Troisième dimanche de l’Avent–A-«Il vient pour les pauvres, les malades et les prisonniers» Textes: Is 35, 1-6a.10; Ps 145; Jc 5, 7-10; Mt 11, 2-11

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Bonheur et paix, voilà les deux promesses de Dieu pour nous. Ce que nous disait la liturgie du dimanche dernier. Et c’est le prophète Isaïe qui nous l’a traduit en des termes clairs. Dieu enverra un sauveur qui, contrairement à nous, ne jugera pas selon les apparences: «Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays.»  Ce Messie fera naître un monde nouveau où «le loup habitera avec l’agneau et le léopard couchera avec le chevreau», un monde sans violence, sans haine, sans injustice, une terre d’amitié et de fraternité. Le texte de Martin Luther King: «I have a dream» était inspiré de ce passage d’Isaïe 11, 1-10.


Ce monde de paix qui est devenu l’attente première de ce pays qui, depuis son indépendance politique en 1960 et même avant, a fait de la violence gratuite et de la cruauté sans nom, son mode d’être, son identité propre. Et le Christ nous dit que cette grande espérance, nous pouvons commencer à la réaliser dès maintenant. De temps à autre, nous rencontrons des personnes qui témoignent et qui vivent à plein, au nom de leur foi en Dieu, cette espérance promise: Martin Luther King, Desmond Tutu, Nelson Mandela, Teresa de Calcutta, Mgr Romero, Jean Vanier, cardinal Emile Biayenda, Mgr Christophe Munzihirwa, etc. Pour faire naître ce rêve de Dieu, Jean Baptiste nous rappelait que nous avons besoin de conversion, de changer de direction.
Ce dimanche, le même Jean-Baptiste dans le texte de l’évangile, est troublé cette fois-ci quant à l’identité de Celui qui porte cette espérance, Jésus-Christ. Se serait-il trompé? Il croyait que le Messie viendrait comme un juge strict et impartial pour punir et récompenser selon les attentes juives. Et voilà que Jésus visite les publicains et les pécheurs, il guérit les malades, proclame «bienheureux» les gens doux et ceux et celles qui savent faire la paix. Il dit qu’il ne faut pas juger les autres et qu’il faut aimer ses ennemis. Jean commence à avoir des doutes sérieux sur l’identité de Jésus: «Es-tu vraiment celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre?» «Jésus répond aux envoyés de Jean: allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu (…). Heureux celui qui ne se scandalisera pas à cause de moi.»
En citant délibérément ces textes, plutôt que d’autres, Jésus indique quel genre de Messie il a choisi d’être. Dieu ne se manifeste pas par des gestes de vengeance et de triomphe, mais par des actes de bonté envers les défavorisés et les souffrants, les aveugles, les boiteux, les lépreux, les sourds, les publicains et les pécheurs. Sachant que ce genre de messie ne correspond pas à l’attente des gens, le Christ ajoute: «heureux ceux et celles qui ne se scandaliseront pas, qui ne trébucheront pas à cause de moi».
Le texte d’Isaïe, dans la première lecture, correspond au texte de l’évangile lorsqu’il dit: «Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent: «Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu… Il vient lui-même pour vous sauver.» (Isaïe 35, 3-4). Nous venons de l’entendre. Le Messie ne se manifestera pas dans les atouts grandioses que les hommes ont attribués à la divinité. Il viendra pour les pauvres. Pour ne pas manquer la venue de l’Envoyé de Dieu, il est important que nous nous reconnaissions du côté de ceux et celles pour qui il vient. Si nous ne nous voulons pas pauvres parmi les pauvres, nous manquerons la venue du Sauveur. Si nous ne nous reconnaissons pas malades et cœurs brisés ou prisonniers, la véritable Noël ne sera pas pour nous.
A première vue, pourtant, nous sommes riches, en bonne santé et libres. Que veut donc nous dire le Seigneur? Il nous supplie de ne pas nous contenter d’un regard superficiel sur nous-mêmes et sur notre vie. Il nous provoque à une conversion de notre regard et de notre cœur. Esclaves, nous le sommes, de toutes nos richesses, de notre savoir, de notre autorité, de notre pouvoir. Les choses auxquelles nous tenons, demandons-nous si ce ne sont pas elles qui en fait nous tiennent. Dans ce cas, nous sommes bel et bien prisonniers. Les cœurs brisés, détraqués, ne sont-ils pas nos propres cœurs devenus incapables d’aimer vraiment d’autres personnes que nous-mêmes? Quant à la pauvreté qui nous fait horreur, n’est-ce pas notre situation réelle lorsque nous regardons nos vies si étrangement remplies pourtant, mais vides de la présence de Dieu?
Cette conversion est, évidemment, une tâche spirituelle et intérieure. Mais rien n’est vrai de nos démarches intérieures si elles ne s’expriment pas en des démarches concrètes dans nos vies. Voilà pourquoi le temps de l’Avent nous invite à aller bien concrètement  à la rencontre de ceux de nos frères et sœurs qui sont physiquement ou moralement pauvres, malades ou prisonniers. Non pas dans une attitude condescendante et par pitié. Allons vers eux comme vers des frères et sœurs puisque ce qui se manifeste dans leur corps, dans leur vie, n’est que le signe de ce qui nous atteint tous dans le cœur intime de nos profondeurs. C’est parfois notre profession qui nous pousse à les rencontrer. Bien sûr face à bien des misères, nous ne pourrons pas grand-chose. Cela nous permettra de faire jaillir en nous la véritable espérance à laquelle nous pourrons, parfois, les associer. Cette espérance nous tourne vers Dieu pour désirer qu’il nous donne un sauveur capable, lui, d’accomplir en perfection ce que notre générosité a pu simplement commencer. Cette même espérance nous révèlera la grandeur de nos tentatives et de nos commencements, pour si petits qu’ils soient, puisque sans eux, le Seigneur ne trouverait rien de bon à ressusciter en nous.

Saturnin Cloud BITEMO, SJ

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