Paroisse Saint Paul de Mbamou (Diocèse de Kinkala) : Mbamou, une centenaire oubliée!

  • Imprimer
Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

En décembre 2010, j’avais intéressé bien de gens et même envoyé quelques lignes à La Semaine Africaine pour faire quelque chose ou pour parler du Centenaire de la Mission-Paroisse de Mbamou, qui devait se célébrer en 2011. La seule difficulté que  j’avais rencontré, c’était de pouvoir dire à quelle date Mbamou a commencé à sortir de terre. C’est une difficulté, pas tout à fait majeure, car nous savons  que Mbamou date de 1911. Comme rien n’a été fait, disons que Mbamou est la seule mission fondée au temps de Mgr Augouard, qui n’a rien dit sur son centenaire! Mbamou est la seule mission, combien prestigieuse, au début de l’évangélisation de notre pays, qui n’aura pas célébré son centenaire! Mbamou, premier poste administratif du Pool, avant Kinkala et seule première mission au cœur du Pool qui a formé une multitude de chrétiens est la centenaire dont on ne se sera rien souvenu.

 

Pendant l’année 2010, l’Eglise du Congo  avait  célébré le centenaire de l’arrivée des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie à Boundji (13 juillet 1910) et le centenaire de Saint Jean Baptiste de Bétou (1910), nous aurions pu faire ou parler cette année 2011, du centenaire de Mbamou, l’une des stations les plus prospères au temps des Evêques: Augouard, Guichard et Biéchy. Célébrer un centenaire  comme celui de Mbamou ou alors en parler simplement sans prévoir des manifestations valait bien la peine, car le rayonnement de ce haut lieu de la chrétienté dans le sud du vicariat de Mgr Augouard et son cachet particulier avec son petit séminaire qui a formé de nombreux jeunes devenus évêques, prêtres, ici et là ou des cadres de référence dans nos pays, en faisaient plus qu’un devoir.

La fondation de la mission catholique de Mbamou en 1911
L’évangélisation du Congo profond commence «le 3 août 1881, le R.P. Carrie, préfet apostolique, envoie le père Augouard, en reconnaissance au Stanley Pool, mais repoussé par Malamine et les chefs teke appliquant à la lettre les instructions de Brazza, le missionnaire doit se replier d’une trentaine de kilomètres vers le sud-ouest. Les Lâdi lui cèdent vingt hectares à Linzolo, et le 23 septembre 1883, il commence à construire le premier établissement missionnaire du Congo intérieur»(1).
Devenu évêque du vicariat de l’Oubangui, Mgr Augouard va s’installer, de ce fait, à Brazzaville et il écrira que «la mission de Brazzaville va devenir le chef-lieu de nos missions du Haut-Congo, et c’est là que je devrai résider habituellement»(2). De Linzolo, avant qu’il ne soit évêque, il fonda la mission de Brazzaville en 1887, Saint-Louis de Liranga en 1889. De Brazzaville, il a pu ouvrir les missions de Bangui en 1893, Saint-François Xavier de Boundji en 1900, Saint-Jean Baptiste de Bétou en 1910 et Saint-Philippe de Mbamou en 1911.
La fondation de  la mission de Mbamou est assez particulière. En effet, depuis que les limites des deux vicariats, celui de Loango et de Brazzaville, avaient été revues et fixées définitivement, car jusque-là, Linzolo dépendait de Mgr Carrie, la mission de Kialou sera déplacée à Kindamba. Dans le Sud de son vicariat, Mgr Augouard n’avait de fait que Linzolo et Kialou (Kindamba). Les difficultés d’évangélisation étaient évidentes, ainsi on pensa créer une mission à Mbamou, qui était le premier poste administratif colonial, avant Kinkala. Les travaux de Mbamou commencèrent et on fit appel aux bienfaiteurs eu Europe. Une veuve de France offrit ce qu’il fallait pour ouvrir la nouvelle station, à la seule condition de donner le nom de Saint-Philippe à cette mission, en souvenir de son défunt mari qui portait ce prénom. Ainsi, la mission de Mbamou aura pour saint patron, Saint-Philippe. 
Mgr Augouard ne se rendit à Mbamou que le jour de la bénédiction de la nouvelle station. D’ailleurs, il parle de son séjour à Mbamou avec émotion. Il écrit que toutes les collines étaient noires de monde et c’est pour dire que l’événement avait intéressé toute la population des environs et des lointaines parties de la région. Ceci se comprend bien quand on regarde la situation de Mbamou par rapport aux autres stations de l’époque. Mbamou ne pouvait qu’être une mission bien fréquentée.
Un autre fait à ne pas passer sous silence, c’est à Mbamou que Mgr Augouard avait été contacté, pour la première fois, par un jeune garçon qui lui avait demandé d’être prêtre. «Avec le retour de Linzolo dans le vicariat de Brazzaville, avec la fondation de Saint-Philippe de Mbamou et à la suite de la visite pastorale qu’il effectua dans cette mission en 1915, les vocations augmentèrent. Mais, l’évêque ne pouvait toutes les accueillir. A un jeune de Mbamou, Maurice Nganga qui demandait à rentrer au séminaire après la visite pastorale de l’évêque, celui-ci ne peut faire qu’une prière: «Veuille maintenant le Bon Dieu faire parvenir à maturité le fruit dont la fleur se présente de façon si gracieuse…»(3).

La station était construite à côté du poste administratif qui sera transféré à Kinkala, quelques années après et elle n’était pas loin du chemin de fer de la Compagnie  minière de Mindouli. Ceci donnait de l’importance à la mission. Seule mission catholique au cœur du département actuel du Pool, Mbamou  sera un haut lieu qui formera à la vie chrétienne, par le catéchuménat des adultes (Catéchuménat = Mudiri: en langue du pays). Beaucoup d’hommes et de femmes y deviendront chrétiens et s’y marieront chrétiennement, avant de retourner vivre au village. En effet, une autre particularité de Mbamou, c’est qu’il n’y a jamais eu de village chrétiens comme ce fut le cas à Linzolo, à Brazzaville et ailleurs. L’évangélisation à partir de Mbamou ne s’est pas faite d’abord avec des esclaves, mais avec des hommes et des femmes libres qui venaient au catéchuménat ou y étaient amenés par les missionnaires.
Dès qu’ils  étaient initiés à la vie chrétienne et après la célébration de leur mariage religieux, les couples regagnaient leurs villages. Cette pastorale a été efficace, car beaucoup sont devenus chrétiens à la mission de Mbamou et ceci a fait croire aux gens, missionnaires comme congolais, dans les années 60-80, que l’archidiocèse de Brazzaville, du moins dans sa partie Sud, était le mieux évangélisé au regard des participants aux liturgies et au regard de l’engagement des gens et du nombre des vocations sacerdotales.

Mbamou, une grande  mission du vicariat de Brazzaville
Le développement de la colonie du Moyen-Congo devint assez remarquable avec la réalisation du chemin de fer Congo-Océan. Mbamou, qui devenait florissant par le nombre grandissant des catéchumènes qui s’y rendaient pour l’initiation à la vie chrétienne, a dû voir son influence baisser, à cause du chemin fer qui passait à 20 km de là, à Kibouendé. Les hommes étaient employés de force pour les travaux du chemin de fer et les femmes faisaient du manioc pour ravitailler les chantiers où elles allaient les vendre. Mbamou connut alors son déclin et fut obligé de se déplacer en suivant le mouvement de la population. Kibouendé auparavant, qui n’était qu’une simple halte sur la route de Kindamba, devint une grande station. Et ce sera la fin momentanée de Mbamou. La mission de Kibouende s’appela ainsi Saint-Philippe, puisque c’est la mission de Mbamou qui y était simplement déplacée, en 1927.
Il faudra attendre Mgr Biéchy, évêque de Brazzaville de 1935 à 1954, pour redonner une nouvelle vie à Mbamou. Dès 1939, il voulait reprendre le petit-séminaire de Brazzaville, commencé  par Mgr Augouard, mais en le transférant à Mbamou. Rien ne se fit cette année-là, à cause de la guerre. Il reviendra sur cette question en 1944. «Nous devons faire un effort cette année, écrit-il, pour bâtir un petit-séminaire définitif à Mbamou…» (4). Une fois transféré à Mbamou, les entrées assez nombreuses. Lors de la rentrée de 1943, Mgr Biéchy est tout surpris de l’effectif des séminaristes. «La rentrée d’octobre dépasse toutes nos espérances: 16 nouveaux se sont annoncés venant des œuvres du Haut et du Bas: Deo gratias… Prions pour les vocations et prions pour leur persévérance» (5).
Mais en 1945, Mbamou connaît une autre crise. La mission devenue Saint-Paul de Mbamou, depuis que les activités avaient bien repris sous l’impulsion de Mgr Biéchy, le petit séminaire qui faisait son importance, sera transféré à Kibouendé. Ce transfert était motivé par l’urgence des constructions à réaliser. Le déplacement devint effectif en 1946 et ceci permit de construire des bâtiments assez spacieux. En 1948, lors du retour du petit séminaire à Mbamou, il y avait 80 élèves.
Mbamou, il faut le dire, malgré son éclipse due à son déplacement à Kibouendé, afin d’assurer une pastorale de proximité auprès des populations qui s’étaient déplacées pour être proches de la voie ferrée, a été un haut lieu de développement du christianisme au Sud du vicariat de Brazzaville. Le petitséminaire qui y fut établi par Mgr Biéchy, contribua, de plus bel, à son rayonnement. Si en 1948, il y avait 80 élèves, à partir de 1960, l’effectif avoisinera plus de 150 petits séminaristes. Devant le nombre qui ne cessait d’augmenter et tenant compte des changements que le monde moderne apportait, le père Didace Malanda, premier directeur congolais du séminaire et en accord avec Mgr Mbemba, voulut transférer le petit-séminaire à Brazzaville. Le terrain sur lequel sont construits les deux grands séminaires  du Congo fut acheté pour cela. Ce déplacement de Mbamou à Brazzaville, même s’il s’agissait seulement des classes de Troisième, Seconde, Première et Terminale, fragilisa, une fois de plus, cette mission-paroisse qui est centenaire en cette année 2011. Les événements combien destructeurs qu’a connus le diocèse de Kinkala qui est dans le département du Pool n’ont fait que donner un coup fatal à cette mission-paroisse qui a formé des chrétiens et chrétiennes et des séminaristes venus de tout le Congo et de la Centrafrique et qui sont devenus évêques, prêtres, ministres de nos Etats ou de grands cadres dans nos pays d’Afrique centrale.
Mbamou est, donc, centenaire et en dehors de Linzolo, c’est la première paroisse à être centenaire dans le département du Pool. Comme l’aurait dit ma mère qui y avait fait son initiation chrétienne et qui en est partie après la célébration de leur mariage avec papa: «Mbamou ka yediâ ya sakanana ko!». En fait, Mbamou, c’était toujours du sérieux!
Dommage que nous t’ayons oubliée, toi la centenaire! Mais, j’ai parlé de toi et comme nous le chantions  aux Complies pendant notre vie de petits-séminaristes: «Bénissez  tous nos chefs, bénissez la cité…», oui que le Seigneur te bénisse, toi notre vieille  cité devenue centenaire!

Abbé Jacques BOUEKASSA                                                                                                                                             
Ancien de Mbamou de 1962 à 1966


Notes

(1) LE ROY A, Vicariat apostolique du Congo français ou Loango, in Les Missions catholiques françaises au XIX° s.Paris,Colin,1902,Tome 5, p.267-268
(2) WITTE, J. Mgr Augouard, Paris, Emile-Paul Frères, 1924, p. 227
(3) AUGOUARD, P. (Mgr), 44 Années au Congo, p.149
(4) BIECHY, P. (Mgr), Circulaire du 17/O6/44, Vicariat de Brazzaville, Document inédit
(5) Idem