Le carnaval de Barranquila à Brazzaville ou le devoir de mémoire pour les survivances de la culture africaine en Colombie

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Du 9 octobre au 11 octobre 2013, se tient une conférence, à Brazzaville, dans le cadre des «journées culturelles pour la promotion du patrimoine culturel congolais, au service du développement durable», afin d’approfondir les liens qui unissent la culture congolaise à celle de la Colombie. Cet événement est l’occasion de porter à la connaissance du public congolais que, dans un passé lointain, la Colombie a reçu des peuples en provenance des terres du Kongo...()

durant la période dite de la traite négrière et que la présence kongo en terre colombienne a laissé des empreintes qui demeurent visibles jusqu’à ce jour et se trouvent sur l’une des pages les plus importantes de l’histoire de l’Amérique Latine. Elles forment, de ce fait, la plus grande partie de l’identité socio-culturelle des populations afro-colombiennes.
L’historienne Enriqueta Vila Vilar’s, dans son ouvrage intitulé: «Hispano America y el commercio de esclavos: los Asientos Portugues, sevilla, escuela de estudios hispano americanos» (1977, P 148-152), nous a rapporté que les esclaves kongo ont constitué 46% des esclaves qui ont peuplé l’actuelle Colombie, pays qui abrite la deuxième plus grande population d’Afro-descendants d’A-mérique latine, soit environ 15 millions de personnes.
Ces esclaves travaillaient dans les mines d’or d’où nombreux s’évadaient, à cause des conditions de travail très difficiles. Ces esclaves fugitifs se cachaient dans l’hinterland, le plus grand fugitif de la Colombie esclavagiste fut un Kongo du nom de Domingo Bioho. Il avait formé une communauté d’esclaves fugitifs (Palenque), en fondant la ville de Matuna, en 1526, où il s’était autoproclamé «roi Benkos». Il avait écrasé deux expéditions espagnoles et fut capturé et pendu, en 1619. Les survivants de Matuna fondèrent une autre communauté des esclaves libres, à San Basilio, qui devient une République indépendante, jusqu’en 1717, l’année où cette République accepta la souveraineté de Carthagène.
Le Palenque de San Basilio est situé au Nord de la Colombie, à 70 km, au Sud du port de Carthagène. C’est un territoire qui fait partie de la municipalité de Mahates, dans le district de Bolivar. Il est, présentement, habité par des Afro-colombiens qui sont les descendants directs des esclaves africains de la Colombie coloniale, qui ont préservé leurs traditions héréditaires, principalement les pratiques sociales, médicinales, religieuses et orales qui ont, pour la plupart, des racines africaines de l’aire kongo. Ils ont l’igname et le manioc comme aliments de base.
Le linguiste et anthropologue américain, Armin Schwegler, qui a étudié les populations afro-colombiennes du Palenque de San Basilio, à travers les survivances linguistiques et religieuses d’origine africaine, les a qualifiés de Kongo. (1)
Le 18 octobre 2007, le quotidien américain, «New York Times», a publié un article sur le palenquero, la langue créole parlée à San Basilio. Cet article démontre que le créole parlé à San Basilio a pour base le kikongo (2).  Et Clara Ines Chavez, l’organisatrice du carnaval de Barranquila à Brazzaville, dans d’une interview au quotidien «Les Dépêche de Brazzaville» n°1828 du vendredi 20 septembre 2013, en page 15, a déclaré qu’on parle kikongo en Colombie.
En 2008, la directrice de cabinet de la première dame d’Angola, Mme Ana Edite Monteiro, l’historien angolais Simao Souindoula et le promoteur culturel angolais Antonio Monteiro installé à Bogota, ont visité le Palenque de San Basilio. L’historien angolais a déclaré que le Palenque de San Basilio est une survivance bantu et que le palenquero, la langue créole parlée par ses habitants, a pour base le kikongo, le kimbundu et l’ovimbundu. A San Basilio, lors des veillées funéraires, on retrouve le rite «Lumbalu», en langue du palenquero (3). Ce rite est un dernier au revoir chanté et dansé pour ouvrir au défunt le chemin vers le monde des morts.
A San Basilio, on trouve une école, «Escuela Batata», l’école des anciens, le mot «batata», voulant dire, en kikongo: «Les anciens». Cette école enseigne aux jeunes les traditions musicales kongo, comme le «Bullerengue», un rythme rituel, joué lors des cérémonies d’initiation des jeunes filles. On note, également, la présence des danses kongo, telles que: «Si Man Congo», «Marimbula», «Bongo» et «Timba». Ce sont des rumba du Palenque de San Basilio, qui se dansent également lors du carnaval de Barranquila.
Au cours de ce même carnaval de Barranquila, certains danseurs sont appelés «Congos» et on trouve des chansons comme «Le grand Congo», «La danzas Congo», «La danse Conga (Tango Congo)» et la «Estatuila Congo». Les danses kongo sont les piliers fondamentaux du carnaval de Barranquila. Selon Martin Orozco Cantillo, dans un livre intitulé: «Primer encuentro de investigadore dei carnaval de Barranquila: memorias» (Fondo de Publicaciones de la Universidad dei Atlantico, Janv 1999), «le carnaval de Barranquila est un ballet de danses Kongo».
En 2005, l’espace culturel du Palenque de San Basilio était proclamé chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité, par l’Unesco, tandis que le carnaval de Barranquila, la plus ancienne et la plus importante fête colombienne, a été inscrite, en 2008, au patrimoine oral et immatériel de l’humanité, par l’Unesco. Que le carnaval de Barranquilla, qui se produira, pour la première fois, au Congo-Brazzaville, le 8 octobre prochain, au palais des congrès de Brazzaville, soit l’occasion de commémorer les œuvres traditionnelles d’essence africaine en Colombie, principaux liens culturels entre le Congo et la Colombie.

Arsène-Francoeur NGANGA
Centre International de recherches et éducation sur la civilisation kongo (CIRECK) de Brazzaville
Tél: 05.501.13.01 / 06.613.72.88

Notes:
1- Armin Schwegler: «Chi man Kongo: lengua y rito ancestrales en el Palenque de San Basilio (Colombia)». (Ibero Americana 1996, ISBN 10: 848890 6315/ISN13: 97884 88 90 6311).
2- «New York Time» du 18 octobre 2007: «A language not quite spanish, with african echoes», par Simon Romero.
3- Lumbalu: Lu signifie: collectif; et umbalu: souvenir, douleur.

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