Un Dimanche en paroisse : Saint-Paul de Mbamou (Diocèse de Kinkala)

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Des ossements desséchés à faire revivre
A défaut de vivre «Un Dimanche en paroisse», le 30 septembre dernier comme on l’observe dans les autres paroisses du diocèse et d’ailleurs, la chrétienté de Mbamou a eu droit, en lieu et place d’une belle messe dominicale, à une prière communautaire le samedi 29 septembre. Elle n’a pu savourer les délices d’une célébration eucharistique dominicale du fait du sinistre qu’a subi la paroisse.

Toutefois, elle a vécu autrement ce mystère, avec les abbés Bertin Foueti, vicaire général de Kinkala, curé entrant, et Barthélémy Bassoumba, curé sortant.
Bien avant cette grande prière d’espérance, animée par l’abbé Bertin Foueti, les chrétiens se sont joints aux anciens de Mbamou réunis au sein de l’association Domus (La maison) pour réaliser la grande opération «Retroussons les manches» initiée par eux, avec l’autorisation de Mgr Louis Portella Mbuyu, via le vicaire général.
Cette opération a rendu salubre tout le site de la mission. C’est-à-dire l’église et le presbytère, en passant par le grand bâtiment du séminaire et ses annexes (préau, réfectoire, vestiaire, etc.),  longtemps enfoui, sous un épais buisson de lantanier.
Le site offrait un spectacle triste, désolant et révoltant, conséquence de son abandon du fait des tristes évènements qui ont endeuillé le département du Pool. Il était presque inaccessible. Et dans cet état d’insalubrité, les chrétiens de Mbamou et des patelins voisins comme Malengo, Foufoundou, Nsayi-Mamba, Mikouri, Magneto, Muntoba, Migete, Malaba, Tsétséké, etc., ne pouvaient plus prier sereinement Dieu et se nourrir de la sève évangélique.
Le site rendu salubre, les anciens de Mbamou et les paroissiens ont constaté avec consternation que l’église n’a pas été épargnée par les vandales. Elle a été profanée. Le tabernacle a été vandalisé et la sacristie complètement saccagée et vidée de tous les vêtements sacrés (chasubles, aubes, étoles, etc.) et vases sacrés. Les murs portent des impacts évidents de balles. A l’intérieur, le mur avec une arcade séparant l’autel de la nef, est profondément fissuré et en équilibre précaire. Le clocher, apparemment intact vu de l’extérieur, présente de dangereuses crevasses à l’intérieur mettant en partie l’édifice en péril. La toiture soufflée partiellement facilite l’infiltration des eaux de pluie.
Le presbytère est le plus endommagé des édifices de tout le site. Il présente des dégâts graves. On y constate des orifices béants occasionnés par des obus tirés par les hélicoptères de l’armée. Tout son parquet est en ruine et le toit est profondément enfoncé. En un mot comme en mille: Saint-Paul de Mbamou est une paroisse sinistrée.
La prière communautaire qui a clos l’opération «salubrité» a donc fait office d’Un Dimanche en paroisse, en attendant la reprise normale des activités après la bénédiction de l’église par Mgr Louis Portella Mbuyu. Au cours de cette prière, le vicaire général a exhorté les chrétiens à ne point perdre espoir ni espérance, mais à s’armer de foi et de courage «pour redonner vie aux ossements desséchés» que sont la paroisse Saint-Paul de Mbamou.   

Mbamou, une grande mission du vicariat de Brazzaville

La fondation de la mission de Mbamou fut assez particulière. Depuis la revue et la fixation définitive des limites des deux vicariats; Loango et Brazzaville, la mission de Kialou fut déplacée à Kindamba, Linzolo dépendant jusque-là de Mgr Carrie. Dans le Sud de son vicariat, Mgr Prosper Philippe Augouard n’eut de fait que Linzolo et Kialou (Kindamba). Les difficultés d’évangélisation étant évidentes, on pensa à créer une mission à Mbamou, qui fut le premier poste administratif colonial, avant Kinkala. Les travaux de Mbamou commencèrent et on fit appel aux bienfaiteurs en Europe. Une veuve de France offrit ce qu’il fallait pour ouvrir la nouvelle station, à la condition de donner le nom de Saint-Philippe à cette mission, en souvenir de son défunt mari qui portait ce prénom. Ainsi, la mission de Mbamou eut pour saint patron, Saint-Philippe et fut bénie par Mgr Augouard.
Un fait à ne point passer sous silence: c’est à Mbamou que Mgr Augouard fut abordé, pour la toute première fois en terre congolaise, par un jeune manifestant la volonté de devenir prêtre. «Avec le retour de Linzolo dans le vicariat de Brazzaville, avec la fondation de Saint-Philippe de Mbamou et à la suite de la visite pastorale qu’il effectua dans cette mission en 1915, les vocations augmentèrent. Mais, l’évêque ne pouvait toutes les accueillir.»
La station fut construite en 1911 à côté du poste administratif qui sera transféré à Kinkala, quelques années après. Elle n’était pas loin du chemin de fer de la Compagnie minière de Mindouli. Ceci donnait de l’importance à la mission, la seule et catholique au cœur du département actuel du Pool. Elle sera un haut lieu formant à la vie chrétienne, par le catéchuménat des adultes. Beaucoup d’hommes et de femmes y deviendront chrétiens. Une autre particularité de Mbamou, c’est qu’il n’y eut jamais de village chrétien comme ce fut le cas à Linzolo, à Brazzaville et ailleurs. L’évangélisation à partir de Mbamou ne fut pas faite avec des esclaves d’abord, mais avec des hommes et des femmes libres qui venaient au catéchuménat ou y étaient amenés par les missionnaires. Cette pastorale fut efficace, car beaucoup devinrent chrétiens.
Le développement de la colonie du Moyen-Congo devint assez remarquable avec la réalisation du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO). Mbamou, qui devenait florissant par le nombre grandissant des catéchumènes qui s’y rendaient pour l’initiation à la vie chrétienne, a dû voir son influence baisser, à cause des rails qui passaient à 20 Km de là, à Baratier (actuellement Kibouendé). Les hommes étaient employés de force pour les travaux du chemin de fer et les femmes faisaient du manioc pour ravitailler les chantiers où elles allaient les vendre. Mbamou connut alors son déclin et fut obligé de se déplacer en suivant le mouvement de la population. Baratier qui n’était auparavant  qu’une simple halte sur la route de Kindamba, devint une grande station. Et ce sera la fin momentanée de Mbamou. La mission de Kibouendé s’appela ainsi Saint-Philippe, puisqu’elle ne fut qu’un simple déplacement de la mission de Mbamou, en 1927.
Il faudra attendre Mgr Biéchy, évêque de Brazzaville de 1935 à 1954, pour redonner une nouvelle vie à Mbamou. Dès 1939, il voulut reprendre le Petit-séminaire de Brazzaville, commencé  par Mgr Augouard, mais en le transférant à Mbamou. Rien ne se fit cette année-là, à cause de la Deuxième guerre mondiale en Europe. Il reviendra sur cette question en 1944. «Nous devons faire un effort cette année, écrit-il, pour bâtir un Petit-séminaire définitif à Mbamou…». Une fois transféré à Mbamou, les entrées furent assez nombreuses. Lors de la rentrée de 1943, Mgr Biéchy est tout surpris par l’effectif des séminaristes. «La rentrée d’octobre dépasse toutes nos espérances: 16 nouveaux se sont annoncés venant des œuvres du Haut et du Bas: Deo gratias… Prions pour les vocations et prions pour leur persévérance».
Mais en 1945, Mbamou connaît une autre crise. La mission devenue Saint-Paul de Mbamou depuis que les activités avaient bien repris sous l’impulsion de Mgr Biéchy, et le Petit-séminaire qui faisait son importance, sera transféré à Kibouendé. Ce transfert était motivé par l’urgence des constructions à réaliser. Le déplacement devint effectif en 1946 et ceci permit de construire des bâtiments assez spacieux. L’an 1948 marqua le retour du Petit-séminaire à Mbamou. 80 élèves furent enregistrés.
Mbamou, il faut le dire, malgré son éclipse dûe à son déplacement à Kibouendé, afin d’assurer une pastorale de proximité auprès des populations qui s’étaient déplacées pour être proches de la voie ferrée, a été un haut lieu de développement du christianisme au Sud du vicariat de Brazzaville. Le Petit séminaire qui y fut établi par Mgr Biéchy, contribua, de plus bel, à son rayonnement. Si en 1948, il y avait 80 élèves, à partir de 1960, l’effectif avoisinera les 150 petits séminaristes. Devant le nombre qui ne cessait d’augmenter et tenant compte des changements que le monde moderne apportait, le père Didace Malanda, premier directeur congolais du Petit-séminaire, en accord avec Mgr Théophile Mbemba, voulut le transférer à Brazzaville. Le terrain sur lequel sont construits les deux Grands séminaires du Congo fut acheté pour cela. Ce déplacement de Mbamou à Brazzaville, même s’il s’agissait seulement des classes de Troisième, Seconde, Première et Terminale, fragilisa, une fois de plus, cette mission-paroisse. Les événements que viennent de connaître le diocèse de Kinkala (dans le département du Pool) ont donné un coup fatal à cette mission-paroisse qui a formé des chrétiens et chrétiennes ainsi que des séminaristes venus de tout le Congo et de la Centrafrique, devenus pour certains évêques, prêtres et pour d’autres ministres ou de grands cadres des pays d’Afrique centrale.
A noter que la paroisse Saint-Paul de Mbamou, fondée en 1911, est la seule mission au début de l’évangélisation du Congo, érigée au temps de Mgr Prosper Philippe Augouard, qui n’a pas célébré son centenaire! Mbamou, premier poste administratif du Pool avant Kinkala, est la seule localité qui a abrité la  première mission au cœur du Pool ayant formé une multitude de chrétiens. Aujourd’hui, elle est plus que centenaire (107 ans).
Source: article de l’abbé Jacques Bouekassa intitulé «Paroisse Saint Paul de Mbamou (Diocèse de Kinkala): Mbamou, une centenaire oubliée!» et publié dans La Semaine Africaine du mardi 27 décembre 2011.

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