Deuxième Dimanche du Carême – A- «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour, écoutez-le»

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Textes: Gn 12, 1-4a; Ps 32 (33); 2 Tm 1, 8b-10; Mt 17, 1-9

Le récit de la Transfiguration de Jésus nous est présenté chaque année au deuxième dimanche du Carême. «Il fut transfiguré devant eux»: c’est pour le bénéfice des trois disciples Pierre, Jacques et Jean que le Christ a été transfiguré, les trois mêmes qui assisteront à sa grande détresse au jardin de Gethsémani.

Sur la route du Carême et, plus largement, sur le chemin de la vie, nous aussi avons besoin d’expériences de transfiguration pour faire face aux difficultés et aux épreuves, pour suivre le Christ dans les moments de joie et de peines, et être en mesure à notre tour de transfigurer le monde autour de nous. Cet événement de la vie de Jésus correspond à «la fête des Tentes ou des Tabernacles», que les Juifs célébraient une fois les récoltes rentrées et qui commémorait la libération de l’esclavage d’Égypte. Durant cette fête de pèlerinage, on construisait des cabanes avec des branches et on vivait sous ces huttes pendant sept jours. Cette semaine de célébration constituait une pause festive importante dans le quotidien souvent triste et monotone.
Nous aussi nous sommes en route vers la Pâque; non seulement vers la Pâque célébrée cette année le 12 avril, mais vers la Pâque de notre propre mort et de notre résurrection. Comme les trois disciples, nous cheminons dans la nuée lumineuse, celle qui accompagnait déjà les Hébreux au cours de leur exode. Nuée lourde de la présence de Dieu mais qui la cache autant qu’elle la révèle. Aujourd’hui, cette présence active cachée au cœur de la création s’est manifestée comme nous venons de l’entendre dans la seconde lecture. L’apôtre Paul déclare: Jésus s’est manifesté en détruisant la mort et en faisant resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile. Le Christ de toujours est devenu visible et nous sommes invités à contempler sa gloire, à l’écouter, à le suivre. Il est le chemin lumineux qui conduit à la vie. «Celui-ci», dit la voix venue du ciel: celui-ci, pas un autre. De même Abraham (1ère lecture) avait entendu: «Je ferai de toi une grande maison». De toi, pas d’un autre. Voici que maintenant Jésus accomplit ce que préfigurait Abraham: en lui, et lui seul, sont «bénies» (sauvées, éternellement vivifiées) toutes les familles de la terre. Mais la Transfiguration, la prise de conscience de notre avenir de lumière, ne dure qu’un instant. Impossible, pour l’instant, de dresser nos tentes, de nous installer dans cette lumière de Dieu. Retenons la consigne de Jésus: «N’ayez pas peur». La peur, contraire de la foi, peut nous saisir. Les disciples, nous dit l’évangile, tombent le visage contre terre et sont saisis d’une grande frayeur. Jésus s’approche, les touche et les relève. Bien sûr, tomber et se relever fait penser à la Passion-Résurrection. Jésus tombera et se relèvera, mais les disciples connaîtront la chute et le relèvement de leur foi, à l’heure où le sort du Christ les fera trembler d’effroi. À ce moment-là, tout semblera en effet démentir les Paroles du Père: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le!» Curieux: c’est ce témoignage tout à fait rassurant qui provoque la «grande frayeur» des disciples. Pierre et ses compagnons découvrent ici la vraie stature de ce Jésus qu’ils ont suivi sans bien comprendre qui il était. C’est moins la voix qui les fait trembler que le nouveau visage que prend maintenant cet homme familier avec qui ils partagent tout.
Jésus ne nous promet pas de ne pas être malade, de ne pas avoir d’accident et de ne pas mourir. Cela fait partie de notre réalité humaine puisque nous sommes des êtres mortels. Cette réalité du passage de notre mort biologique vers la vie éternelle en Dieu a de quoi nous donner, et pourquoi pas, la frousse parce que c’est de l’inconnu. Ils ont eu peur, car ils venaient de vivre l’expérience de la rencontre de Dieu. Voir Dieu face à face ou vivre l’intimité avec lui doit bouleverser la réalité corporelle. Déjà la vision lumineuse a disparu: Levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. La vie quotidienne va reprendre, et il faudra garder le silence sur l’incroyable. Ont-ils réussi à passer de la peur à la foi? Sans doute, mais un tel passage est toujours provisoire, sans cesse à recommencer. Les apôtres retrouvent le paysage de la Galilée. Jésus est au milieu d’eux et redevient le charpentier de Nazareth, l’ami quotidien, fascinant, mystérieux, attachant. Ils viennent de vivre en un instant ce qui est plus qu’une lumière d’espérance puisqu’ils ont découvert une autre réalité dont ils mesureront la richesse au travers du temps et de la mesure de leur pauvreté et de leur faiblesse. Mais ils quittent avec lui ce temps divin et dans les jours à venir, c’est à travers l’humiliation et la souffrance qui viennent pour Jésus, comme pour nous, que désormais la lumière doit briller. «C’est toi mon fils bien-aimé» a dit le Seigneur au moment du baptême de Jésus au Jourdain. «Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le» leur a-t-il dit au Thabor. Cette première phrase est celle des chants du «Serviteur souffrant» du prophète Isaïe (Isaïe 42, 1-7). C’est une parole de tendresse, comme une grande lumière qui accompagnera Jésus lors de sa traversée de la mort. Au cœur des mystères dans lesquels nous vivons parfois, au milieu de toutes les questions qui se posent sur le sens de nos vies, sur le sens de nos souffrances, sur le sens du monde qui nous paraît souvent obscur et confus, il est bon de nous rappeler la grande lumière qui est celle du Christ, donnée visiblement, en un instant, aux apôtres à la Transfiguration. Et qui nous est donnée et que, parfois, nous ressentons nous aussi en un instant de grâce, en nos années de vie.

Saturnin Cloud BITEMO, SJ

 

 

 

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