«Magnum principium» lettre apostolique du Pape François sur la traduction des livres liturgiques : Pistes de lecture et propositions pour l’Eglise-Famille de Dieu au Congo-Brazzaville

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Fidèle à la réforme liturgique impulsée par le Concile Vatican II, le Pape François vient de publier (9 septembre 2017) une lettre apostolique sous forme de Motu Proprio intitulée «Magnum principium» (L’important principe). Cette lettre apostolique porte principalement sur la modification du canon 838 de l’actuel Code de Droit Canonique. Modification qui entrera en vigueur à partir du 1er octobre 2017.

 

I. Pistes de lecture
Contenu dans le Livre IV qui traite de la fonction de sanctification de l’Eglise («De Ecclesiae munere santificandi»), le canon 838, en effet, réglemente les compétences en matière d’organisation de la vie liturgique de l’Eglise. Du point de vue de la forme, ce canon conserve la subdivision quadripartite de sa version précédente. Par ailleurs, c’est au niveau du fond que la modification intervient, plus précisément au niveau des paragraphes 2 et 3 qui concèdent non plus au Saint siège (version précédente), mais aux Conférences épiscopales la compétence en matière d’adaptation, de traduction, d’approbation et de publication des livres liturgiques en langues vernaculaires dans les régions qui relèvent de leurs compétences, après confirmation par le Saint siège.
En clair, avant ce Motu Proprio, la traduction des livres liturgiques en langues vernaculaires se faisait en amont par les Conférences épiscopales à partir du latin. Après un examen minutieux, la Congrégation de tutelle, à savoir la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements octroyait sa reconnaissance qu’on appelle en terme technique «recognitio». A ce stade du travail, ladite Congrégation pouvait encore formuler des propositions et procéder à certaines modifications avant de ratifier et confirmer le document final («confirmatio»). Mais avec la lettre apostolique «Magnum principium», cette reconnaissance (recognitio) devient ipso facto confirmation («confirmatio»).
Ainsi, en renforçant le rôle des Conférences épiscopales dans la traduction des livres liturgiques, le Pape François s’inscrit dans la droite ligne de la constitution conciliaire sur la sainte liturgie «Sacrosanctum Concilium» qui prône une participation «consciente, active et fructueuse des fidèles» (n°11). En ce sens, place-t-il au premier plan la responsabilité directe des Conférences épiscopales dans l’organisation et le déploiement de la vie liturgique dans les régions relevant de leurs compétences.
Toutefois, dans cette lettre apostolique le Pape François édicte au moins quatre principes majeurs que les Conférences épiscopales sont tenues d’observer en matière de traduction des livres liturgiques: 1. Privilégier ce qui est utile et bon pour les fidèles; 2. Veiller au respect du caractère propre à chaque langue; 3. Respecter le sens du texte original; 4. Veiller à l’unité du rite romain.
Au demeurant, cette lettre apostolique offre aux Conférences épiscopales du monde entier des perspectives pertinentes pour le développement de la vie liturgique en particulier et de la vie pastorale en général dans les diocèses et les paroisses qui relèvent de leurs compétences. Dès lors, comment la Conférence épiscopale du Congo peut-elle s’approprier ce document? Quelles en sont les pistes envisageables?

II. Propositions pour l’Eglise-Famille de Dieu au Congo
Au Congo, l’usage des livres liturgiques est subordonné aux langues majoritairement parlées dans chaque diocèse. Si le français comme langue officielle s’impose aussi en liturgie, l’usage des livres liturgiques dans cette langue ne souffre d’aucune entorse, puisque notre Eglise locale «consomme liturgiquement» tous les textes produits par l’A.E.L.F. (Association épiscopale liturgique pour les pays francophones).
En revanche, il y a une multitude de langues vernaculaires au Congo et chaque diocèse opte pour les langues les plus usuelles. Avec les nouvelles normes édictées par le Saint Père, nous avons désormais la possibilité d’effectuer un «aggiornamento» des livres/documents liturgiques hérités des missionnaires ou des travaux de certains évêques, prêtres et laïcs qui ont œuvré dans ce domaine. Aussi, avons-nous la possibilité d’ouvrir des chantiers encore inexploités dans ce domaine (traduction des autres livres liturgiques dans nos langues: la célébration des sacrements par exemple). Car l’efficacité de l’évangélisation, de la catéchèse et l’action liturgique de l’Eglise en dépendent substantiellement (Lex orandi, lex credendi).
Il appartient donc à la Conférence épiscopale nationale de coordonner un tel chantier afin que le peuple de Dieu puisse vivre, pratiquer et célébrer sa foi dans sa culture en général et dans ses langues en particulier. N’est-ce pas là le mode d’expression par excellence de l’inculturation?
Cependant, il nous faut dépasser toute tendance visant à identifier un diocèse à une langue ou à une ethnie précise. Toutes les langues du Congo font partie de notre patrimoine culturel commun et peuvent être utilisées partout dans la mesure du possible, surtout qu’on observe de plus en plus un brassage linguistique aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Cela va sans dire que dans tous les diocèses du Congo, on exécute les chants dans toutes les langues vernaculaires nationales. C’est un élément positif qu’il faut encourager et promouvoir. Car, c’est à la fois une fierté et une richesse d’avoir autant de langues vernaculaires, mais pourvu qu’elles servent à renforcer l’unité et la cohésion nationale. C’est donc dans cet état d’esprit qu’il sied de mener ce travail synergique, en mettant à contribution tous les «experts» (dans l’esprit du numéro 25 de Sacrosanctum Concilium) pour que soient mis à la disposition du peuple de Dieu des livres liturgiques dans les langues de chez nous.

Abbé Fabrice N’SEMI
Faculté de théologie de Lugano, Suisse.

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