Sommet Afrique-France de Paris sous François Hollande: quoi de neuf ?

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Chaque année, depuis 1973, le gouvernement français réunit, autour de lui, des leaders africains, pour ce qui est appelé: «Sommet France-Afrique» ou «Afrique-France». A l’origine, il s’agissait, plutôt, d’un sommet «France-Afrique francophone». Depuis un certain temps, ces rencontres ont pris beaucoup d’importance et d’ampleur, au point que tous les Etats africains y sont invités, tout comme l’Organisation des nations unies et l’O.u.a, devenue Union africaine.


Le sommet se tient alternativement, en France et en Afrique. Il traite, chaque fois, de thèmes différents. Les Africains se souviennent, particulièrement, du 16ème sommet, celui de La Baule, du 19 au 21 décembre 1990, sur le thème: «Démocratie et développement». Trois décisions y furent prises: 1- aux P.m.a (Pays les moins avancés), la France accorderait des dons; 2- aux pays à revenus intermédiaires, la France ferait des prêts publics avec un taux d’intérêt de 5%, au lieu de 10%; 3- soutien à la démocratie en Afrique, qui déterminerait la position de la France, pour accorder ces dons et ces prêts.
Mais, il y eut d’autres sommets avec des fortunes diverses. Le 20ème sommet, qui eut lieu à Paris, du 26 au 28 novembre 1998, était, justement, consacré à la «défense et à la sécurité en Afrique». L’Afrique avait fait le plein, avec 52 Etats représentés, dont 35 au niveau le plus élevé. Cela se passait en pleine guerre en République Démocratique du Congo. Les présidents Laurent-Désiré Kabila et Yoweri Museveni étaient présents, comme d’autres protagonistes de la guerre en RDC. L’O.u.a était représentée par son secrétaire général, Salim Ahmed Salim.
Comme il fallait s’y attendre, on parla de la RDC, de la Somalie, de l’Angola, du Sahara occidental, etc. On réaffirma l’engagement du sommet en faveur de la paix, de la sécurité et de la stabilité comme préalable au développement de l’Afrique. On exprima l’appréciation du sommet au président Abubakar Abdul Salam du Nigeria pour l’accord d’Abuja sur la Guinée Bissau. Le président Gnassingbe Eyadema exposa son initiative des forces en attente.
Et puis, chacun s’en retourna chez soi, comme il était venu et se retrouva dans la même situation, face aux défis quotidiens et à la guerre, pour ceux qui étaient en guerre. Aucune solution, aucune initiative, chacun comptant sur ses alliés habituels.
Puisque l’on parlait de défense et de sécurité en Afrique, je faisais partie de la délégation de l’O.u.a. Le prochain sommet du 6 au 7 décembre 2013, s’apparente bien à celui de 1998, avec pour thème: «Sécurité et paix en Afrique». Quarante-deux chefs d’Etat sont attendus. S’agira-t-il de justifier les interventions ivoirienne, libyenne et malienne ou abordera-t-on les prochaines interventions en Centrafrique? Les Africains vont-ils écouter, religieusement, le président Hollande déclamer ses Etats d’âme à propos de la situation au Sahel ou ailleurs, puis laisser à la France le soin de verser le sang de ses hommes et de «casquer» finances, matériels dans un droit d’ingérence humanitaire mal défini? Ou sera-ce une grand-messe de plus pour rien en dehors des contacts bilatéraux que de nombreux leaders affectionnent? Je me pose toutes ces questions. Seul l’avenir nous dira si le couple Hollande-Fabius peut faire mieux que Chirac et son ministre des Affaires étrangères. Je ne voudrais pas être aussi pessimiste que l’auteur de I’Ecclésiaste, pour penser qu’«il n’y a rien de nouveau sous le soleil». «Wait and see», comme le disent les Anglophones.

Gustave PANA ZOULA
Ancien fonctionnaire de l’OUA

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