Après sa participation au synode sur les jeunes au Vatican : Mgr Bienvenu Manamika revient sur les principaux enjeux

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Evêque de Dolisie, Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou, a participé du 3 au 28 octobre 2018 à Rome à la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur les jeunes. Convoqué par le Pape François, il s’est tenu sur le thème: «Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel». Le Pape l’a voulu ainsi pour répondre aux nombreux questionnements des jeunes insatisfaits, dans le doute ou dans l’indifférence.

Il s’est agi d’un temps de réflexion pour repenser l’évangélisation des jeunes et cette fois-ci avec les jeunes. Mgr Manamika qui y a représenté l’Eglise du Congo  s’est prêté, aux questions du Service de communication de son diocèse, dans l’interview ci-après, accordée le 22 novembre 2018.

* Mgr, d’abord, dites-nous ce que signifie le mot synode?
** De son étymologie grecque Syn Odos, il signifie faire route ensemble dans la prière, la méditation, la réflexion, la recherche pour trouver ensemble la solution aux questions de l’heure, sous l’action de l’Esprit Saint. C’est dire que les évêques en synode se réunissent pour chercher ensemble des réponses à donner à un certain nombre de questionnements/préoccupations. Mais le tout dans une ambiance portée par une même espérance, allant vers un même but qu’est Jésus-Christ, dans une coresponsabilité synodale.

*Combien de participants y a-t-il eu au synode, non seulement le chiffre, mais aussi les différentes provenances?
** Effectivement, nous venions de partout, représentant les cinq continents: les Eglises orientales catholiques avaient 8 représentants dont 6 cardinaux; l’Afrique forte de 46 participants venus du continent, dont 6 cardinaux; l’Amérique latine avec 33 participants dont 4 cardinaux; l’Amérique septentrionale (du Nord) avec 10 participants dont 4 cardinaux; l’Asie avec 31 membres dont 5 cardinaux. Parmi eux, le cardinal Tagle qui participait à son 7e synode. L’Europe forte de 44 représentants dont 8 cardinaux et enfin l’Océanie avec 6 participants dont un cardinal. Soit 178 venus de l’extérieur, comme membres votants, sans compter ceux du Vatican, les observateurs et les représentants des jeunes venus du monde entier. Nous étions environ trois cents participants.

*Vous avez parlé de six cardinaux africains et cela nous concerne...
**Merci pour cet intérêt pour notre continent! En réalité, les cardinaux africains étaient 7, c’est-à-dire cinq venus directement d’Afrique: leurs Eminences Gomes Furtado Arlindo du Cap-Vert, Napier Wilfrid Fox de l’Afrique du Sud, John Njue du Kenya, Dieudonné Nzapalainga de Centrafrique et Désiré Tsarahazana de Madagascar. Les deux autres sont ceux qui résident à Rome et travaillent au Vatican. Il s’agit du cardinal Robert Sarah de Guinée Conakry et du cardinal Peter Turkson, du Ghana.

*Pendant quasiment un mois des travaux, quels ont été les principaux thèmes du synode et que dire de la répartition thématique du document final?
**Disons que le document final est comme une carte qui oriente les prochains pas que l’Eglise est appelée à faire pour les jeunes et avec les jeunes. Ce document comporte trois parties inspirées de l’épisode des disciples d’Emmaüs en Luc 24,13-35.
La première est intitulée: «Il marchait avec eux». A l’image du Christ qui aborde les disciples d’Emmaüs et d’emblée se met à leur écoute, il est question de «l’Eglise qui écoute» dans le premier chapitre. Dans le second, trois faits cruciaux du monde actuel sont mis en exergue, à savoir l’ambiance digitale ou numérique, le phénomène de la migration et enfin la reconnaissance et la réaction face à tous types d’abus. Dans le troisième chapitre, c’est l’identité et les relations qui sont évoquées. Elles concernent la famille comme point de référence privilégié, l’importance de la maternité et de la paternité, les rapports entre les générations, les jeunes et les racines culturelles, le corps et l’affectivité, les formes de vulnérabilités. Le quatrième chapitre a pour titre «être jeune aujourd’hui». Son contenu traite des aspects de la culture de la jeunesse d’aujourd’hui, de la spiritualité et de la religiosité, des engagements multiformes comme acteurs.

*Et la seconde partie?
**La seconde partie a pour titre: «Leurs yeux s’ouvrirent». Elle est aussi subdivisée en quatre chapitres. Le premier concerne le don de la jeunesse. Il évoque Jésus jeune au milieu des jeunes; l’âge des choix ou l’étape des sélections, l’appel à la liberté, la liberté de la foi, la liberté blessée et rachetée. Le second chapitre traite du mystère de la vocation. Précisément la vocation comme voyage et découverte, grâce et liberté, création et vocation, la suite du Christ et la figure de la Vierge Marie. Dans ce même chapitre, il est précisé deux types de vocations, à savoir la vocation générale à la sainteté et les vocations spécifiques. Le troisième chapitre souligne la mission d’accompagnement. Il est question de l’Eglise qui accompagne face aux choix, face à l’insertion sociale. Ce chapitre ressort d’une part l’importance de l’accompagnement communautaire et de groupe et de l’accompagnement spirituel personnel, de l’accompagnement dans la formation à l’ordre ministériel et à la vie consacrée. D’autre part il exige des accompagnateurs de qualité en donnant le profil requis et la formation adéquate. Le quatrième chapitre met en exergue l’art de discerner dont le milieu est d’abord l’Eglise et le support demeure la Parole de Dieu. Mais pour cela il faut la conscience du discernement, c’est-à-dire la formation de la conscience à la conscience ecclésiale. Il importe également la pratique du discernement qui exige la familiarité avec le Seigneur, la disposition du cœur, le dialogue dans l’accompagnement, la décision et la confirmation de la décision.

*Avant de présenter la troisième partie, pourriez-vous nous préciser la différence entre vocation générale et vocation spécifique?
**La vocation générale est celle de tout homme créé à l’image de Dieu, c’est la vocation à la sainteté. En d’autres termes l’homme est appelé à vivre à l’image de Dieu, dans la liberté, à faire le bien, à aimer son frère et à aimer Dieu par-dessus tout. Vous avez certainement compris qu’il s’agit de l’application du commandement divin résumé par Jésus en Matthieu 22,38-39: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et tu aimeras ton prochain comme toi-même». C’est cela la vocation générale de l’homme.
La vocation spécifique quant à elle, est celle qui concerne des états de vie tels que: la vocation au mariage institué par Dieu, la vocation à la vie consacrée, et la vocation au sacerdoce ministériel.

*Mgr, revenons à la troisième et dernière partie du document final…
**Elle est intitulée: «Ils partirent sans tarder». Concrètement, elle concerne l’annonce et le témoignage. Dans cette partie, le premier chapitre souligne un dynamisme qui voudrait que les jeunes cheminent ensemble, comme dans un processus synodal, de façon participative et coresponsable, dans une ambiance de discernement communautaire et de communion missionnaire ainsi que de dialogue permanent, non seulement ad intra mais aussi ad extra que le Saint-Père appelle «les périphéries du monde». Le second chapitre invite à cheminer ensemble au quotidien. C’est l’appel à passer de la structure aux relations. Pour ce faire, il faut un renouvellement de la paroisse, avec des structures ouvertes et accueillantes, une évangélisation kérygmatique et une annonce catéchétique vivante et la centralité de la liturgie. Dans ce troisième chapitre, une mention spéciale est dédiée à la pastorale des jeunes comme clé vocationnelle. Elle souligne que l’Eglise est la maison des jeunes, du coup il y faut une pastorale vocationnelle pour les jeunes en partant de la dispersion vers l’intégration. Dans ce contexte il faut aussi utiliser le côté positif du monde numérique, abattre les murs qui isolent et construire des ponts d’intégration, donner sa place à la femme dans le service ecclésial. Concernant la sexualité: revenir à la parole claire, libre et authentique. Enfin le 4e chapitre opte pour la formation intégrale, en commençant par la préparation de nouveaux formateurs qui à leur tour formeront des disciples missionnaires. Cette formation concerne aussi les couples en vue du mariage, les séminaristes et les consacrés.

*Au regard de cette répartition, peut-on déceler quelques pistes formulées par le synode?
**A mon sens, le synode a formulé cinq pistes pour favoriser le renouveau: - Repenser et accentuer la formation des laïcs, consacrés et prêtres. - Travailler davantage avec les jeunes dans l’écoute, le dialogue, le discernement et dans une option préférentielle pour leur formation. - Réaffirmation de la tolérance zéro vis-à-vis des abus de tout genre et spécialement des abus sexuels. Pour le prêtre la faute est évidemment plus lourde à cause de l’abus de statut et de confiance. La sanction prévue est donc la maximale. - Du côté des aspirants à la vie consacrée, il est désormais recommandé l’insertion dans leur curriculum de «prétention» à la vie consacrée et à l’ordre ministériel, une formation à la pastorale de la jeunesse. - Et enfin pour les séminaristes de façon particulière, nous avons été instruits de tenir compte de la nouvelle Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis avec l’approbation de la Conférence des évêques.

*Vous êtes désormais un père synodal, comme l’indique bien l’appellation des évêques qui prennent part à un synode. Nous aurions aimé avoir votre impression générale de votre premier synode. Qu’est-ce qui vous a impressionné?
**Votre terme est bien choisi: impressionner. C’est vrai que j’ai été impressionné et je le suis encore par l’expérience que j’ai faite de mon premier synode, car le fossé est grand entre mon cinéma intérieur nourri par les études et ce que j’ai vécu.

*Pourriez-vous être plus concret pour l’édification de nos lecteurs?
**Concrètement, ce fut vraiment le synode, ce «marcher ensemble vers un même but», porté par une même espérance. Si vous voulez, je peux énumérer 9 points qui m’ont satisfait: - en premier les thèmes débattus ont rejoint les desiderata des jeunes: la migration, l’écologie, l’économie, le scandale des abus de toutes sortes, surtout sexuels, la formation permanente, etc., l’importance du martyre ou du témoignage. - le climat convivial, détendu, accueillant et sans discrimination. - la liberté de parole. Autrement dit, pouvoir dire librement ce que l’on pense, sans langue de bois, évidemment avec courtoisie. - la présence quasi-permanente du Pape, dans la simplicité. Présence de travail, d’encouragement et non de censure. - la participation représentative des jeunes des cinq continents. - la discipline dans les interventions: 4mn à chacun quelle que soit sa notoriété. Seul le Pape n’a pas été chronométré, mais il était toujours dans les délais requis. - la pause-méditation de trois minutes après cinq interventions. Cela s’appelle savoir laisser de la place à l’intervention de l’Esprit divin. - les temps forts de prière, à savoir la longue procession de 7 Km que nous avons eue en faisant le chemin de croix, en méditant la parole et en priant le chapelet. - enfin les célébrations eucharistiques et le pèlerinage au tombeau de Saint Pierre apôtre.

*Après votre participation à ce grand rendez-vous ecclésial, à quoi devrait-on s’attendre maintenant?
**Après cette Pentecôte pour la jeunesse, il faut passer à l’action. Du 26 novembre au 2 décembre 2018, les évêques du Congo sont en plénière et focalisent leur réflexion sur «la jeunesse et l’identité chrétienne». Comprenez donc qu’il s’agit là d’un prolongement ou d’une phase d’adaptation ou de réappropriation du synode sur les jeunes pour le servir au niveau local. Les évêques ont choisi ce thème à dessein pour répercuter les signaux reçus du Vatican. Dans mon diocèse de Dolisie, je vous signale quelques dates de mise sur orbite des conclusions de ce synode: - le 10 décembre 2018: Mgr Michel Dubost, évêque émérite d’Evry en France, prédicateur de la retraite des évêques à l’issue de leur plénière s’adressera à nos jeunes. Ce sera à la messe qu’il célèbrera à cette occasion à Notre-Dame de Fatima, à 18h. - du 21 au 23 décembre: je ferai le déplacement de Louvakou pour continuer la réflexion avec les jeunes. Et du 26 au 30 décembre: cinquante d’entre eux participeront aux Journées interdiocésaines des jeunes à Pointe-Noire. Comme vous le voyez, la navette est lancée. Puisse le Seigneur, par l’intercession de Notre-Dame Auxiliatrice bénir davantage nos jeunes, ouvrir leur intelligence à l’intelligence de Notre Seigneur Jésus Christ pour que les zones de turbulences soient dissipées et qu’avec les jeunes l’expansion de l’Evangile, la propagation de la foi se réalise avec succès pour la plus grande gloire de Dieu!  

Propos recueillis à Dolisie par
Ethé Raymond BOUHOYI

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