Réflexion : Carême, s’interroger sur nos promesses faites aux Hommes et à Dieu!

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Comme lorsqu’on est en gare, le chef de station donne son feu vert au train pour permettre aux voyageurs d’entreprendre leur voyage, le mercredi des cendres a également sonné ce «départ» pour les chrétiens du monde entier pour entamer ce «voyage» de conversion vers les festivités pascales: la victoire de notre sauveur Jésus-Christ sur les forces des ténèbres et de la mort.

Un moment important de réflexion et de méditation (surtout personnel), en rapport avec le traditionnel message de carême du Pape François, pour permettre à l’Esprit de Dieu et à notre conscience de nous interroger sur ce que nous avons fait de nos promesses (baptismales, sacerdotales, constitutionnelles…) pour plaire davantage à Dieu.

1. Définition, durée, signes et gestes du carême
L’étymologie du mot «Carême» nous dit qu’il s’agit d’une altération populaire de l’expression latine quadragesima dies, c’est-à-dire, le «quarantième jour» avant Pâques. Le Carême est donc cette période de 40 jours pour se préparer à la fête de Pâques. Toutefois, il sied de rappeler que les exégètes, devant leur «appétit» de savourer la Bible ont fini par nous rapporter une marée d’informations sur la symbolique 40, à titre d’exemple: la traversée du désert par les Hébreux pendant 40 ans (Nb 32, 13), le déluge de Noé qui dura 40 jours (Gn 7, 4), le règne de David sur Israël dura 40 ans, de même que le règne de Salomon à Jérusalem  (1 R 2, 11 et 11, 42; 2 Ch 9, 30)… Le Fils de Dieu lui-même sera lié à ce même numéro 40: quarante jours après la naissance, Jésus fut présenté au Temple de Jérusalem pour sa purification, selon la loi établie, les 40 jours de jeûne de Jésus dans le désert (Mt 4, 2), les quarante jours qui séparent l’Ascension de Jésus de sa Résurrection (Act 1,3).
Notons que les dimanches, même s’ils sont dits «dimanches de Carême», ne comptent pas dans le décompte des jours du temps du Carême. Même dans ce temps qui nous prépare à la fête de Pâques, nous fêtons chaque dimanche la résurrection du Christ.

a) Les signes du carême
Comme au temps de l’Avent, en préparation de la fête de la Nativité du Seigneur; le célébrant se vêtira durant toute cette période du violet, à l’exception des fêtes de saint Joseph et de l’Annonciation du Seigneur (les 19 et 25 mars), comme nous le suggère l’ordo liturgique.
Qui a participé à la liturgie des cendres, s’est vu imposé sur le front les cendres en signe de croix avec la parole: «Convertissez – vous et croyez à l’Evangile!». Pourquoi les cendres?
Se référant toujours à la Bible, nous constatons que les cendres expriment un signe de tristesse de l’homme devant le malheur. «Me voici pareil à la poussière et à la cendre», crie Job après avoir tout perdu (Jb 30, 19); tandis que Tamar, fille de David, «répandit de la cendre sur sa tête» après avoir été violée (2 S 13, 19). Se couvrir de cendre, voire se rouler dans la cendre, est donc logiquement devenu aussi le symbole du deuil: «Ô fille de mon peuple, revêts-toi de sac et roule-toi dans la cendre! Prends le deuil», demande Jérémie à Jérusalem (Jr 6, 26); de même quand Dieu met en garde Adam : «Tu es poussière, et à la poussière tu retourneras» (Gn 3, 19).
La cendre symbolise donc pour ainsi dire, le néant de l’homme devant l’absolue transcendance du Dieu qui se révèle à Moïse à travers un buisson ardent qui, lui, ne se consume pas. Elle est donc, logiquement, l’état auquel retourne le pécheur qui se détourne de Dieu. C’est le cas de l’idolâtre «qui se repaît de cendre» (Is 44,20) et dont le «cœur n’est que cendre» (Sg 15, 10). C’est aussi la cendre que les prophètes promettent aux pécheurs: «Sur la terre, je te réduis en cendre», prévient Ézékiel (Ez 28, 18); «les méchants (…) seront de la cendre sous la plante de vos pieds», annonce Malachie (Ml 3, 21). Par analogie, c’est donc en se couvrant la tête de cendre que les pécheurs reconnaissent leur état et deviennent des pénitents: le roi de Ninive après la prédication de Jonas «se couvrit d’une toile à sac, et s’assit sur la cendre» (Jon 3, 6).

b) Les gestes du carême
Dans son traditionnel message pour le carême intitulé: «La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu (Rm 8, 19)», et rendu public dans La Semaine Africaine dans sa livraison du mardi 5 mars 2019 à la page 9, le Pape François, nous a rappelé les pratiques à réaliser durant cette période propice pour tout chrétien désireux de vivre une conversion radicale dans sa vie de foi. En effet, nous rappelle le premier pape jésuite: «Le carême est un signe sacramentel de cette conversion. Elle (en faisant allusion à l’impatience’ de la révélation des fils de Dieu) appelle les chrétiens à incarner de façon plus intense et concrète le mystère pascal dans leur vie personnelle, familiale et sociale en particulier en pratiquant le jeûne, la prière et l’aumône»; et de poursuivre en disant: qu’«il s’agit ainsi de retrouver la joie du dessein de Dieu sur la création et sur notre cœur, celui de L’aimer, d’aimer nos frères et le monde entier, et de trouver dans cet amour le vrai bonheur» (n. 3).

2. S’interroger sur nos promesses pour mieux avancer…
En reprenant chacun pour son compte l’invite du Pape François selon lequel, «la création pour qu’il redevienne le jardin de la communion avec Dieu, celui qui existait avant le péché originel (Cf. Mc 1,12-13; Is 51,3)», quoi de plus beau que de nous interroger en ce temps précieux et favorable, sur nos promesses (baptismales, sacerdotales, constitutionnelles…), pour rendre meilleur et plus vivable ce monde; chacun selon sa part d’autorité reçue, et que nous sommes appelés à exercer en nous faisant solidaires les uns envers les autres, surtout envers les plus nécessiteux, ceux-là même qui sont les «préférés» de Jésus (Mt 12, 41; Ep 4, 28).
In fine, en découvrant que leurs péchés étaient la racine profonde de leur servitude, les juifs ont aussi compris que la libération et le salut de Dieu ne tombent pas du ciel, mais qu’ils demandent de la part de l’homme et de tout homme un engagement responsable. Cet engagement responsable, et en tant que chrétiens appelés à construire la civilisation de l’Amour, chacun l’a exprimé à travers des promesses  et autres textes y relatifs devant les Hommes et Dieu pour le Bien de tous: pour les Médecins il s’agit du serment d’hypocrate, pour certains présidents la Bible et d’autres la constitution de la République. Qu’avons – nous fait de ces promesses?
«Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne leur faisons point de largesses personnelles, mais leur rendons ce qui est à eux. Nous remplissons bien plus un devoir de justice que nous n’accomplissons un acte de charité» (S. Grégoire le Grand, past. 3, 21).
Bon Carême à tous et à chacun!

Eric Béranger N’SONDE
Prêtre en mission pastorale en Italie

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