Un Dimanche en paroisse : Saint-Pierre Apôtre de Makoua (Diocèse d’Owando)

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La communauté chrétienne de Makoua s’apprête à célébrer les 90 ans de la paroisse
La communauté chrétienne de Makoua a célébré avec liesse dimanche 29 juillet 2018, le dix-septième dimanche du temps ordinaire de l’année liturgique-B-, à l’occasion de la messe commémorant l’anniversaire de l’ordination sacerdotale des abbés Gervais Protais Yombo et Hervé Narcisse Elemba. Tous, hommes et femmes, enfants, jeunes et vieux s’étaient rassemblés massivement dans l’église Saint-Pierre Apôtre, bientôt vieille de 90 ans.

Ce jour-là, les deux prêtres originaires de cette paroisse, ont rendu grâce à Dieu pour le don du sacrement de l’ordre reçu respectivement le 11 juillet 1998 à Owando des mains de Mgr Ernest Kombo et le 29 juin 2008 à Troyes, en France des mains de Mgr Marc Stenger.
Ce dimanche-là, Makoua, «ville lumière», traversée par l’équateur a connu une ambiance des grands jours comme lors des dimanches précédents, au cours du même mois, marqués par les ordinations presbytérales et diaconales, puis la messe des prémices des nouveaux prêtres. C’est dans cette dynamique de joie et d’allégresse que les abbés Gervais Yombo, prêtre du diocèse d’Owando en mission pastorale dans l’archidiocèse de Toronto (Canada) et Narcisse Elemba, prêtre du diocèse de Troyes en France ont tenu à aller se ressourcer sur la terre de leurs ancêtres. Dans l’église, on pouvait lire: «Ya Narcisse, 10 ans; ya Gervais, 20 ans: bienvenue chez vous»!
Fait marquant: lors de cette messe présidée par l’abbé Elemba, l’abbé Yombo prédicateur du jour a exhorté les jeunes à l’apprentissage de l’anglais. Comme à Owando la veille, il a également appelé le peuple de Dieu à intégrer dans la vie quotidienne la notion de multiplication et addition plutôt que celle de soustraction et division. Un message fort retentissant à l’endroit de la communauté chrétienne de Makoua qui s’apprête à célébrer les 90 ans de la paroisse en septembre prochain. Pour ce faire, les chrétiens de Makoua sollicitent l’aide d’éventuels donateurs pour la restauration de la toiture de l’église dans un état de vétusté avancée. Ils invitent tout fils de la localité à aider cette paroisse, qui grâce à la présence des frères mineurs franciscains, tient à retrouver ses racines.

La paroisse actuelle n’a été acquise qu’en 1956

Située en plein cœur de la partie septentrionale du Congo, à quelque 622 Km de Brazzaville, la paroisse Saint-Pierre Apôtre de Makoua est la sixième mission du vicariat apostolique de Fort-Rousset (actuellement diocèse d’Owando) à être créée. Avec ses plus de 14.000 baptisés, elle se limite au nord par la Mambili, au sud par le village Okogoko N’Ikoumou, à l’est par le village Obondzo et à l’ouest par le village Bokagna. Les frères Tréchot y installèrent la première compagnie concessionnaire.
Selon certaines sources, les débuts de la mission de Makoua remontent au 24 janvier 1930. D’autres rapportent que la première mission fut accueillie au village Lengui du chef Itoua avant 1925. Comme Lengui ne paraissait pas le site idéal du fait que les seuls cours d’eau les plus proches, Lobi et Logni, ne pouvaient être navigables, cette mission quitta Lengui pour Bonga, la première mission que les manuels d’histoire reconnaissent. C’est pour cette raison, sans doute, que le registre de baptême de la paroisse date les premiers baptêmes au 24 mai 1928. Entre autres premiers baptisés furent: Apollinaire Aya, Agnès Ebassa, Marie Aya et Alfred Ibata.
A propos de la mission de Bonga, «Mgr Guichard put choisir un emplacement au village Bonga, à quatre kilomètres à l’est du poste administratif». C’est finalement le 24 janvier 1930 que le Conseil général de la Congrégation du Saint-Esprit approuve la fondation de la nouvelle station Saint-Pierre de Makoua. Le personnel fut le père Paul Fourmont (l’apôtre des Makouas) et le père Emile Verhille, qui venait d’arriver au Congo et affecté à Makoua. Ils étaient installés dans des cases de fortune avant d’améliorer leurs conditions d’accueil et de construire une chapelle, inaugurée par Mgr Firmin Guichard en novembre 1931, laquelle a servi jusqu’en 1949.
Les raisons ayant motivé la création de cette mission furent nombreuses. Le père Paul Fourmont dont le nom reste gravé dans la tête de tout Makoua écrivait dans l’une de ses lettres: «Pauvre poste de Makoua! Il a dû traverser bien des épreuves avant de voir aboutir les projets des quatre missionnaires qui, depuis cinq ou six ans, se sont consacrés à l’évangélisation de ce district. Et pourtant, les raisons qui motivaient l’établissement d’une mission étaient pressentes. C’étaient la fermeture de Saint-Louis de Liranga; le péril protestant devenu prochain par la présence de luthériens suédois dans la basse Sangha; c’était enfin la bonne volonté des gens et l’espérance fondée de conversions nombreuses…».
En clair, cette mission fut créée pour quatre raisons principales: la fermeture de la mission de Liranga, la montée vertigineuse du protestantisme, la volonté manifeste des «bienfaiteurs» et la foi de beaucoup de Makouas en un Dieu unique. Malgré les efforts fournis par les pères spiritains, en juin 1932, leurs maisons d’habitation furent attaquées par une violente foudre ravageant presque tout sur son passage. Le frère Alfred y avait échappé à la mort, mais aucune vie humaine n’a été atteinte. Ce n’est qu’en mars 1934 que tout fut remis en marche et que Mgr Guichard a pu alors bénir la nouvelle résidence.
C’est précisément en 1937 que ce dernier quitte Makoua, succédé par le père Paul Biéchy, alors que le père Fourmont quitte Makoua pour Brazzaville et le père Charles Lecomte vient pour seconder le père Verhille. En 1939, celui-ci est envoyé à Ouesso et l’apôtre des Makouas, le père Fourmont revient de nouveau à Makoua où il restera jusqu’en 1946 avant son affectation définitive à Brazzaville, pour s’occuper des fours à briques destinés à alimenter la construction de la basilique Sainte-Anne.
A cette époque, la mission de Makoua reçoit beaucoup de missionnaires tels que les pères Martin Joosten, Jean-Baptiste Schoeffell, constructeur de l’église Saint-Pierre, commencée en 1947 et bénie le 19 mars 1950. Cette église détruite en 1975, est symbolisée à ce jour par son clocher dans l’enceinte de l’actuel lycée de Makoua. En cette même année, au mois de mars furent lancés les travaux de la chapelle administrative Sainte-Jeanne d’Arc, inaugurée le 1er février 1948.  
La paroisse actuelle n’a été acquise qu’en 1956, et ce n’était qu’une petite chapelle. C’est à cette époque que les sœurs de la Croix de Chavanod arrivèrent à Makoua, le 4 septembre 1958. Lorsque le père Jean-Baptiste Schoeffel quitte Makoua, le père Henri Ernst vient pour assurer l’intérim. C’est précisément en 1959 que l’ancienne mission Saint-Pierre fut cédée aux frères maristes, qui étaient au nombre de quatre. Mais ils n’y dureront pas, avant de se diriger vers le Cameroun. Puisque l’Assemblée nationale décide de nationaliser l’enseignement privé et de confisquer les écoles confessionnelles en 1965.
En juin 1975, le père Martin Gottar arrive à Makoua, suivi du père Jean-François Bierling, pendant que le père Léon Pauwels, mariste, dirigeait un organisme de formation, le Centre d’évangélisation des campagnes à la mission du poste, Sainte Jeanne d’Arc. C’est grâce à ces deux missionnaires que la paroisse actuelle devient ce qu’elle est aujourd’hui, même si en 1978, le père Bierling est affecté à Ouesso. Le 29 juin 1980, Mgr Georges-Firmin Singha bénit l’église actuelle. En 1983, le père Léon Pauwels quitte Makoua pour Abidjan en Côte d’Ivoire et son Centre d’évangélisation des campagnes (CEDEC) devient le Centre Jeanne d’Arc. En janvier 1985, le père Martin Gottar annonce la confection d’un clocher de fortune avec trois cloches: Marie-Louise et Marie-Thérèse, toutes deux de l’ancienne église Saint-Pierre, et Marie-Odile de l’ancienne paroisse Sainte-Jeanne d’Arc. Ces trois cloches sonneront pour la bénédiction le 28 juin 1987. Le temps des constructions à Makoua s’achève avec l’édification, en 1987-1988, d’une grotte dédiée à Notre-Dame de Lourdes.
En 1989, le père Martin Gottar quitte Makoua, avec nostalgie. Dans ses derniers écrits, il affirme: «Départ définitif…Sur la mer la traînée se referma lentement…Soixante-et-un ans de présence spiritaine s’évanouirent…».
Après l’ère spiritaine, arrivèrent en 1991 à Makoua les Béatitudes, les sœurs de la Doctrine chrétienne et les frères mineurs franciscains. Ces derniers, après 20 ans d’exercice dans la paroisse, cèdent la place aux prêtres diocésains en 2011. C’est cette année que l’abbé Urbain Ikonga y fut nommé, avant d’être remplacé par l’abbé Egard Ovoula, puis plus tard par l’actuel curé, le frère Frédéric Pianzi, franciscain.
Au total, la paroisse de Makoua a connu cinq missions: Lengui (1924), Bonga (1928), l’ancienne église Saint-Pierre (1947), Sainte-Jeanne d’Arc (1947) et l’actuelle église Saint-Pierre (1956). Makoua dispose aujourd’hui de plusieurs écoles (petit séminaire, hôpitaux et logements). Au niveau religieux, la localité compte une chrétienté dense, un nombre impressionnant de prêtres, dont deux évêques originaires de la localité (Mgr Hervé Itoua, évêque émérite de Ouesso et Mgr Victor Abagna Mossa, évêque d’Owando), et de nombreuses religieuses.

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