«Catholiques, sommes-nous chrétiens?»

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

C’est le titre d’un ouvrage paru naguère, qui a pu surprendre ou choquer. Saint-Augustin, rapportant les dernières paroles de Sainte-Monique, sa mère, lui prête ces paroles, parmi d’autres, pleines de foi: «Une seule chose me faisait désirer de m’attarder en cette vie, quelque temps encore. C’était de te voir, avant ma mort, chrétien-catholique!».

 

Il faut dire que le grand Africain avait navigué dans plusieurs philosophies, traversé plusieurs systèmes, plus ou moins religieux et sa sainte maman redoutait de le voir, venant au Christ, s’égarer vers quelque secte ou dans le schisme donatiste qui connaissait le succès à ce moment-là, à Hippone. Monique ne confondait pas les deux qualités, si je puis dire. C’est qu’à l’époque, comme maintenant, si les catholiques étaient chrétiens, puisque validement baptisés, tous les baptisés n’étaient pas ou n’étaient plus catholiques. Ils n’étaient pas ou ne se voulaient plus fidèles de la «Grande Eglise». Beaucoup du reste étaient peu généreux dans le témoignage et peu soumis à l’institution voulue par le Christ-Sauveur.
L’Eglise se reconnaît aux quatre notes, comme disent les théologiens: «Une, sainte, catholique et apostolique». Mais, qui y songe seulement? Ce sont les schismes, au cours de l’histoire, qui ont donné à la note «catholique» (universelle) l’importance d’un nom propre. Le qualificatif «catholique» nous rattache à l’institution voulue par le Seigneur. Divine bien-sûr mais humaine aussi. Le danger est de ne voir que ce qu’elle a parfois de «trop humain».
Le qualificatif «chrétien» nous désigne comme membres vivants du Corps du Christ, de qui nous tenons «la vie, la croissance et l’être». Nous n’y penserons jamais assez. Catholiques, on nous a présentés dans une église, pour y trouver, par le baptême d’abord, puis par les autres sacrements, la vie. «Je suis venu, dit Jésus, pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance» (Jean 10,10).
La mère Eglise nous a mis au monde et nous donne les moyens d’entretenir la vie reçue d’elle. Elle fait de nous des fils au Père. Membres du Christ puisque chrétiens, il nous faut témoigner du Christ, le laisser voir en nous, parler pour Lui... Etre Christ pour ceux qui le chercheront en nous. Par toute notre vie, quelle que soit notre vocation personnelle et notre «devoir d’état», ce que nous avons à faire là où Dieu nous appelle. Cela ne saurait aller sans notre effort courageux et persévérant. Comment cela? Mais, «à coup d’Evangile», si je puis dire. Je ne puis me dire chrétien, si catholique que je m’affiche, je ne fréquente pas Jésus, Lui, le Seigneur, l’ami, le modèle, par la lecture priée de l’Evangile où il se montre à nous. Pour que nous le montrions aux autres auxquels il nous envoie... Mission de tout chrétien!
Il nous faut «avoir en nous les sentiments du Christ-Jésus» (Paul Philippiens 2,5). Comment les aurions-nous, si nous ne connaissons pas Jésus. S’il n’est qu’un nom, un mot pour nous, au lieu d’être le compagnon de nos vies? Pour penser comme Lui, agir comme Lui, aimer comme Lui et l’aimer, Lui.
Beaucoup sont catholiques, parce qu’inscrits sur un registre, à une date qu’ils ignorent sereinement, mais ils savent sous quel signe zodiacal ils sont nés! Mais, chrétiens? Leur vie, telle qu’elle s’étale aux yeux de leurs proches, de leurs voisins, ne laisse rien voir du Christ dont ils sont théoriquement les témoins. Tristes témoins qui ne savent pas et ne parlent pas! Leur baptême les avait pourtant appelés à une intimité avec le Christ. «Si quelqu’un m’aime, dit Jésus en personne, mon Père l’aimera. Nous viendrons et nous ferons en lui notre demeure» (Jean 14, 23).
Dans quelle mesure Jésus est-il quelqu’un pour eux? Même des pratiquants! Que de «catholiques» vivent en fait en «athées pratiques». Sans relations de prière et d’amour avec le Seigneur de leur baptême!
Et nous, et moi? Jésus est-il l’inspirateur de nos sentiments ou leur correcteur éventuellement? La lumière de leur esprit, la force de leur action? Jésus et son esprit occupent-ils toute la place en leur cœur? «Laisse-moi faire», nous dit-il. Laisse-moi te faire... Si tous les catholiques étaient chrétiens «pour de vrai», transparents depuis le baptême qui les a remplis du Christ, le monde serait autre qu’il n’est, parce que les gens rencontreraient le Christ autant de fois qu’ils croiseraient un catholique chrétien; ce Christ qu’ils ignorent et dont ils condamnent justement l’absence dans la vie de ceux qui se réclament de lui. Cela va bien au-delà du «passage» par l’église bâtiment! Trois ou quatre fois par vie! On ne fait, en effet, que «passer». «L’Eglise, salle des pas perdus...». Bien perdus en effet!
Jamais, Jamais, je n’ai entendu un catholique de ce type me dire qu’il croyait en Jésus-Christ. Jamais! Il mourra peut-être sans avoir soupçonné qu’il était aimé de Jésus et que Jésus mendiait son amour. Oui, aimé de nous, Jésus qui nous aime.
En somme, il est facile d’être catholique, si la vie religieuse se réduit à des gestes, des rites, des habitudes même bonnes, (même pénibles à de certains moments), si la vie religieuse se réduit à un baptême et que rien n’a suivi qui ait ressemblé à une vie! Il aura été une naissance, oui, mais pas une croissance, un progrès, faute d’avoir été une éducation...
L’Eglise a sans cesse à se tourner vers Jésus, à vérifier sa fidélité, avant de la proposer au monde. L’Eglise catholique doit donc sans cesse devenir chrétienne, c’est-à-dire de se laisser faire par le Christ. L’Eglise n’a à nous procurer que les moyens surnaturels de ressembler à son Seigneur. Elle ne fera jamais autre chose. Même si elle est moquée, insultée, persécutée, humiliée.
L’Eglise catholique n’est jamais aussi chrétienne que lorsqu’elle fait son Chemin de Croix, avec son Chef. Faisons mentir, par notre vie et notre fidélité à l’Evangile, les propos de Brassens selon lesquels «l’Evangile est un livre dont les Catholiques ne fatiguent pas les pages!». Serait-ce dire qu’ils redoutent de devenir chrétiens?

Abbé Jacques
NGANGA NITUMOSSI

Informations supplémentaires