Déclaration finale de la rencontre triennale de Justice et Paix Acerac à Douala (Cameroun) : «Contribuer à la transformation des conflits et à la promotion de la justice en Afrique centrale»

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Venus du Congo, du Gabon, de la République Centrafricaine, du Tchad, de la Guinée Equatoriale et du Cameroun, les membres des commissions Justice et Paix de l’Association des conférences épiscopales de la région de l’Afrique centrale (Acerac), se sont réunis dans la salle de conférence de la cathédrale Saints Pierre et Paul de Douala, du mardi 15 au samedi 19 février 2011. Avec la participation du 1er secrétaire général adjoint du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (Sceam), et des délégués des commissions Justice et Paix de l’Aceac venus du Burundi, du Rwanda et de la République Démocratique du Congo, ils ont réfléchi autour du thème: «Transformer les conflits pour une paix durable en Afrique centrale à la lumière du deuxième synode de l’Eglise pour l’Afrique».

Placées sous la présidence de Son Excellence Mgr Timothée Modibo, évêque de Franceville au Gabon et président de l’Acerac, et en présence du président de la Conférence épiscopale du Congo et des présidents des commissions nationales Justice et Paix du Gabon et de la République Centrafricaine, ces assises ont commencé par une cérémonie d’ouverture. Au cours de ladite cérémonie, le secrétaire général de la région, prenant la parole au nom du gouverneur de la région du Littoral, a relevé le rôle important que l’Eglise catholique joue dans la promotion de la dignité humaine dans les pays de la sous-région. Il a exprimé un vœu de plein succès aux travaux en espérant qu’ils donneront aux commissions Justice et Paix de mieux accomplir leur mission.

Dans son allocution d’ouverture, le président de l’Acerac a salué les participants et exprimé sa gratitude à l’endroit de Misereor, du Secours catholique et de Crs, organisations partenaires dont l’appui a permis à la rencontre de se tenir. Il a rappelé l’invitation du deuxième synode de l’Eglise pour l’Afrique à tous les hommes et femmes d’être: «Sel de la terre», «Lumière du monde». Il a souligné l’importance du thème de la rencontre qu’il a qualifié de «programme fondé dans l’espérance que l’enseignement de Jésus-Christ, porté aujourd’hui par l’Eglise dans ce monde en proie aux injustices et aux violences multiformes, peut être le levain d’une transformation positive». «Si la justice ne devient pas réalité au quotidien pour plus de citoyens et de citoyennes, a-t-il dit, il est à craindre que s’ébranle un jour la relative paix dans laquelle vit la quasi-totalité de nos pays aujourd’hui».

La rencontre Justice et Paix Acerac 2011 a été un moment propice pour porter un regard rétrospectif sur le chemin que les commissions Justice et Paix ont parcouru  pour contribuer modestement à la transformation des conflits et à la promotion de la justice dans la sous-région d’Afrique centrale. Elle a aussi été, un temps de grâce,  pour préparer la terre au nouvel ensemencement de l’enseignement que l’Eglise s’apprête à donner officiellement sur la réconciliation, la justice et la paix à travers la promulgation attendue de l’Exhortation apostolique post-synodale de la deuxième assemblée spéciale des évêques pour l’Afrique.

Les participants ont tiré des leçons de la participation de l’Acerac à la préparation et aux assises de cette deuxième assemblée. Ils ont relevé pour s’en féliciter la démarche participative qui a permis aux chrétiens de différents ordres d’apporter leur contribution au synode par les réponses données au linéamenta et l’examen de l’instrumentum laboris y afférent. Ils ont toutefois regretté le caractère très limité de la mobilisation des communautés autour de la thématique du synode dans la sous-région. Ils ont résolu de veiller, dès la promulgation de l’Exhortation apostolique, d’en faire une large diffusion à travers tous les moyens de communication et de veiller à ce que son message illumine effectivement la vie des chrétiens, des hommes et femmes de bonne volonté.

Ils ont aussi bénéficié des échanges d’expériences à travers la présentation et la discussion des rapports nationaux. Ils ont ainsi noté la riche diversité des initiatives de Justice et Paix répondant aux besoins spécifiques des communautés paroissiales, diocésaines et nationales. Du suivi des élections à la médiation des conflits intercommunautaires, de l’implication dans les campagnes «Publiez ce que vous payez», dans l’initiative de transparence des industries extractives à l’éducation à la citoyenneté, de la promotion des droits humains par les programmes d’assistance juridique, de la prévention des conflits par des plaidoyers en faveur de la justice à l’éducation aux valeurs et à la paix. Les commissions Justice et Paix ont apporté leur modeste contribution à l’accalmie observée aujourd’hui dans la quasi-totalité des pays de la sous-région.

Seulement, le silence des armes et l’absence de violence à grande échelle n’est pas signe de paix. Plusieurs braises restent encore ardentes dans notre région où la plupart des pays s’acheminent inéluctablement et par la force de l’histoire, vers de périodes de transition démocratique qui appelle à la vigilance et à des initiatives proactives pour renforcer les acquis de l’actuelle paix relative. L’abondante richesse de notre sol et de notre sous-sol contraste encore avec la misère qui est le lot quotidien d’une grande partie de notre population. Si l’on peut reconnaître une avancée avec la publication et la budgétisation des revenus du pétrole par certains de nos pays, l’interrogation demeure quant à l’effectivité de leur utilisation pour le bien commun. Les activités des multinationales ont encore un impact négatif sur la vie des communautés.

Plusieurs autres défis, relatifs à la justice et à la paix, se posent encore urgemment aujourd’hui en Afrique centrale.

- La diversité ethnique, potentielle source d’enrichissement mutuelle est manipulée par des politiciens, au point de devenir source de conflits violents.

- La marche vers la démocratie est encore à améliorer au regard, dans la plupart de nos pays, d’un cramponnement de la classe dirigeante au pouvoir et des différends liés aux élections à l’approche desquelles monte le risque d’explosion sociale.

- L’absence d’une réelle participation des citoyens au processus de prise de décision, conjointement avec la gangrène sociale qu’est la corruption, exige de s’interroger sur l’effectivité de nos systèmes de gouvernance;

- Plusieurs pays sont encore victimes de conflits militaro-politiques, de conflits entre éleveurs et agriculteurs, et de conflits liés à l’héritage dans les familles. Ces conflits menacent la cohabitation pacifique entre les peuples.

- L’actualité sociale et politique nous interpelle à rester très vigilant, à travailler davantage pour plus de justice afin que se consolide notre paix.

- L’enseignement social de l’Eglise regorge des principes et des valeurs susceptibles de baliser notre chemin vers cette quête d’une paix durable. Les participants ont constaté que cet enseignement n’est pas assez diffusé dans nos pays.

Face à ces défis, les participants ont souligné la nécessité d’une lecture constante des signes des temps, pour garder notre lampe allumée. A cet effet, ils se sont exercés à l’utilisation des outils d’analyse de conflit pour en approfondir la compréhension afin de trouver des stratégies susceptibles de bien les transformer. Ils se sont aussi ressourcés dans la bible, et l’enseignement social de l’Eglise qui regorge des principes et des valeurs fondamentales au renouvellement des comportements personnels et sociaux, pour un véritable développement intégral. La diffusion de cet enseignement contribuera à combler le déficit de la spiritualité qui fragilise l’homme et facilite l’adhésion aux structures du péché.

Au terme de leurs travaux, les participants ont pris les résolutions suivantes:

- Vulgariser les messages et les propositions du deuxième synode pour l’Afrique,  dès la promulgation de l’Exhortation apostolique y relative;

- Engager des actions proactives pour susciter une plus grande conscience citoyenne afin que le processus démocratique croisse dans la paix, la vraie paix dont la condition est la justice. Ceci implique de veiller à cette paix pendant, avant et après les élections et de s’assurer que le pouvoir est géré au bénéfice du peuple.

- S’approprier et s’impliquer davantage dans le suivi de la gestion des ressources naturelles, et spécialement de l’Initiative de transparence des industries extractives et de la Responsabilité sociale des entreprises (Rse)

- Développer des programmes de transformation et de gestion des conflits qui intègrent la prévention des conflits violents.

Les participants ont redit leur confiance en la commission Justice et Paix Acerac de laquelle ils attendent:

- Le plaidoyer régional sur les questions liées à l’Itie, les conflits, la corruption…;

- Le renforcement des capacités des commissions Justice et Paix;

- La  recherche de fonds en faveur des commissions Justice et Paix;

- La redynamisation et la coordination effective des commissions Justice et Paix dans les pays;

- Le renforcement de la pastorale des prisons et des droits humains;

- La collaboration avec les institutions sous-régionales en charge des questions de justice et de paix.

Ils ont aussi réaffirmé la nécessité de collaborer sans compromission avec les Etats de la Cemac et tout autre acteur social de bonne volonté. Ils souhaitent que nous nous donnions tous la main pour:

- La bonne gouvernance de ressources naturelles en mettant effectivement en œuvre les principes et les critères de l’Itie partout dans nos Etats; et en harmonisant les législations, en matière d’exploitation des ressources naturelles à l’instar de la législation forestière;

- Renforcer la lutte contre la corruption et l’impunité au niveau de la sous-région;

- Prévenir les conflits et veiller à la transparence et à la justice dans le jeu démocratique.

Les résultats de la rencontre Justice et Paix de l’Acerac ont été offerts au Seigneur au cours d’une messe solennelle de clôture en la cathédrale de Douala.

 

Fait à Douala, le 19 février 2011

 

Les Participants

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