De courte mémoire ou lorsque l’hôte abuse de l’hospitalité du maître des lieux

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Dans un chef-d’œuvre de Bernard Bakana Kolelas intitulé «L’hospitalité africaine», il est mis en exergue la notion de l’hospitalité africaine, au-delà des limites, allant jusqu’à céder son épouse pour la nuit, à l’hôte de passage. Au Congo, il ne s’agit pas d’un abus de l’étranger qui est de passage, qui aura donné de petits coups de pieds sous table ou aura fait des clins d’œil à l’épouse de l’hôte, le maître des lieux, mais plutôt du consentement dudit maître des lieux.

Il n’y a donc ni adultère, ni infidélité. C’est l’hôte qui en aura décidé, bon gré ou mal gré, que son épouse soit à la disposition de l’étranger. Après tout, ce n’est que passager. Et tout n’est point consommé, tel que peut le clamer l’un des repus. C’est plutôt au grand bonheur de «l’hospitalité africaine». Comme qui dirait: «Aujourd’hui ma peau, demain la tienne!». Sorte de ristourne, à l’ancienne africanité.
Cette «afritude» n’est donc pas la raison qui fit qu’en 1960, le Gabon expulsa de son sol, les Congolais de Brazzaville, à la suite d’une victoire du Congo contre le Gabon, en football, au stade Eboué, à Brazzaville. Xénophobie, ras-le-bol de cohabitation? L’on ne saurait exactement quel genre de piment piqua nos frères gabonais au plus fort de l’instinct, pour agir ainsi. La défaite de son équipe nationale suffisait-elle pour mettre hors du territoire gabonais, tous les ressortissants congolais, bien identifiés, car on fit porter à chacun, une étiquette au cou, sur laquelle était gravé un numéro matricule, à l’instar des prisonniers, en vue de mieux les retrouver en cas de d’évasion? Pourtant, on ne pouvait pas reprocher aux Congolais de s’être mal comportés en territoire gabonais, en commettant des actes de banditisme comme le viol singulier ou collectif, le vol à foison, le vandalisme à grande échelle, etc.
En contre-partie, le Congo n’avait jamais tempêté ni par des élucubrations, des éditoriaux, des pamphlets, encore moins par des diatribes ou parjures, comme c’est le cas aujourd’hui, à la suite de l’opération «Mbata ya bakolo», en République Démocratique du Congo, où certains citoyens ont du mal à mesurer la philanthropie d’une fraternité séculaire entre les deux peuples de la RDC et de la République du Congo.
En 1964, alors que le Congo-Brazzaville était encore en train de savourer la victoire de son indépendance de 1960 et celle de sa jeune révolution de 1963, la République sœur de Léopoldville (Kinshasa aujour-d’hui) choisit ce moment, pour expulser, intempestivement, les frères et sœurs congolais de Brazzaville, dans des conditions aussi draconiennes que celles infligées aux colonisateurs flamands. D’ailleurs, des chansons populaires faisaient état de ce que «les Flamands avaient laissé leur café à table», pour avoir été chassés en pleine matinée.
Chassés du Congo belge en 1964, sans baluchon sur la tête, les Congolais de Brazzaville ne manifestèrent aucune animosité contre leurs frères et sœurs de la RD Congo. Rappelons que ladite expulsion était survenue par crainte du pouvoir de Léopoldville de devenir socialiste comme le révolutionnaire Congo-Brazzaville, du fait des alliances entre Fulbert Youlou et Moïse Tshombé, héritées de facto par le président Alphonse Massamba-Débat qui, à son tour, proposa le «socialisme bantou», alors que le Congo-Léopoldville avait opté pour le capitalisme calqué à l’américaine, par ses nouveaux dirigeants membres de la C.i.a, et convaincus que c’était l’ultime voie de salut pour eux.
L’on se souviendra, pour ceux de ma génération, que les rapatriés de Léopoldville (Kinshsasa) n’étaient autorisés à prendre sur eux aucun moindre petit bien et étaient embarqués, manu militari, dans les «Massoua-Congolia», nom attribué aux bateaux assurant le trafic sur le fleuve Congo entre les deux capitales.
Des Congolais, victimes d’accidents de travail sur le sol de la RDC, se déplaçant en tricycles, avaient été mis dans les Congolia, avec leurs épouses et enfants, sans possibilité de ramener un seul petit bien.
Face à ces deux expulsions des Congolais, par le Gabon et la République Démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, tel un roseau qui plie mais ne rompt point, ne remit pas en cause ses relations avec ses deux voisins. Les Congolais refoulés regagnèrent leur pays, sans qu’aucun centre d’accueil, ni mesures particulières ne soient prises en leur faveur. Bien au contraire, fiers de revenir chez eux, certains allèrent s’installer loin de Brazzaville, dans leurs villages natals, pour la plupart, afin d’oublier les affres de la civilisation urbaine, se disaient-ils, ne rechignant aucunement cet état de fait et sans ressentiment vis-à-vis des autorités du Congo-Léopoldville.
Et comme si cela ne suffisait pas, quelques années plus tard, les ressortissants de l’Afrique de l’Ouest taxèrent le Congo-Brazzaville de «Congo-Zoba», alors que ces derniers bénéficiaient de beaucoup de largesses de la part des autorités congolaises, dans la libre circulation des personnes et des biens, les laissant même dominer le secteur commercial, sur l’ensemble du territoire national. Ajouter à cela les mariages clandestins à la sauvette, auxquels ils se livraient avec les jeunes femmes du pays. Voilà le juste prix de l’hospitalité africaine!
Blessé dans son amour propre, le Congo-Brazzaville décida d’expulser les Africains de l’Ouest, en remettant leurs boutiques aux Congolais capables de les gérer, à travers une opération dénommée B.c.m (Boutique à la commission). Seuls les Sénégalais ne furent pas expulsés, parce que leur représentation avait donné raison au Congo, en condamnant le vocable «Congo-Zoba», dans une déclaration officielle.
Avant le déclanchement de l’opération de police «Mbata ya ba kolo», les Brazzavillois suivaient, avec émoi et effroi, la chaîne de télévision kinoise, Molière, dans son émission quotidienne «Kin-Makambo», les épopées des Koulouna (des bandits), relatant des faits insolites de banditisme à vous couper le souffle, qui advenaient à Kinshasa. Ces scènes aussi sadiques qu’amorales, ne se produisaient pourtant pas à Brazzaville, Pointe-Noire ou Dolisie, mais bel et bien en RDC. Dans les quartiers de Kinshasa, que de larcins! En plein marchés, que des pickpockets (argent, téléphones portables, bijoux, etc, emportés) allant jusqu’à trucider la partie du corps qui porte ledit bijou. Tout ça, c’est «Kin-Makambo». Est-ce normal qu’un peuple cultivé revive la barbarie du temps des Corsaires, Vikings ou Western, en plein monde moderne?
Tous ceux qui ont voulu s’immiscer dans cette «affaire de famille», se sont tout simplement mis le doigt dans l’œil. Car ces intellectuels, à fortiori ces diplomates internationaux, devraient avoir mieux à faire, surtout conjuguer leurs efforts dans la résolution des crises dans certaines parties du monde, telles que le conflit israélo-palestinien, la guerre en Syrie, la montée du djihadistes, de Boko-Haram au Nigéria, etc, qui tirent le continent, sinon la civilisation mondiale vers le bas.
Autant qu’on s’en souvienne, dans les années 80, la France a excellé dans les expulsions des Africains, manu militari, directement embarqués dans des charters affrétés pour la circonstance. Nos frères maliens en payèrent le prix. Du côté des Etats africains: bouches cousues.
Comparaison ne saurait être raison. Mais de mémoire fraîche, les expulsions des Roms en France, ont fait tant parler d’elles. Et nous avons encore en mémoire, l’expulsion, en octobre 2013 de la jeune collégienne, Léonarda, 15 ans, en pleine année scolaire, vers son pays d’origine, le Kosovo.
Il faut se rassurer que Kinshasa et Brazzaville, les deux capitales les plus proches au monde, sont intimement liées, par une histoire impétueuse, caractérisée par: «Je t’aime, moi non plus». Une histoire s’illustrant par des mariages mixtes, les mêmes ethnies de part et d’autres, la même culture, la rumba commune, ayant en partage un même fleuve, l’un des plus grands bassins fluviaux du monde, etc.
En tout cas, l’une sans l’autre ne saurait être elle, car il est mis en évidence par les deux capitales, les enjeux de la mondialisation qui l’emportent sur le séparatisme des nations. Et nous osons espérer que l’opération «Mbata ya bakolo» a engendré un quiproquo qui, à la lumière du rétablissement de l’ordre administratif, se tassera. Toutefois, il faut veiller à soigner de part et d’autres, nos us et coutumes, dans le respect absolu des dix commandements auxquels nous ajouterons celui de déclarer chaque naissance, afin que chaque citoyen ait une identité civile et éviter ainsi des citoyens sans Etat-civil, dont certains deviennent source d’insécurité, parce que se disant: ni vu ni connu, au mépris des lois et règlements.

Auguste
KINZONZI-KITOUMOU

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