Fête de Pâques-B-«Alléluia!»Textes: Ac 10, 34a. 37-43; Ps 117 (118); Col 3, 1-4; Jn 20, 1-12.

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«Il est vivant! Il est ressuscité»! Voilà les paroles qui vont accompagner nos célébrations liturgiques durant la veillée pascale, le dimanche matin, le dimanche de la résurrection et tout le temps pascal. Si aujourd’hui, après 2000 ans de christianisme, nous célébrons la grande fête de Pâques, c’est parce qu’une chaine interrompue de croyants nous ont transmis cette foi pleine d’espérance dans la résurrection du Christ. Mais qu’est-ce que cela veut dire pour nous, hommes et femmes d’aujourd’hui ?


Que signifie réellement la Pâques par exemple pour nos frères et sœurs de la rive gauche du Congo d’en face englués dans une espèce de violence endémique? Quel est l’écho de cette annonce pour les gens, vivant dans ce que le jésuite camerounais E. Mveng qualifiait de pauvreté anthropologique c’est-à-dire une sorte de pauvreté qui ne concerne pas seulement les biens extérieurs ou intérieurs, mais l’être, l’essence, la dignité même de la personne humaine (...) c’est l’indigence de l’être, lourd héritage des siècles d’esclavage et de colonisation, et aujourd’hui d’amateurisme et de mauvaise foi politique caractérisée de la part de nos satrapes?
La liturgie de Pâques nous permet de méditer trois aspects de cet avènement unique survenu dans l’histoire: la résurrection. L’Evangile nous présente le récit des faits. L’épitre aux Colossiens nous en dit les conséquences pour vos vies. Le premier texte nous montre la fécondité apostolique qui jaillit de l’expérience des témoins et qui rayonne de la vie des premiers croyants.
Le récit qui nous est proposé est celui de Jean. Pas plus chez Jean que chez les autres évangélistes, nous ne trouvons le récit de l’acte même de la résurrection. Le moment où Jésus s’éveille de la mort et sort du tombeau échappera toujours au constat de notre curiosité. Il n’y aura jamais d’autre récit de la résurrection que le témoignage de ceux et celles qui ont rencontré Jésus vivant. Déjà ceci est d’un grand enseignement pour nous. La résurrection ne s’adresse pas à nos curiosités intellectuelles. Ces curiosités sont inutiles. Elles voudraient, en effet, faire reposer la foi sur des démonstrations à notre portée, sur des preuves que nous pourrions maitriser. Ce désir en nous, qui devient si facilement une exigence aux heures de doute, n’est rien d’autre que la négation même de l’acte de foi qui est toute entière confiance en la parole de quelqu’un. Jean place comme premier témoin, Marie Madeleine.
Nous pouvons nous réjouir que le premier témoin soit une femme. Le plus intéressant en ceci est certainement l’identité de cette femme. Il s’agit de la pécheresse que l’amitié de Jésus arracha à sa vie déboussolée. Déjà se dessine un des axes essentiels de la relation au Seigneur. Nous ne pouvons aller vers lui qu’à partir de nos péchés puisque c’est du péché que sa venue veut nous libérer. Déjà nous avons vu Jésus choisir Pierre comme pasteur des pasteurs de son peuple. Or Pierre est le disciple du plus grand péché, celui du reniement. Pourquoi ce choix? Mais parce que les Apôtres n’ont d’autre mission que d’annoncer la miséricorde, le pardon de Dieu. Qui saura le mieux confirmer ses frères et ses sœurs dans cette mission sinon celui qui aura fait l’expérience du plus grand retour. Au lieu de nous morfondre dans le remords de nos péchés, que le Ressuscité nous apprenne la contrition qui n’est rien d’autre que l’immense joie d’être libéré et sauvé.
C’est ce que nous disent les quelques lignes de la lettre aux Colossiens. Nous sommes ressuscités avec le Christ. Nous sommes arrachés à la mort et au péché. Il nous est rappelé que notre vie change d’axe. Au lieu d’être orientée vers le bas, vers la recherche de nous-mêmes, elle est désormais orientée vers le haut, vers Dieu. La résurrection du Christ nous révèle que la fin de la vie humaine n’est pas la mort. S’il en était ainsi, on pourrait comprendre que notre désir de bonheur oriente sa recherche vers les seules réalités de la terre. Aujourd’hui nous apprenons que notre destinée est infiniment plus vaste que la petite parenthèse qui va de notre naissance à notre mort terrestre. C’est la terre entière qui change de visage. Elle n’est plus notre but. Elle devient un moyen. Prendre pour fin absolue quelque chose de la terre équivaut désormais à nier Dieu, à entrer dans l’idolâtrie, qui le plus grand péché de l’homme.
A lire les Actes des Apôtres, cette vie nouvelle, consciente de son éternité à cause de la rencontre du Ressuscité, comporte une caractéristique que n’avait jamais eue la foi juive. Alors que celle-ci était caractérisée par le choix divin d’un peuple particulier comme élu par Dieu pour porter en lui, au nom de l’humanité, l’espérance du Messie, la foi chrétienne fait éclater ce particularisme. Le chrétien découvre que le Messie annonce une nouveauté destinée, dès aujourd’hui, à tous les hommes puisqu’elle révèle, purement et simplement, la nature profonde de l’homme et sa destinée surnaturelle. Comment taire cela? Comment ne pas vouloir que tout homme puisse connaître cette révélation? On peut même dire que la foi chrétienne n’a qu’une seule vocation, annoncer au monde entier ce qui vient d’être montré à quelques-uns.
Aussi, dès le début de cette liturgie de Pâques, l’Eglise nous présente saint Pierre annonçant la Bonne Nouvelle à une famille romaine, païenne. Nous verrons les disciples de Jésus parcourir le monde connu afin de proposer au monde entier la découverte qu’ils viennent de faire. L’Eglise est missionnaire ou elle n’est pas. Elle est missionnaire, non par décision mais par nature. Allez jusqu’aux extrémités de la terre et n’ayez-pas peur nous dit Jésus aujourd’hui. Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps.

Saturnin Cloud BITEMO, sj

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