nom de Jésus; en son nom ils ont chassé des démons, ils ont même fait bien des miracles. Et cependant Jésus ne les reconnaîtra pas au dernier jour. Il les reniera même solennellement: «Je ne vous ai jamais connus. Ecartez-vous de moi, vous qui faites le mal»!

Mais, si l’efficacité de l’action extérieure n’est pas un critère sûr d’appartenance au Royaume, peut-être la profondeur du cœur pourrait-elle en être un? Avant d’aller vers nos frères et sœurs, ne faut-il pas clarifier notre relation avec Jésus? Mais ici encore l’illusion demeure possible: «Il ne suffit pas de me dire: Seigneur, Seigneur, pour entrer dans le Royaume des cieux». Pourtant, dire «Seigneur» à Jésus, c’est sûrement lui appliquer le nom de Dieu, c’est confesser sa divinité. Acte de foi et acte de prière donc, peut-être la formule la plus ancienne de prière, par laquelle on invoquait Jésus en répétant son nom de Dieu? Mais la ferveur ou la longueur de nos prières ne constituent pas encore en elles-mêmes les critères décisifs de notre appartenance à Jésus. Celui-ci nous l’a rappelé: certains ont été condamnés pour leur longue prière comme le note Mathieu au chapitre 6 verset 7. De même, il n’y a pas de vraie spiritualité là où l’homme qui prie demande tout à Dieu et n’entend pas, de son côté, que Dieu lui demande des sacrifices pour lui et pour le bien du prochain, alors que le but premier de tout sacrifice est de nous rappeler la gratuité de notre propre existence comme «don».

Cela signifie qu’il n’y a pas véritablement de spiritualité sans cette ouverture à ce qui élève l’esprit et le corps vers le «plus» de la transcendance et sans ce désir de construire des vraies conditions de paix et de béatitude. Une spiritualité qui privilégie l’une au détriment de l’autre devient idolâtrie ou mystification. En d’autres termes, la vraie spiritualité est celle qui, tout en permettant à l’homme d’accéder à un certain bien-être, éveille en lui le sentiment et les capacités de la générosité et de la gratuité envers le Transcendant et le prochain.

Ce n’est donc pas en invoquant uniquement le nom de Jésus que l’on entrera dans le Royaume, «mais c’est en faisant la volonté de mon Père», ajoute Jésus. Comme elle le sera pour Jésus à l’heure de l’agonie, la volonté du Père est le critère décisif de notre appartenance au Royaume. Non pas une volonté qui fasse peur, mais une volonté qui nous incline doucement comme par amour. Non pas un vouloir tyrannique imposé de l’extérieur, mais une source d’amour au plus profond de nous-mêmes, la douce joie de Dieu, son bon plaisir, son dessein de tendresse qui nous concerne et nous enveloppe. Mais, autant la prière monte sur toutes les lèvres pour réclamer à Dieu une assistance en temps de danger et de disette, autant le Congo, notre pays ne s’est pas senti aussi mal et ne s’est pas présenté aussi misérable. Donc, notre foi en Dieu doit nous pousser à la promotion de la vie en soi-même et en autrui et qui doit lutter pour que cette vie soit respectée, pas seulement pour le bien personnel, mais aussi pour le bien et l’harmonie de la collectivité des hommes destinés au même bonheur.

Saturnin Cloud BITEMO, Sj
Maison Saint Ignace (Brazzaville)