3ème anniversaire de la mort de Mgr Ernest Kombo : Quel testament pour la classe politique congolaise?

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Pour peu que l’on remonte le fil de l’histoire de notre pays, il se révèle en toute évidence que la tenue de la Conférence nationale souveraine en 1991 a consacré l’avènement d’une modernité politique qui a sonné le glas du marxisme-léninisme. Ces assises ont eu le mérite d’avoir posé les bases de la démocratie au Congo. C’était une sorte de «noviciat politique» dirigé par un dignitaire ecclésiastique, Mgr Ernest Kombo, alors évêque du diocèse d’Owando. Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de notre histoire. Aujourd’hui, trois ans exactement après la mort de ce prélat (22 octobre 2008 - 22 octobre 2011), que pouvons-nous retenir de son apostolat au sein de la classe politique nationale?

A priori - sociologie des apparences oblige-  ce qui transparaît, c’est l’ensemble des gestes inoubliables qu’il a posés, à savoir le lavement des mains et la forêt de l’unité nationale. Ces gestes qui sont d’une portée symbolique inouïe doivent être appréciés à leur juste valeur en ce qu’ils traduisent l’unité et la réconciliation nationale. En effet, les valeurs que dégage ce rituel sociopolitique orchestré par Mgr Ernest Kombo favorisent la paix et l’harmonie des consciences, restaurent l’union des cœurs et la vie en commun.
En sus des gestes, ce pasteur lègue à la classe politique congolaise trois principes d’inspiration biblique: «Tu ne mentiras pas, tu ne voleras pas, tu ne tueras pas».

1. Tu ne mentiras pas: principe de transparence
Dans l’univers mental africain en général et congolais en particulier, la politique est, à bien des égards, assimilée à un exercice de mensonge et les hommes politiques souvent traités de menteurs à cause, justement, du fossé large qui existe entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Or, depuis l’antiquité grecque, la noblesse de la politique réside dans la gestion saine de la cité, tel un art. D’où, en réaffirmant ce principe, Mgr Ernest Kombo a, sans doute, voulu souligner l’exigence de clarté dans l’exercice du pouvoir et dans la gestion de la chose publique. Une telle approche favorise la participation des citoyens aux choix politiques et garantit aux gouvernés la possibilité de choisir leurs gouvernants, ou de les remplacer de manière pacifique lorsque cela s’avère opportun. Ainsi, le principe de transparence permet le contrôle externe et interne des mandataires du peuple.

2. Tu ne voleras pas: principe d’honnêteté
La politique est l’espace privilégié où s’exerce la pratique de la charité et le service du bien commun. De ce point de vue, la gestion des biens de la nation requiert une éthique de la gouvernance orientée vers la construction du bien-être collectif et individuel par une juste répartition des revenus. Pour ce faire, les dirigeants doivent s’atteler à gérer avec conscience et à faire respecter le bien commun au-delà des intérêts de soi, de famille, du clan, du groupe éthnique ou du parti politique, et à protéger les droits fondamentaux de chaque citoyen. Ce principe prôné par Mgr Ernest Kombo est un antidote au détournement de fonds, à la corruption, et bien d’autres scandales qui éclaboussent souvent les gestionnaires de la chose publique. L’équilibre de la société repose, en fait, sur la correction des écarts disproportionnés de richesses par le biais de la solidarité. Il appartient donc à chacun d’intégrer que ses envies personnelles ne peuvent être l’unique ressort de son agir et de son jugement.

3. Tu ne tueras pas: principe de responsabilité
Le fondement et la fin de l’action politique s’articulent autour de la dignité de la personne humaine. Ce principe est la loi d’airain qui régit toute organisation humaine. Dans cette optique, chacun se sent solidaire de toute vie et veille à son respect. C’est pourquoi, tous les programmes sociaux, politiques et économiques doivent être guidés par la conscience de la primauté de chaque être humain et de l’inviolabilité de toute vie. Ni la loi (quelle qu’elle soit), ni la maladie, ni l’âge, ni la condition sociale… ne peuvent amoindrir la valeur suprême que représente la vie.
En règle générale, le principe de responsabilité proscrit les actes ou entreprises qui, pour quelque raison que ce soit, égoïste ou idéologique, mercantile ou totalitaire, conduisent à asservir des êtres humains et à méconnaître leur dignité personnelle. Bien plus, ce principe prend en compte le respect de l’intégrité de toute la création. Cela étant, les animaux, les végétaux et les êtres inanimés, qui sont naturellement destinés au bien commun de l'humanité passée, présente et future, doivent être protégés.
En somme, notre pays, qui vient d’amorcer l’ère post-cinquantenaire de son indépendance, hérite  de l’effort non moins considérable des générations précédentes. Cet effort inscrit la destinée du Congo dans la galaxie de la plus grande espérance. Ainsi, l’engagement politique de Mgr Ernest Kombo représente-t-il un magnifique effort pour assumer l’histoire de notre pays en termes de dialogue, de pardon, de paix, d’unité et de réconciliation?
«Tu ne mentiras pas, tu ne voleras pas, tu ne tueras pas». «Ma lumière et mon salut, c’est le Seigneur, alléluia!» (Ps 117).

Fabrice N’SEMI
Etudiant en IVème Année de Théologie
Grand Séminaire Cardinal Emile Biayenda