Témoignage de Mgr Joseph Marie Ngoui sur Mgr Théophile Mbemba et le Cardinal Emile Biayenda : «Ces deux pasteurs m’ont beaucoup marqué par la similitude de leur caractère et de leurs vertus»

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Profitant de son  passage à Bangui, en République centrafricaine, l’abbé Germain Boueillad Boua Kongo, curé de la paroisse Notre Dame des Victoires de Pounga (Mayombe Sud), dans le diocèse de Pointe-Noire, a rencontré le doyen des prêtres centrafricains, Mgr Joseph Marie Ngoui, ancien du petit séminaire de Mbamou et du Grand séminaire Libermann (1947-1957). A 84 ans, il est directeur spirituel du moyen séminaire Saint-Paul de Bangui. Il nous livre, ici, son témoignage sur Mgr Théophile Mbemba et sur le Cardinal Emile Biayenda, qu’il a personnellement connus.

* Mgr Ngoui, quatrième prêtre autochtone de Centrafrique, vous êtes, actuellement, le doyen des prêtres du pays, et vous avez été ordonné à Brazzaville, affirme-t-on?

** Comme avait l’habitude de dire mon aîné, l’abbé Barthélemy Boganda, le premier prêtre oubanguien, je suis Centrafricain et Congolais. En effet, comme mon aîné, j’ai passé une très bonne partie de ma jeunesse au Congo, de 1947 à 1957, soit dix ans. J’ai regagné l’Oubangui, mon pays, en 1957, après mon ordination sacerdotale, le  7 octobre 1956, en la basilique Sainte Sainte-Anne du Congo, par Mgr Michel Bernard, alors archevêque de Brazzaville. Nous étions trois à être ordonnés, ce jour-là: Georges Firmin Singha, Emile Okoumou et moi, votre vieux: Joseph Marie Ngoui: on nous appelait les triplés de Notre-Dame du Rosaire. Oh! Je garde encore de très bons souvenirs de cette belle célébration dans la basilique Sainte-Anne du Congo et des fêtes organisées par les communautés chrétiennes de Poto-Poto et de Bacongo. Je me sentais chez moi tant nous étions entourés de l’affection et de l’amitié de nos frères et sœurs du Congo. Comme tu le constates, mon cher cadet, je connais non seulement Mgr Mbemba, mais aussi, le Cardinal Emile Biayenda et tant d’autres prêtres congolais.

* Pouvez-vous nous dire comment vous les avez connus et quelles étaient vos relations avec eux?

** J’ai connu non seulement Mgr Mbemba et le Cardinal Emile Biayenda qui fut mon grand ami au petit séminaire de Mbamou mais d’autres anciens comme les abbés Auguste Roch Nkounkou, curé de Goma-Tsétsé; Fulbert Youlou, votre premier président; Cyrille Yengo; Antoine Maloumbi, pour ne citer que ceux-là. En effet, comme vous devez peut-être le savoir mon cher cadet, jadis, Bangui n’avait ni petit séminaire ni grand séminaire. L’évêque de Bangui, Mgr Marcel Grandin envoyait ses séminaristes au Cameroun. Barthélemy Boganda a fait son séminaire au Congo et au Cameroun. II me semble même que beaucoup de vos aînés ont fait aussi le Cameroun y compris Mgr Mbemba, Antoine Maloumbi et Raphaël Ndeko. Mais, en décembre1946, le Grand séminaire Libermann, ayant ouvert ses portes pour les grands séminaristes de l’Afrique équatoriale française, Mgr Grandin rappelle tous ses séminaristes et les dirige sur Brazzaville.

* Par quel moyen vous déplaciez-vous?

** On voyageait toujours en bateau. «Alphonse Fonfere», c’était le nom du bateau que nous prenions souvent. On faisait dix à douze jours pour atteindre Brazzaville. Pour nous, c’était très agréable! Nous faisions la cuisine nous-mêmes et nous mangions beaucoup de poissons. Tandis que notre aîné Albert Lingo, condisciple de Cyrille Yengo, entrait au Grand séminaire Libermann, le petit séminaire Saint-Paul de Mbamou nous ouvrait ses portes, le 12 mars 1947, accueillis par le père Jean Morizur, directeur. L’abbé Théophile Mbemba, professeur, père Grivaz, père Lucien Soufier, directeur spirituel; je crois qu’il y avait aussi un frère religieux congolais, le frère Marie Joseph, il s’occupait de l’économat.

* Quels sont les séminaristes qui vous ont accueillis à votre arrivée à Mbamou?

** Parmi les séminaristes qui ont couru nous recevoir et porter nos valises figurait Ie sympathique et souriant Emile Biayenda, le grand «popotier», comme on l’appelait car c’est lui qui préparait souvent à manger. Ensuite, il y avait ceux de ma classe de seconde comme: Emile Okoumou, Georges Firmin Singha, Jacques Okoko; ceux de la première: Jules Kiyindou, auxiliaire, Félix Bekiabeka et quelques élèves de troisième dont je me souviens: Antoine Létembet Ambili, Barthélemy Batantou, Louis Badila, Fulgence Matha, Fulgence Samba, Sylver Tsama, Placide Saminou, François d’Assise Ntari, François Ofassa, Albert Nganga, Calixte Malonga, Georges Makonzou, sans oublier mon ami Christophe Malonga. C’était la belle époque, la jeunesse!

Par la suite, l’abbé Théophile Mbemba sera affecté comme curé à la paroisse Notre-Dame du Rosaire de Bacongo. Ordonné diacre, en 1955, le curé Mbemba m’invitera tous les week-ends pour venir l’aider, le dimanche: homélie, distribution de la communion et même pour le baptême des enfants. C’est là que j’ai apprécié les qualités pastorales de ce curé pieux, patient, ordonné, dévoué et aimé de tous.

* Que dites-vous du Cardinal Emile Biayenda?

** Au moment où je regagnais Bangui, Emile Biayenda n’était pas encore ordonné prêtre. Mais, on se connaissait très bien au Grand séminaire Libermann où il nous avait rejoints un an après. II fut vraiment pour moi un grand ami. Souvent, on nous confiait les mêmes charges à gérer: la porcherie, le poulailler, le  jardin. On s’aimait bien et on se taquinait aussi bien. Quand ses parents venaient de Kindamba pour le visiter, il me demandait de l’accompagner au parloir selon le règlement du séminaire. C’est ainsi que j’ai connu son père et sa petite sœur qui deviendra religieuse de Saint Joseph de Cluny: Sœur Solange Lozi qui continue encore aujourd’hui à m’écrire et à m’appeler son grand-frère.

Comme tu le constates mon cher cadet, je connais donc bien et très bien nos deux prélats qui font l’honneur, la fierté, de l’Eglise du Congo et de l’Afrique centrale. Mgr Mbemba fut nommé premier archevêque congolais après Mgr Michel Bernard et Mgr Biayenda, premier Cardinal de l’Afrique centrale. Notons en passant que Mgr Mbemba est le fondateur des Religieuses congolaises du Rosaire et des frères de Saint-Joseph.

* Quels souvenirs gardez-vous de ces deux prélats et quel message lancez-vous à vos sœurs et frères du Congo à l’occasion de «l’année Mgr Théophile Mbemba» dont vous parlez avec tant d’amour et d’émotion?

** Chaque fois que j’ai eu l’occasion de me rendre à Brazzaville, mon premier geste est d’aller m’incliner et de prier sur les tombes de Mgr Mbemba et du Cardinal Biayenda, tombes toujours fleuries et illuminées par les visiteurs.

Vous me demandez de résumer, en quelques mots, mes vieux souvenirs sur ces deux personnages de l’Eglise du Congo. A vrai dire, mon cher cadet, je suis très embarrassé car ces deux pasteurs m’ont beaucoup marqué par la similitude de leurs caractères et de leurs vertus: bonté, douceur, simplicité, humilité, piété, dévotion à la Sainte Vierge Marie, zèle pastoral et dynamisme dans le service de Dieu et des hommes. En un mot, des pasteurs qui ont su remplir leur tâche de pasteur du troupeau. «Le curé d’Ars»! Tel était surnommé l’abbé Emile Biayenda par ses paroissiens.

Propos recueillis par 
l’abbé Germain BOUEILLAD BOUA KONGO

 

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