Vatican : La question des abus sexuels en débat

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Au total 180 évêques présidents des Conférences épiscopales du monde prennent part au Vatican du 21 au 24 février 2019, à la rencontre pour la protection des mineurs, avec comme axes prioritaires la prise de conscience, l’écoute des victimes, la responsabilité des évêques et la transparence. Parmi les participants, les victimes de ces actes dont le successeur de Pierre ne cesse de se préoccuper depuis son accession au trône. L’Eglise du Congo y est représentée par Mgr Daniel Mizonzo, évêque de Nkayi, président de la Conférence épiscopale du Congo (CEC).

 

Cette rencontre présidée par le Pape François a été voulue pour «laisser une empreinte», pour que la voix des enfants et des jeunes victimes sans défense de ces violences infâmes ne reste pas sans écoute. L’objectif principal est la prise de conscience que l’abus sur mineurs, de la part de clercs et de religieux, représente un acte abominable. Le Saint-Père veut ainsi s’inscrire dans la lignée du témoignage personnel de ses deux derniers prédécesseurs, qui ont systématiquement rencontré les survivants, les ont écoutés, ont pleuré et prié avec eux. Le successeur de Pierre est conscient que ce sujet est un acte qui transperce pour toujours l’âme des garçons et des filles confiés par leurs parents aux prêtres pour qu’ils les éduquent dans la foi.
Il s’agit pour le Pape d’écouter les victimes, de chercher à partager leur douloureux drame, pour faire comprendre les blessures dévastatrices qu’elles subissent. Ce qui nécessite un changement de mentalité, pour que jamais plus personne ne fasse semblant de ne pas voir, n’enterre le sujet, ne le couvre, ni ne le minimise.
Au regard de ces abus sexuels, l’Eglise veut également revisiter ce que disent le Droit canon et la législation ecclésiastique. Le thème de la rencontre est abordé de façon globale, selon les différentes expériences et cultures.
Les trois premiers jours de travail culminent dans la liturgie pénitentielle justement parce que, face à l’abîme du péché, et d’un péché si grave et abominable, les croyants sont appelés à demander humblement pardon pour la blessure transmise au corps ecclésial et à sa possibilité de témoignage évangélique. Le premier jour, le thème principal a été celui de la responsabilité des évêques dans leur devoir pastoral, spirituel et juridique. Tandis que le deuxième jour est dédié à la notion d’accountability ou reddition de comptes, en discutant des solutions à adopter en accord avec le droit canonique pour évaluer les cas dans lesquels les pasteurs ont failli à leur devoir et ont agi avec négligence.
Quant au troisième jour, il sera consacré à l’engagement pour la transparence, dans les procédures internes à l’Eglise, vis-à-vis des autorités civiles, mais surtout face au Peuple de Dieu, dont la contribution pour rendre plus sûrs les lieux fréquentés par les mineurs est indispensable. Dimanche 24 février, la clôture des travaux, après la messe célébrée dans la Salle Royale se déroulera sous les auspices du Pape François.
En rapport avec cette rencontre d’envergure du gouvernement de l’Eglise sous l’égide du Pape, l’Association des membres des Conférences épiscopales d’Afrique de l’Est (AMECEA) a saisi l’occasion de mettre en lumière les réalités sur le terrain en matière d’abus sexuels. Les évêques de cette région du continent ont reconnu que les abus sexuels sur les mineurs sont aussi une réalité en Afrique. Le secrétariat de cette association a réuni tous les présidents des Conférences épiscopales membres pour un forum au cours duquel ils ont réfléchi et partagé leurs expériences dans un esprit de collaboration et de solidarité en vue de la rencontre de haut sommet convoquée par le successeur de Pierre.
La rencontre qui se déroule au Vatican est avant tout un événement ecclésial, un dialogue entre pasteurs en communion avec le Successeur de Pierre. A travers ce rendez-vous, l’Eglise veut indiquer une route non seulement à ses propres hiérarchies et communautés, mais offre aussi un témoignage douloureux et un engagement précis à toute la société humaine. Car la protection des mineurs est une question qui concerne tout le monde.
L’Eglise d’Afrique qui s’apprête à analyser ses échecs et succès à l’occasion du jubilé d’or du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et Madagascar (SCEAM) en juillet prochain à Kampala (Ouganda) peut davantage intérioriser ce fléau qui se présente comme un défi à ne pas prendre à la légère.

Aristide Ghislain NGOUMA

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