Après sa première messe comme cardinal, à Brazzaville : Laurent Monsengwo au cœur d’une polémique dans son pays

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Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya a célébré sa première messe à Brazzaville, en tant que cardinal, le dimanche 13 février dernier, en présence du chef de l’Etat, Denis Sassou Nguesso, et de son épouse, des membres du gouvernement et des parlementaires. Entouré des évêques du Congo, dont NN.SS. Louis Portella Mbuyu, évêque de Kinkala et président de la Conférence épiscopale du Congo, et Anatole Milandou, archevêque métropolitain de Brazzaville, le cardinal a prononcé une homélie qui, dans son pays, a suscité une polémique sur le plan politique.

 

Ayant dirigé la conférence nationale souveraine dans son pays, au début des années 90, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya est connu pour ses interventions politiques et son extrême modération. Depuis, il a quitté la chose publique et a rejoint son ministère pastoral au sein de l’Eglise. Mais, le prélat, doté d’une analyse solide de la chose politique, exerce une sorte de discernement sur la vie publique. Ses déclarations et ses prises de position suscitent, parfois, de vives réactions contre lui. C’est ce à quoi on assiste, ces derniers temps, à Kinshasa, la capitale de la RDC. Lors de sa messe de prémices, le 5 décembre 2010, au stade des martyrs, en présence du président Joseph Kabila, il avait déclaré: «Le pouvoir qui ne s’occupe pas du bien commun est un pouvoir sans objet», avant d’ajouter plus loin, «le pouvoir n’a de sens que si l’on a le souci des autres, des pauvres et des laissés-pour-compte». La polémique ne s’était pas fait attendre. Alors qu’il est applaudi par certains, pour ceux de la majorité, le cardinal s’érige en adversaire du président de la République.
Lors du débat sur la réforme de l’élection présidentielle en RDC, le prélat catholique n’a pas hésité à exprimer sa position. Il fut critiqué, pour cela, par le camp de la majorité présidentielle.
A Kinshasa, certains observateurs rapportent que certains propos prononcés par le cardinal Monsengwo, dans son homélie à Brazzaville, visent la réforme de l’élection présidentielle entreprise par le gouvernement du président Kabila. «Toute loi civile ou religieuse qui ne vise pas le salut ou le bien-être de l’homme est une tracasserie administrative inutile, sinon inique», a-t-il dit, dans son homélie, en poursuivant, en substance, que «la loi devient liberté, lorsque son esprit est respecté; seul l’amour peut aider à observer plus facilement la loi». Pour eux, il est clair que l’archevêque de Kinshasa continue de tirer à boulets rouges sur la réforme électorale qui a consisté à réduire à un seul tour, l’élection présidentielle en République Démocratique du Congo.
Sans nul doute, l’archevêque de Brazzaville, Mgr Anatole Milandou, ne s’est pas trompé, en présentant le cardinal comme un grand défenseur des droits de l’homme. «Nous vous connaissons profondément engagé dans la défense de la paix, de la justice et des droits de l’homme», avait-il déclaré. A Kinshasa, certains médias présentent le cardinal comme le pourfendeur de la politique du président Joseph Kabila, dressant ainsi le camp de la majorité contre le prélat.
Au début de cette semaine, une rumeur a couru les rues de Kinshasa, comme quoi le cardinal aurait échappé à un attentat contre sa personne. Dans leur livraison du jeudi 17 février 2011 portant le n°1183, en page 6, Les Dépêches De Brazzaville reprennent le démenti du cardinal rapporté par l’Agence congolaise de presse. «De toutes les façons, il n’y a pas eu d’attentat sur ma personne», a-t-il répliqué. Faut-il avoir craindre pour la vie du cardinal, en raison de son franc-parler? En tout cas, en RDC, comme au Congo-Brazzaville, on devrait se réjouir d’avoir un homme d’Eglise qui joue pleinement le rôle d’éveilleur de conscience, d’éclaireur de notre temps, dans la marche démocratique. Les soulèvements populaires en Tunisie, en Egypte et dans bien d’autres pays, prouvent qu’aucun régime ne peut venir à bout, même à coups de canon, de la volonté d’un peuple. Alors, mieux, vaut parfois, avoir une oreille attentive à celui qui, de par sa fonction, exprime tout haut, ce que le peuple mijote et montre sagement, la voie qui peut être celle du salut pour tous.
Joël NSONI

 

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